Les 10 solutions de Benachenhou
Dans une conférence donnée à l’Institut de gestion et de planification (ISGP), l’ex-ministre des Finances, Abdellatif Benachenhou, est longuement revenu sur 10 propositions faites dans un nouvel ouvrage qui sortira prochainement. Deux idées fortes à relever dans sa longue intervention: la nécessité d’imposer un contrôle sur les entreprises privatisées et le soutien qu’il faut apporter aux entreprises publiques. Selon lui, la privatisation telle que prônée aujourd’hui ne peut avoir des résultats positifs sur le processus de développement de l’économie nationale. Il donne l’exemple du complexe minier d’El-Hadjar qui n’arrive toujours pas à couvrir les besoins nationaux en rond à béton. Le conférencier s’interroge pourquoi le complexe ne produit pas assez alors que les capacités de production existent. «Nous avons des capacités de production de rond à béton de 1,5 million de tonnes par an. Actuellement, nous ne produisons que 400.000 tonnes alors que la consommation est de 2 millions de tonnes.» Pour lui, la part de l’importation peut être couverte par la production nationale. Et d’ajouter qu’»il faut voir ce que fait Meetal Steel», le géant indien de la sidérurgie. «Le problème c’est que nous n’avons pas bien suivi l’après privatisation. Nous avons vendu le complexe puis nous l’avons oublié», a-t-il regretté. «Il faut voir ce que nous a apporté Meetal Steel en matière de technologie, en production, etc.»
Dans son intervention, le conférencier a fait 10 propositions. Il dresse des constats et donne et propose des solutions. C’est d’ailleurs le contenu de son prochain ouvrage. Selon lui, «ce qui est fait actuellement est utile mais pas suffisant». Se gardant de critiquer ouvertement ses anciens collègues, les ministres auxquels il jette parfois des fleurs, il se dit pessimiste au vu de la situation actuelle de l’économie du pays. Pour l’ex-ministre, la production nationale est insuffisante et dépend toujours des hydrocarbures. Une croissance qui produit des concentrations des richesses, des revenus entre les mains de trois pôles. «Il y a tout d’abord le Trésor public et la Sonatrach qui disposent de 3.500 milliards et de 1.000 milliards de DA et le reste est entre les mains de l’épargne des ménages». Et ce qu’il faudrait faire actuellement, selon lui, c’est de trouver le moyen d’investir cet argent. Ce qui l’amène à dire que notre système bancaire ne fait pas assez pour relancer l’investissement. Le conférencier insiste également sur la nécessité d’accroître l’investissement de la Sonatrach, de lui donner la liberté de jouer son rôle, de disposer comme elle l’entend de son argent. «Il faut muscler la Sonatrach, valider son programme d’investissement qui est de 75 milliards de dollars d’ici 2012 et lui permettre d’avoir une stratégie financière propre à elle». Il dressera également un constat peu satisfaisant du secteur de l’agriculture qui n’arrive pas à démarrer. «Il faut faire un bilan sérieux du PNDRA, voir à qui il a profité. Ce qui se dit actuellement est qu’il a plus profité aux producteurs du matériel agricole qu’aux agriculteurs eux-mêmes.» Dans son long exposé, l’ex-ministre insiste aussi pour substituer la production nationale aux importations à travers le rond à béton, le ciment et d’autres produits, pharmaceutiques par exemple. Et d’insister sur la nécessité d’encourager les grandes entreprises nationales telles qu’Air Algérie, Algérie Télécom et la CNAN qui font face à une concurrence qui leur fait perdre bien des parts du marché. Mais le privé doit également s’y mettre et renforcer sa présence à travers le changement de méthodes de gestion. Par ailleurs, il préconise à l’Algérie de se tourner vers l’Asie pour l’investissement et le partenariat au lieu d’aller vers les pays arabes et européens. Benachenhou regrette que l’Algérie, depuis longtemps, soit engagée dans un processus de régression technologique. Pour lui, «l’ouverture économique doit se gérer». Interrogé enfin, en marge de la rencontre, sur l’accession de l’Algérie à l’OMC, l’ex-ministre a indiqué que la chose est inévitable et que l’Algérie a beaucoup à gagner.
Tahar A.O.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com