Photo : M. Hacène
Par Wafia Sifouane
Il y a une semaine, la capitale a abrité l'un de ses plus grands événements culturels, le Salon international du livre d'Alger (Sila), un événement dont les organisateurs n'ont retenu que l'énorme nombre de visiteurs, estimé à plus d'un millions et demi. Avec la présence de 630 éditeurs venus de 40 pays, l'Algérie comme invité d'honneur et d'autres slogans commerciaux, le 17e Sila n'a été qu'une immense attraction où les gens pouvaient se détendre et, en bonus, acheter des livres.Pour le dernier jour du Sila, à quelques heures de la clôture, se frayer un chemin au milieu de la foule relevait du défi. Certains éditeurs algériens n'ont pas hésité à nous faire part de leurs propres bilans de ce prétendu salon aux allures de souk. Pour Yasmina Belkacem, de Chihab éditions, le bilan est plutôt positif, «car il y a eu une grande affluence, beaucoup de monde aux ventes-dédicaces et d'excellentes ventes concernant les livres d'histoire et les romans», dit-elle.S'agissant de ventes, elle nous confiera que les livres qui se sont le plus vendus sont notamment les livres d'histoire et les livres qui traitent des questions d'actualité.Cependant, pour qualifier ce salon de professionnel, notre interlocutrice s'est montrée un peu sceptique. «Le Sila n'est pas un salon professionnel, nous sommes peut être sur la bonne voie mais il lui manque encore beaucoup de choses pour murir, dont la présence des éditeurs étrangers qui se contentent d'envoyer des ouvrages», déplore-t-elle en ajoutant «il serait bien que les éditeurs étrangers, français ou du monde arabe, arrêtent de considérer le salon d'Alger comme une foire», conclut-elle.Du côté de chez Casbah éditions, dont le directeur, Smaïl Ameziane, n'est autre que l'ancien commissaire du Sila, la responsable, Anissa Ameziane, nous a fait part de l'excellent bilan de la maison d'édition, en se référant toujours au nombre de ventes des livres consacrés à l'histoire. «Nous avons reçu beaucoup de monde durant ce Sila. Nous avons un catalogue assez riche et varié. D'ailleurs nous avons réalisé de bons chiffres de ventes», dit-elle. Interrogé sur le Sila, notre interlocutrice s'est montrée assez optimiste en affirmant que «le salon a atteint sa place car tous les éditeurs étrangers veulent y prendre part».Cette volonté n'est cependant pas traduite sur le terrain. Car, ces éditeurs étrangers ne prennent même pas la peine de se déplacer. Ils se contentent d'envoyer des cartons de livres et recruter des commerciaux sur place, donnant ainsi au salon une dimension purement commerciale. Voulant justifier cette lacune, elle nous confiera que «si les éditeurs étrangers ne ramènent pas des auteurs en Algérie c'est parce que cela coûte cher», dit-elle.Du côté de chez Apic Editions, Karim Cheikh, le responsable, malgré le bilan positif de sa maison d'édition, n'a pas mâché ses mots à l'évocation du Sila comme salon professionnel. «Ce n'est pas un salon de professionnels. Dans un salon qui se dit professionnel, les éditeurs sont présents pour l'achat et la vente de droits d'auteurs, ce qui n'est pas le cas chez nous», dit-il. S'agissant des ouvrages disponibles, notre interlocuteur a, pour sa part, soulevé une autre problématique qui est la forte présence des livres religieux qui noient les autres ouvrages. «Il serait plus avantageux pour les organisateurs de tenir un salon du livre religieux en parallèle au Sila, tout en lui traçant un programme d'activités adéquat, comme des conférences avec des ulémas», préconise-t-il.
Le désarroi de ces éditeurs est fortement partagé par leurs confrères algériens, dont la plupart voient en ce salon une occasion pour vendre et faire parler de leurs maisons d'édition à défaut d'avoir un salon du livre digne de ce nom.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : W S
Source : www.latribune-online.com