La création d'un ministère chargé de la prospection et de la statistique semble
répondre aux besoins de fixer un cap à une économie qui a toujours fonctionné
«au petit bonheur la chance.» Dès sa première sortie publique, le nouveau
ministre de l'Industrie, de la PME et de la Promotion de l'investissement a
tenu à affirmer que sa mission s'inscrivait dans l'enchaînement de ce que son
prédécesseur avait entrepris avant sa nomination au ministère de la Prospective
et de la Statistique. «Nous continuerons la stratégie industrielle (…) qui est
engagée dans le programme du gouvernement,» avait-il déclaré. Temmar nous avait
dit en avril dernier à ce sujet que « la stratégie industrielle a été
reconfirmée et est totalement en marche.» Mohamed Benmeradi semble cependant,
rester attaché à «ses anciens amours» qui sont les domaines, même s'il doit en
garder quelque part, une grande amertume pour y avoir vécu les déboires des
cadres «boucs émissaires» d'un système en mal de probité. Benmeradi avait, pour
rappel, subi d'énormes pressions après avoir «assisté» en tant que DG des
domaines, la cession des Galeries d'Alger à Khalifa. Il aura passé ainsi les
plus mauvais moments de sa carrière. Sa première sortie publique, il l'a
consacrée à un séminaire sur le foncier économique que l'Aniref a organisé
mercredi dernier à la résidence El Mithak. Comme s'il voulait souligner que
pour être performante, l'économie nationale doit être «assise» sur un foncier «
stable et bien défini.» Il pense que «la formule de la concession demeure
perfectible (…). Il reste quelques difficultés juridiques à surmonter.» C'est
certainement pour «bien asseoir» l'économie que Hamid Temmar a été chargé de
fixer un cap à l'économie nationale. Il fera pour cela, dans la prospective, ce
qui a toujours le plus manqué au pays. Il semble que ses missions sont d'ores
et déjà fixées par le décret exécutif 10-123 du 28 avril 2010 fixant les
conditions générales de préparation et d'exécution du recensement économique,
même si ce décret semble avoir été signé avant que le chef de l'Etat ne décide
de créer un ministère de la prospective. En effet, pour le signer, Ahmed
Ouyahia s'est référé entre autres au décret présidentiel 06- 346 du 2 octobre
2006 modifié et complété portant création, missions et organisation du
commissariat général à la planification et à la prospective dirigé alors par
Sid Ali Boukrami.
Le recensement économique, nouvelle mission de Temmar ?
L'ancien commissaire est aujourd'hui nommé secrétaire d'Etat auprès de
Temmar, chargé de la statistique. Le commissariat est donc dissous de fait.
Le décret portant recensement
économique repose aussi sur celui 95-159 du 3 juin 95 portant réaménagement des
statuts de l'Office national des statistiques et un autre 95-160 de la même
date modifié et complété portant organisation et fonctionnement du Conseil
national de la statistique.
Le recensement économique ressemblera à plus d'un titre à l'opération de
listing du secteur publique que Temmar a mené dès sa nomination en tant que
ministre de la privatisation. Opération qui n'a pas été du goût de beaucoup de
cadres parce qu'elle était destinée à «peser le poids du secteur public en vue
de sa privatisation. » Aujourd'hui, Temmar s'interdit de parler de programme de
privatisation. « C'est un processus qui doit concerner 150 entreprises, il est
peut-être compliqué mais protège tout le monde, ça été fait dans un but de
transparence.» Allusion faite aux nombreux scandales de corruption qui gangrène
un grand nombre de secteurs. Le processus en question met en avant la décision
de l'Etat d'obliger à un partage de capital à 51-49 « l'Etat comme partenaire
pour contrôler,» nous dit Temmar. Le ministre nous a dit que dans le cadre de
la stratégie industrielle, il prévoyait « la création d'un centre de recherche
et de développement, de commissariats à l'intelligence économique, la mise en
place d'un système national de l'innovation, d'un nouveau programme de
management et le lancement d'une étude d'un grand programme de productivité
selon les besoins de l'industrie ».
Un décret pour Temmar
Aujourd'hui, Temmar semble probablement être chargé d'imbriquer «les unes
dans les autres» «créations» et enclencher le processus de recensement
économique qui selon l'article 2 du décret «a pour finalité de traiter et
publier des données sur les entités économiques et administratives hors
agriculture quel que soit leur statut juridique. » Le recensement doit être
réalisé en deux phases. « La première consiste en un dénombrement systématique
de l'ensemble des entités économiques et administratives en vue de mettre en
place un fichier général des entreprises et des établissements. Et la seconde
vise à réaliser une enquête approfondie. Elle permet de répondre aux besoins et
préoccupations en matière d'informations économiques,» stipule l'article 3.
L'article 4 devra être révisé après la création des nouvelles missions de
Temmar puisqu'il ne parle pas de ministère mais de comité national chargé «
d'arrêter et de suivre le plan de déroulement des opérations du recensement
économique.» L'article 6 désignant la composante des membres de ce comité
national devra aussi être changée. Il inclut la quasi-totalité des ministères.
Le ministère de la prospective
devra ainsi initier une démarche multisectorielle de grande ampleur. «Les
ministères et institutions non représentés au sein du comité national peuvent
prendre part aux réunions lorsque les points relevant de leurs attributions
figurent à l'ordre du jour,» stipule l'article 7. Le secrétariat du comité sera
certainement assuré par Boukrami au lieu du DG de l'ONS comme prévu par
l'article 8. «Le recensement économique est réalisé sous l'égide du comité
national par le comité technique opérationnel avec le concours des
administrations et collectivités locales concernées (…) » est-il écrit dans
l'article 20.
Temmar devra ainsi être appelé à
corriger cette navigation à vue du gouvernement qui, par exemple, en signant un
décret exécutif portant recensement économique ne savait pas qu'il allait être
créé un ministère de la prospective à peine un mois plus tard. L'un dans
l'autre, les deux décisions remettent en tout cas, au goût du jour la
revendication durant des années, de l'ancien président du CNES, Mohamed Salah
Mentouri ou de celle de l'ancien ministre des finances, Abdelatif Benachenhou,
relative à la création d'un observatoire économique et de la statistique pour
permettre au gouvernement d'anticiper au lieu de faire dans l'improvisation.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com