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Promesses, arrogance et mirage



Promesses, arrogance et mirage
Depuis la visite historique de Chirac en Algérie, en passant par celle de Sarkozy, les promesses de la France pour fonder des relations privilégiées et d'exception avec l'Algérie n'ont pas évolué d'un iota vers la concrétisation. Bien au contraire, ce qui a été constaté est un recul qui s'accentue de plus en plus au gré de l'humeur du locataire de l'Elysée et de Matignon. Le projet de traité d'amitié est toujours dans les tiroirs faute de volonté française de reconnaître ses crimes coloniaux et de s'en repentir non pas devant les Algériens, mais devant le monde entier, car la France n'hésite pas à occuper le podium des chantres des droits de l'Homme quand ces derniers sont bafoués en Afrique, en Asie et en Amérique latine. A ce propos, la même France n'a ménagé aucun effort pour traquer les criminels de guerre nazis et ce, pendant de longues années, estimant que les crimes de guerre et les atteintes aux droits de l'Homme sont imprescriptibles. En matière de jurisprudence, ce principe devra s'appliquer aux crimes commis par l'armée et l'administration françaises dans toutes les ex-colonies de la France. Comme il s'agit là de crimes d'Etat, c'est la France qui est sur le banc des accusés puisqu'elle est jugée sur la base de ses propres principes fondateurs, ceux d'une Révolution glorieuse qui a fait rêver le monde entier et, à laquelle, la France d'aujourd'hui tourne le dos par excès d'arrogance et de mépris à l'égard de ses victimes et de la mémoire de toute une nation. Il ne peut y avoir d'amitié avec une partie qui ne reconnaît pas ses torts. Il ne peut y avoir de relations d'exception avec une partie qui entretient la nostalgie de l'Algérie française et qui honore les bourreaux de Larbi Ben M'hidi et de Boumendjel, pour ne citer que ces deux martyrs. La même France rappelle, toute honte bue, à la Turquie, le génocide arménien, et exige d'Ankara des excuses avant de daigner examiner la demande turque d'adhésion à une Union européenne menacée aujourd'hui d'éclatement. Le ridicule ne tue pas. C'est pourquoi le dromadaire se permet de rire de la bosse de son congénère. Aujourd'hui, Claude Guéant rappelle les promesses de Chirac et de Sarkozy de fonder des relations d'exception avec l'Algérie. Ce discours récurrent, et sans lendemain, a des résonances de campagne électorale sur un terrain qui semble toujours porteur, aussi bien pour la droite française en déconfiture que pour une gauche qui se cherche dans un contexte de crise où les lendemains sont incertains et où la révolte gronde et menace de déstabiliser toute l'Europe. Ces derniers temps, et à la faveur de cette crise financière qui se traduit par une récession économique étouffante, Alger connaît un ballet diplomatique incessant. Les beaux yeux d'Alger, sonnants et trébuchants, attirent et séduisent en temps de vaches maigres l'Europe. Mais Alger n'est pas dupe. Alger est plus que jamais appelée à bien ouvrir les yeux, et surtout à se boucher les oreilles pour ne pas entendre, encore moins écouter, les chants des sirènes. Ulysse a payé vingt ans de sa vie pour avoir cédé au mirage.
A. G.
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