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Quartier mythique de Laâqiba



Quartier mythique de Laâqiba
Il est presque 11h. L'entrée du quartier historique de Laâqiba, c?ur de la commune de Belouizdad (ex-Belcourt), est assez vide. Seuls quelques commerçants informels ont exposé leur bric-à-brac dans l'ultime espoir de gagner quelques dinars pour nourrir leur famille.En attendant Mouloud, un quadragénaire qui nous servait de guide, seules des bâtisses en ruine et des tas de détritus nous tenaient compagnie. Quelques minutes plus tard, notre virée dans ce quartier chargé d'histoire commence.Relogement et injustice«Nous sommes loin d'être considérés comme des humains. La preuve est que nous vivons dans ces taudis qui risquent de s'effondrer à n'importe quel moment», s'exclame une octogénaire qui habite dans cette maison vétuste depuis plus de 52 ans. Cette dernière, qui prenait un bain de soleil en compagnie de sa petite-fille, crie à l'injustice en nous faisant visiter sa demeure où cohabitent ses 5 enfants et leur famille. «Vu le taux élevé d'humidité, nos maris qui sont nés ici ainsi que nos enfants souffrent tous de difficultés respiratoires», poursuit une de ses belles-filles.Les larmes aux yeux, elle déplore la mort de son mari d'une tuberculose causée par la précarité dans laquelle ils vivent. Avec des sanitaires partagés, les demeures de ces familles ne sont en fait que des petites chambres humides dont les murs sont complètement fissurés. Le toit fait de poutres en bois est une véritable menace. «J'ai complètement condamné cette chambre.Chaque soir des blocs de pierre tombent. Nous sommes entassés, mon mari, mes deux enfants et moi dans une seule chambre exiguë». Pour conforter la toiture et se prémunir des infiltrations des eaux de pluie, certains d'entre eux n'ont pas hésité à utiliser des tôles ondulées transformant cette demeure, qui date de près d'un siècle, en un semblant de bidonville. «Contrairement à nous, nos voisins ont été relogés. Toutes les promesses formulées sont restées sans suite.Au lieu de nous reloger, un bulldozer est monté pour raser la maison de nos voisins sans prendre en considération qu'une telle mesure pourrait démolir complètement la nôtre. Heureusement que les habitants du quartier sont intervenus pour éviter qu'on soit à la rue», s'exclame notre interlocutrice, mère de 3 enfants en bas âge.Perdant toute confiance en les responsables locaux de la wilaya d'Alger, ces mères de famille interpellent le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, pour bénéficier d'un logement décent. Ces six familles ne sont pas les seules. D'autres familles dans ce quartier mythique vivent le même calvaire et attendent un hypothétique relogement. Dans d'autres ruelles, les cris de détresse se font entendre. Plusieurs autres familles n'ont pas été concernées par le relogement malgré le classement de leur maison dans la zone rouge par le CTC.Devant cette situation de délabrement des maisons et ce mouvement de destruction massif de ces dernières, les habitants de Laâqiba sont désarmés et souvent en colère. Des blocs de pierre envahissent toutes les petites ruelles. Même ceux dont les maisons ne sont pas concernées par la démolition se retrouvent dans le même pétrin que leurs voisins. Tel est le cas deMohamed, dont l'entrée principale de sa maison a été bloquée par un tas de gravats et un immense engin en panne. Le propriétaire de l'engin n'a pas donné signe de vie depuis plus de 4 jours.Des commerçants au chômageNul n'est épargné par ce grand mouvement d'annihilation. Une dizaine de commerçants se sont retrouvés du jour au lendemain au chômage. Leurs locaux ont été décimés sous prétexte qu'ils menacent ruine. Depuis près d'un mois, ils sont sans ressources.«La présidente de l'APC de Belouizdad, Habiba Bensalem, nous avait donné un document officiel dans lequel elle s'engageait à ne pas démolir les locaux tant que nous n'aurons pas été dédommagés.Devant les forces de l'ordre, ce papier n'a eu aucune valeur», s'emporte l'un d'eux. Dans la totale aberration, le jeune Hachemi Othmane, propriétaire d'un local au 9 rue Cervantes, nous montre un courrier émanant de cette APC, l'informant que la démolition de son local survenue en mois de juillet est due aux dégâts occasionnés suite au tremblement de terre du mois d'août. «De quels dégâts parlent-ils puisqu'au mois d'août mon local n'était constitué que de blocs de pierre '», s'interroge-t-il. Quel est le sort de ces habitants et de ces commerçants ' Quels sont les projets prévus pour ces assiettes récupérées ' Qu'est-il prévu pour les maisons en ruine et qui représentent une richesse architecturale et historique ' Impossible d'avoir des réponses à toutes ces questions.La première responsable de la commune de Belouizdad demeure injoignable. Les habitants de Laâqiba dénoncent la hogra, l'injustice et l'insouciance des autorités quant à leur misère, leur détresse et le trop-plein d'histoire de leur quartier réduit en poussière.


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