Par Ali El Hadj Tahar
Pour faciliter l'apport de capitaux étrangers sur son sol, le Qatar a assoupli sa réglementation. Depuis février 2011, les investisseurs étrangers peuvent détenir 100% du capital d'une société de droit qatari, sauf dans le secteur des banques, des assurances, de l'immobilier et de l'importation de produits de consommation.
La stratégie nationale de développement 2011-2016 et la vision nationale 2030 du Qatar ne sont pas figées mais améliorées ou corrigées au fur et à mesure, contrairement à un fumeux et archaïque «programme du président» repris deux fois par Belkhadem et Ouyahia et maintenant reconduit par Sellal. Les Qataris ne disent pas «programme de l'émir»… D'autres secteurs sont concernés dans le cadre d'une stratégie de diversification économique : Doha importe 95% de ses denrées alimentaires mais compte arriver à l'autosuffisance à hauteur de 70% en 2023. En 2008, le fonds souverain Qatar Investment Authority (QIA) a créé un programme visant à sécuriser les sources d'approvisionnement par l'achat de terres arables à l'étranger. En 2008, il a signé avec le Kenya un accord pour le fermage de 40 000 hectares. Au Soudan et en Ukraine, il aurait aussi signé des accords mais on ignore si les acquisitions ont été réalisées car ce pays signe énormément de protocoles d'accord qui n'aboutissent pas, sa priorité étant de fructifier son argent surtout en Occident. Les promesses faites à des Africains crédules ne sont parfois que ruse pour soutirer quelque faveur politique. Simple à vérifier : sa stratégie d'investissement apparaît dans les avoirs réels du QIA qui se situent essentiellement dans le monde occidental, pas ailleurs. Grâce à une chaîne TV (Al Jazeera) et bourse déliée, le Qatar est devenu, dans ce monde sans principes, l'épicentre du cirque, le clou du marché, le nombril d'un monde dirigé par le clientélisme, le monde unipolaire de l'Oncle Sam. Où l'argent est le dieu unique et la ruse, sa loi. Au nom de ces principes, l'émir du Qatar et ses agents sillonnent le monde, à la recherche de partenaires, d'opportunités, de soldes, de liquidations, de failles, de faillites… Toutes les visites de l'émir du Qatar donnent lieu à des mémorandums d'entente. Sur une dizaine de projets inscrits dont celui signé en août 2007 entre Algérie et le Qatar, citons les projets relatifs à «la réalisation d'hôtels, de centres commerciaux et de zones résidentielles sur une superficie globale de 8,5 ha à Sidi Fredj, un projet dans l'élevage de bovins et dans la production laitière et dérivés sur une superficie de 10 000 ha, un projet d'oléiculture sur 10 000 ha, un projet de culture d'oignons et de pommes de terre sur 1 000 ha, un projet d'agrumes et de viticulture sur 1 000 ha». Les projets du mémorandum de 2007 atteignaient l'incroyable somme de 28 milliards de dollars et concernaient la gestion portuaire, l'agriculture, le tourisme, l'industrie, l'urbanisme… Mais aucun de ces projets ne s'est réalisé. Rebelote en janvier 2010 : la quatrième session du comité mixte algéro-qatari signera dix accords et mémorandums d'entente dans différents domaines dont la création d'une réserve naturelle dans la région d'El-Bayadh, la création d'une société mixte d'investissement et la création d'une société mixte de commercialisation des dérivés du pétrole et autres services y afférents ! Aucun de ces mémorandums ne s'est concrétisé mais d'autres promesses ont suivi en juillet 2012.
Ingérence dans le pré-carré algérien
Survient l'affaire du «printemps libyen» qu'Alger a traité conformément à ses principes de non-ingérence, d'autant qu'elle avait toutes les données sur les visées islamistes des insurgés menées par des ex-ministres libyens (Abdel Jalil, Mahmoud Jibril, Abdel Fatah Younès) soutenus par des chefs terroristes notoires. Alger a interprété le financement et les opérations d'envoi de 5 000 commandos et mercenaires par le Qatar comme une intrusion dans sa zone géographique et une velléité de déstabilisation car ce qui touche les voisins ne peut que toucher notre pays et remettre en question non seulement notre sécurité mais aussi nos intérêts, notamment les contrats avec la Jamahiriya dans le domaine des hydrocarbures. L'Algérie a vécu une décennie de terrorisme et sait ce que le mot instabilité signifie. Renverser des chefs d'Etat ne fait pas partie de ses pratiques, d'autant que l'Unité africaine et le Venezuela avaient proposé un règlement pacifique que Kadhafi avait accepté ainsi que l'aile démocratique de l'opposition libyenne, mais qui fut rejeté par les islamistes armés comme le montreront les échanges violents avec l'armée régulière. Les manifestations pacifiques avaient cessé bien avant le 17 février, les forces démocratiques (nassériens, baâthistes et libéraux) ayant accepté la proposition de Kadhafi de lancer un processus de démocratisation avec une nouvelle Constitution mais les ex-ministres putschistes (Abdel Jalil, Mahmoud Jibril et d'autres officiels) soutenus par les terroristes (Abdelhakim Belhadj, Ismaïl Al-Salabi et Abou Sofiane Qoumou et 400 djihadistes libérés par Kadhafi en 2010) avaient décidé de prendre le pouvoir par les armes et ils ont réussi. Au sol, les 5 000 soldats qataris ont fait le vrai ménage sans oublier l'aide d'Al Jazeera, qui a concocté de faux massacres imputés à Kadhafi, vidéo qui fut décisive pour le vote de la résolution 1973 de l'ONU du 17 mars 2011 qui imposera un blocus aérien aux avions libyens. C'est en fomentant des troubles au Maghreb que Doha remerciait Alger pour la campagne menée en sa faveur pour l'accueil de la Coupe du monde de football 2022 ! Puis, en guise de représailles contre l'opposition d'Alger au «printemps libyen», Doha décidera carrément, en août 2011, de suspendre la délivrance des visas qataris aux Algériens ! Cette mesure de rétorsion sanctionnait l'Algérie pour son hésitation à reconnaître les nouvelles autorités libyennes et surtout pour avoir accueilli sur son sol des membres de la famille de Kadhafi ! Les pressions du Qatar concerneraient-elles également le dossier Al Jazeera, dont le bureau algérois est toujours fermé ' Le premier ministre qatari vient donc à Alger le 29 septembre 2011. Mais au lieu de boycotter le sommet du gaz de Doha (14 novembre 2011), Bouteflika y fut la seule personnalité de rang de chef d'Etat à y avoir pris part, sauvant ainsi l'événement d'un véritable échec. Sur la photo souvenir, on voit Bouteflika à côté de Abdel Jalil et de Hamad. Pour remercier l'Algérie, le cheikh qatari envoie son ministre de l'Economie à Alger avec une brochette de projets sans avenir pour obtenir un autre fromage du corbeau sur un arbre perché. Le fromage cette fois-ci est une sanction contre la Syrie, nouvelle victime dans le viseur de l'émir chasseur de têtes, les outardes et les gazelles ne lui suffisant pas. La Syrie devient vite la préoccupation fondamentale de Hamad, certainement plus prioritaire que la préparation de la Coupe du monde de handball 2015 et celle de la Coupe de football de 2022 ; et là-dessus il ne faut également pas le contredire !
Libye, Syrie et autres chantages
Selon le journal saoudien El Watan, le ministre qatari des Affaires étrangères aurait menacé son homologue algérien, Mourad Medelci, hostile à des sanctions contre la Syrie, lors de la rencontre des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire, et ce, le samedi 12 novembre 2011 : «Ne défendez pas trop la Syrie car quand votre tour arrivera, vous aurez certainement besoin de nous», aurait lancé Hamad Bin Jassim Bin Jabor Al-Thani à l'endroit de Medelci, qui démentira l'information. Fièrement, Medelci nous apprendra que, bien au contraire, l'Algérie était coauteur avec le Qatar de la décision de la Ligue arabe de suspendre temporairement la Syrie et a participé à l'élaboration des mesures de sanctions arrêtées, notamment celle se rapportant au projet de saisine du Conseil de sécurité de l'ONU si le gouvernement syrien n'acceptait pas la mission des observateurs arabes. 18 des 22 pays membres (dont l'Algérie) ont voté les sanctions alors que le Liban et le Yémen ont voté contre et que l'Irak s'est abstenu. Plus tard, l'Algérie ne votera pas pour l'exclusion de la Syrie de la Ligue arabe car Damas avait accepté de recevoir le général Al-Dhiabi et sa délégation d'observateurs, mais pas aux conditions humiliantes de la Ligue arabe. L'attitude double de l'Algérie ne lui permet pas d'acheter l'amitié d'un Qatar qui n'accepte pas les demi-mesures. Contrairement à son attitude honorable sur la question libyenne, l'Algérie tergiverse sur le drame syrien sans pour autant vouloir autoriser l'intervention internationale dans ce pays qui se bat contre des terroristes islamistes féroces affublés du sigle d'Armée syrienne libre alors que leurs barbes et leurs emblèmes noirs indiquent clairement leur appartenance à Al-Qaïda et d'autres hordes barbares. Puis le 20 mai 2012, il y eut la visite éclair à Alger du chef de l'Etat du Qatar, Hamad Bin Khalifa Al-Thani, sans brochette de mémorandums, cette fois-ci pour la question syrienne et probablement aussi pour un autre problème, le problème malien, surgi comme par hasard du chapeau d'un magicien dont on ne peut citer le nom sans être accusé de vouloir diaboliser un émir qui ne cesse pourtant de comploter depuis le putsch contre son propre père. Malgré la rencontre entre Bouteflika et Abdel Jalil à Doha et à Tunis, les Libyens ont continué à bouder Alger, qui accorde toujours l'asile à la veuve de Kadhafi et ses trois enfants, et ce, pour des questions humanitaires évidentes. Le CNT ne pardonnera donc à Alger ni cet asile ni son soutien au guide de la Jamahiriya. Le problème malien est-il issu de ce différend ou bien préparé depuis une date antérieure ' En tout cas, avec des agitateurs qataris dans la région, la situation devenait difficile d'autant que les hordes de «révolutionnaires» libyens, les Belhadj et consorts, étaient en possession d'immenses stocks d'armes, dont 10 000 missiles sol-air allaient disparaître dans la nature, comme l'a révélé un haut responsable militaire de l'OTAN, cité dimanche le 2 octobre 2011 par le site internet de Der Spiegel. La mission de l'OTAN n'a tout simplement pas pu les récupérer. Présidée par le Qatar, cette mission était également chargée de distribuer les armes aux rebelles anti-Kadhafi ! Il avait privilégié les groupes d'Al-Qaïda dont ceux d'Abou Abdallah Al Salek, dit Abdelhakim Belhadj qui possédait au moins deux camps d'entraînement secrets en Afghanistan. Fondateur du Groupe islamique combattant, il a été un proche d'Abou Moussab Al-Zarkaoui, un chef terroriste responsable de la mort de plusieurs milliers d'Irakiens. Arrêté en Thaïlande en 2003, Belhadj a été remis à la Grande- Bretagne, qui l'a à son tour remis en 2004 à la Libye où il fut emprisonné puis libéré en mars 2010. Après la chute de Kadhafi, il est devenu le commandant militaire de la ville de Tripoli, puis au mois de février 2012, il a conduit un commando de 700 djihadistes vers la Syrie où il est le chef réel de l'Armée syrienne libre. En avril 2012, il a même osé attaquer en justice l'ancien ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, pour l'avoir remis à Kadhafi ! Deux autres terroristes notoires, Ismaël Al-Salabi et Abu Sofiane Qoumou, ont été désignés comme commandants militaires des villes Benghazi et de Derna. Tous ces djihadistes étaient en prison et c'est le ministre de la justice, Abdel Jalil, qui a convaincu Kadhafi de les libérer en vue de préparer son coup avec ces complices et des centaines d'autres islamistes qui avaient pourtant juré de ne plus jamais reprendre les armes. Ainsi donc, occupés à planifier et à soutenir les «printemps arabes», les Qataris ne remettent plus les pieds en Algérie, excepté la brève visite de Hamad à Alger où il est venu sans mémorandums, tandis que le Maroc et la Jordanie se voyaient avec étonnement inscrits comme membres du Conseil de coopération du Golfe. Le CGC aurait même au préalable étudié un plan quinquennal pour venir en aide à ces deux pays. Mais, apparemment, les manifestations qui ont lieu chez Mohammed VI et chez le roi hachémite montrent que Doha n'a pas signé les chèques promis… Un jour, Hamad a fait irruption dans une réunion du CGC en compagnie d'Ahmadinejad sans que les cinq autres membres fussent au courant !
A. E. T.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : A suivre
Source : www.lesoirdalgerie.com