La tentation est grande de dire que chez beaucoup de responsables, la référence verbale est érigée en principe de gouvernance alors que les actions sur le terrain sont devenues l?exception si bien qu?on dénombre aujourd?hui moult situations structurantes pour l?économie en attente de faire l?objet de politique concrète. Il suffit de suivre l?actualité nationale et d?écouter ce qui se dit dans les rencontres et forums consacrés aux différentes questions économiques et financières pour se convaincre du décalage qu?il y a entre le discours et la pratique. C?est devenu un problème de crédibilité qui met mal à plat les convictions et les croyances des tenants de la chose publique. Quelques exemples illustreront ces comportements pour le moins anachroniques qui entretiennent la confusion et retardent le mouvement et la dynamique enclenchés voilà maintenant vingt ans. La Bourse est entre autres un chantier qui a beaucoup déçu, un peu comme le métro d?Alger. Dix ans après son démarrage, on se retrouve avec un acteur en moins alors que la logique et le bon sens pour ne pas dire le pragmatisme auraient commandé plus de participants. Deux titres de capital et peut-être l?année 2007 se terminera avec un seul si la privatisation d?El Aurassi se réalise. Les titres de taux quant à eux au nombre de quinze ne sont pas tous en Bourse et en tout état de cause une Bourse ne se limite pas au compartiment obligataire. Et dire qu?il a été maintes fois avancé l?introduction d?une dizaine de sociétés dûment sélectionnées et acquises à l?ouverture de leur capital. Il est vrai que quelque part, on n?a pas pris la mesure du marché pour évaluer l?impact de la Bourse sur l?économie. Les emprunts obligataires sont le fait des " zinzinz " et non des épargnants. Cela signifie que pour les banques qui ont souscrit à ces emprunts, le transfert de risques sur le marché financier en vue d?atténuer les risques de contrepartie et alléger le coût prudentiel n?est pas opportun puisque les titres ne sont pas encore cotés et donc non liquides. Finalement, le marché du crédit n?est pas près de céder sa place ni amoindrir son rôle sauf qu?il regorge de liquidités et on ne voit pas comment cet excédent de liquidité devenu structurel puisqu?il remonte à l?année 2002 se réinjectera dans l?économie pour aider et soutenir la sphère réelle dans sa quête de financement, c?est-à-dire les entreprise et plus particulièrement les PME-PMI. Deuxième exemple de référence verbale, la PME n?est pas encadrée par un dispositif approprié pour en faire le vecteur de croissance tant vanté. Les chefs d?entreprises invoquent beaucoup de contraintes liées surtout aux difficultés de mobiliser des financements. Cela n?explique pas tout mais il faut convenir que là aussi l?imagination a beaucoup manqué aux uns et aux autres pour faire simplement ce que d?autres ont fait pour obtenir la réussite en termes de compétitivité. Il suffit tout simplement de rééditer l?effort des années soixante dix qui s?est focalisé en son temps et concrètement sur l?impératif industriel et au lieu de créer " des éléphants " comme cela a été décrété innocemment durant cette étape, on créera au lieu et place des " gazelles " capables de tenir la route. Il s?agira à travers des aides contrôlées par un système d?évaluation de la performance (nombre d?emplois créés par exemple), des mesures fiscales orientées et des délais de paiement réduits de pousser de l?avant ces petites et moyennes entreprises, véritables viviers d?emplois. Et s?il faut aller jusqu?à spécialiser une banque dans le financement de la PME aussi bien pour le haut du bilan (fonds propres) que pour le bas du bilan (crédits d?exploitation), pourquoi pas ? Seulement, il faut rapidement publier les décrets d?application relatifs à la loi sur le capital investissement pour desserrer l?étau du financement, revoir le droit des sociétés et enrichir la loi sur la titrisation en étendant cette technique à toutes les créances et pas uniquement comme c?est le cas actuellement aux seules créances hypothécaires. De plus, il faut donner un ancrage législatif aux prêts participatifs que personne ne sait mettre en place ni gérer. On peut allonger la liste et citer d?autres situations aussi importantes les unes que les autres. Cette forme de gouvernance est la résultante d?une conjonction de facteurs et de circonstances qui n?ont pas favorisé l?éclosion de compétences encore moins le sens de la responsabilité. Il y a certainement parmi ces facteurs l?absence de culture institutionnelle, importante pour la conduite des affaires. Les progrès sont là à attendre que des responsables pris dans l?engrenage du discours changent de cap et s?attaquent concrètement aux chaînons manquants qui entravent leurs actions et leurs efforts.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Dib Saïd
Source : www.elwatan.com