
Si sa silhouette rachitique - bien que classement moulée dans un chic costard bleu - résiste tant bien que mal aux vicissitudes de l'âge, sa légendaire voix, par contre, n'a pas pris une seule ride ! Tout compte fait, les quarante ans de scène n'ont pas flétri d'une once, le dandy Abdelkader Chaou qui a signé, jeudi dernier au soir, à la salle Ibn Khaldoun, à Alger, un récital chaâbi de haute facture, au cours d'une agréable soirée organisée par l'établissement Arts et Culture de la wilaya d'Alger. Pionnier de la chansonnette moderne, aux côtés des Guerouabi, El-Ankis, Ezzahi et bien d'autres grandes figures du genre, sous l'égide, bien évidemment, du compositeur monumental, feu Mahboub Bati, cheikh Chaou reste l'un des rares interprètes, aujourd'hui, à puiser, avec l'art et la manière, dans son vieux répertoire que le public n'a visiblement pas oublié d'une note, ou d'un vers. En témoigne l'ambiance bon enfant et bonne famille tout au long de laquelle ses hôtes féminines ont fait leur show, accompagnant, à c?ur joie et à pleins poumons, ses vieux tubes (Saâfini ya bent el âam, Yal âadra fin malik, Bjah Rabbi ya djirani...). Le maître de céans s'est fait, lui, un malin plaisir à les immerger dans le bon vieux temps, époque où le chaâbi trônait presque sans partage sur les devants de la scène. Mais bien avant, au commencement, la rigueur protocolaire dictait ses règles. Vigoureusement observée par un orchestre cossu dans lequel ?uvraient de grosses pointures de l'orchestration nationale, à l'image de Youcef Hassain, un seigneur du violon qui accompagné, des décades durant, les grands maîtres du genre. Après une succulente touchia dans le mode sika, suivie de deux nesraf et d'un célèbre madih (panégyrique religieux) Malou bta âalia rahet lerouah, du grand barde tlemcenien du Melhoun, Mohamed Ben M'sayeb, (XVIIIe siècle), comme l'exige la tradition chaâbiste, Abdelkader Chaou change de cap et prend, par l'ouïe et par le c?ur, ses invités dans une idyllique odyssée portée par un texte inédit, Demlidj Z'hir. Un poignant hymne à l'amour qui exhibe la vulnérabilité d'un homme au c?ur d'Antar ou de Roméo, vociférant une lancinante douleur causée par l'absence de sa dulcinée dont il décide, contre vent et marées, de partir à sa recherche aux quatre coins du globe, jusqu'à « l'ex-Russie de Joseph Staline ». Dans la foulée de ce cri de c?ur, le cheikh exécute, magistralement, Sidi men issel aâla kahl el aïn, sur un rythme Messamâai que les Algérois parmi les mélomanes ont accueilli à coups de youyous et d'ovations nourries. Passons sur les scènes de danse qui ont fait vibrer la rutilante salle ex-Pierre Bordes (Ibn Khaldoun) et dont l'instigateur n'est autre que le virevoltant et drabekdji de génie, Brahim Aggad. Décidément, ce Chaou, qui n'a plus vingt ans, pète une forme phénoménale et ne semble pas prêt à décrocher de sitôt. Avec la disparition d'El Hachemi Guerouabi, de Hssen Saïd (son maître spirituel) et le retrait de Boudjemâa El-Ankis et d'Amar Lachab, il passe pour l'un des derniers représentants d'une génération d'interprètes qui a donné tout son prestige à la chanson chaâbi et à la musique algérienne et maghrébine de manière générale. Nom d'un Chaou !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Amine Goutali
Source : www.horizons-dz.com