Sans que d'aucuns puissent valablement trouver motif àfaire la fine bouche, il y a quelque chose de franchement pathétique dans l'imagegénérale que se renvoie à lui-même le pays en entier. Sinon, comment expliqueret encore moins justifier cette apathie, plus qu'une impuissance à faire face àson propre destin, qui s'empare du pays au point de le transformer en unegigantesque machine en panne.Parce que le chef est absent, peut-on pour autant s'arrogerle droit de laisser le feu prendre dans toute la maison sous le fallacieux,voire scélérat prétexte que seul le chef de famille a le devoir d'appeler lepompier à la rescousse ? A l'évidence, la gestion de la chose publique a ceci departiculier que le but forcément étroit que se fixe un groupe, par naturehétérogène, se situe aux antipodes de celui d'une équipe, au sens managérial duterme. Et parce que justement, vouloir gérer le pays à tous les échelons de sonimmense ossature érodée par une stupide sommation de volontés contraires, voireantinomiques, serait ramer à contre-courant de ce qui se fait meilleur partoutailleurs. L'exemple le plus édifiant est ce paradoxe typiquementalgérien qui voudrait que sous nos latitudes assombries, c'estle mouvement qui crée l'immobilisme. Sans aller dans le sens des languesfourchues qui parlent d'un énième «coup de vernis» imminent à opérer au niveaudes démembrements locaux de l'appareil étatique, l'intention, pour sincèrequ'elle soit du changement radical, prêtée au pouvoir s'accompagne dans lediscours officiel d'un certain flou dans la forme, autant qu'elle pose unesérie d'interrogations dans le fond, c'est-à-dire sur les objectifs qui lui ontété planifiés et les intentions ayant motivé sa mise en application.Selon des échos qui parviennent de plusieurs wilayas dupays, des responsables mutés n'ont pas encore rejoint leurs nouveaux postes.Certains parmi eux, subodorant en cela des relents «d'expiation», sont mêmeallés jusqu'à se démettre de leurs charges plutôt que d'obtempérer aux ordresde leurs tutelles respectives.Alors, s'agit-il simplement de résistances dictées par ladifficulté, du reste bien compréhensible, à s'arracher à ses «habitudes», ou sommes-nous alors face à ce qui paraît êtreaux yeux de ces responsables mécontents, non pas comme une «chasse auxsorcières», mais comme une propension «atavique» du pouvoir en place à céder àla tentation de vouloir «casser du cadre» à chaque fois que le besoin«d'acheter» la confiance du peuple se fait sentir ?Mais en recourant peut-être un peu trop souvent au jeumalsain des valses-hésitations pour espérer tirer quelque profit, les autoritésen charge de la gestion du pays ne sont-elles pas en train de prêter le flanc àceux qui les accusent de vouloir «soigner» la carrière de certains cadres dits«disciplinés», au détriment d'autres cadres que le «flirt» avec d'autreshorizons politiques semble avoir placés de facto sur la voie de garage ? Mêmesi d'aucuns attribuent à l'acte de changer la faculté d'enfanter aussil'immobilisme, le changement, fût-il celui des hommes, est toujours un actepositif, en ce sens qu'il permet de lutter contre l'usure du temps etl'influence néfaste exercée par un environnement pas toujours assaini.Assurément, la seule question qui aujourd'hui mérite d'êtreposée est celle de savoir si le changement des hommes signifie pour autantl'abandon des modes de pensée et de gestion irréversiblement dépassés, et parvoie de conséquence, des pratiques qui en découlent.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : El-Houari Dilmi
Source : www.lequotidien-oran.com