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Quand Sergueï Lavrov marche sur des 'ufs



Tournée annoncée de Sergueï Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Si rien n'a filtré sur les sujets qui motivent ce marathon, il n'en demeure pas moins que les motivations sont profondes en ce qu'elles impliquent l'aspect sécuritaire, entendre par là les équilibres régionaux susceptibles d'évoluer sur de nouvelles donnes, induites par les accords d'Abraham dont l'aspect le plus flagrant est la normalisation des Etats arabes avec l'Etat sioniste d'Israël. Le diplomate russe sait très bien que son pays, la Russie, est mis hors-jeu de façon spectaculaire et sans doute inattendue dans cette région hautement sensible du Moyen-Orient conséquemment à la collusion des Etats-Unis et des pétromonarchies arabes. Ces « alliés » traditionnels entendent imprimer un nouveau schéma à la géographie politique de la région.À aucun moment, les Russes n'ont été « mis au parfum » ni sollicités pour une éventuelle contribution compte tenu de leur rôle historique dans la région. Suffisant en tout cas pour que Moscou se réveille aux répercussions à long terme qui l'impliquent et la condamnent à se positionner. Il est souligné que l'émissaire russe se rendra en Israël où ses pourparlers avec les plus hautes autorités de cet Etat usurpateur porteront sur le processus de règlement de la question palestinienne à l'arrêt. Et d'ailleurs, au programme de la visite, il est prévu une escale en Cisjordanie et une rencontre avec le Président de l'Autorité palestinienne, sachant que la Russie, malgré son implication dans le conflit du Moyen-Orient, n'a pas obtenu des dividendes à la hauteur de ses engagements.
Tenus à l'écart des intrigues de la région, les dirigeants russes se devaient de revoir de fond en comble leur politique arabe. Ont-ils, pour autant, tiré les enseignements de leur implication dans la crise syrienne et leur soutien inconditionnel au régime harcelé de toutes parts ' Mais déjà il faut bien admettre qu'ils ne sont pas parvenus à éviter le pourrissement de ce pays puisque les troupes étrangères (américaines, turques) y ont élu domicile envers et contre tous. Dans ce jeu de puissance, la Russie de Poutine, qui veut faire oublier le chapitre de l'implosion de l'ex-URSS, peine à imposer ses vues. À défaut, elle prouve qu'elle reste incontournable aussi bien en mer Noire ou dans ses rapports avec les ex-Républiques soviétiques que les Etats-Unis tentent de dévoyer (Ukraine), afin d'encercler leur rival de l'Est. On ne peut que relever cette volonté de s'imposer et d'occuper le terrain, que ce soit en Libye ou au Mali aujourd'hui. D'aucuns pourraient accuser de mollesse la position russe au Conseil de sécurité de l'ONU quant à la prolongation du mandat de la Minurso sur le Sahara Occidental.
En effet, Moscou, s'est opposé au texte sur le sujet présenté par les Etats-Unis et qui contiendrait des « ambiguïtés ». Ce qui renvoie forcément à la conduite de sa politique, aujourd'hui, suite la reconnaissance de l'Etat sioniste d'Israël par le Makhzen suivie d'accords militaires et de la grande militarisation accélérée de la région. La crise induite et les graves tensions pourraient pousser à un dérapage calculé de la partie marocaine pour tenter de noyer le « problème de la colonisation » du Sahara Occidental, reconnu comme tel par l'ambassadeur russe à Alger.
Bien évidemment, un conflit armé qui impliquerait l'armée sioniste contre l'Algérie ne dépend pas de la volonté d'en découdre de deux belligérants tant il est évident que la remise en cause d'un équilibre régional relève aussi des désidératas des grandes puissances, en l'occurrence américains et russes. Nous saurons plus si Sergueï Lavrov voudra pousser dans le sens de la désescalade lors de sa visite à Alger attendue les 13 et 14 de ce mois de décembre.
Brahim Taouchichet
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