Alger - Revue de Presse

Procès de la filière irakienne en France



Sept ans de prison contre un faussaire algérien Le tribunal correctionnel de Paris a condamné mercredi soir cinq Français, un Algérien et un Marocain à des peines allant de 18 mois à sept ans d’emprisonnement, pour avoir mis en place, de 2004 à 2006, une filière de recrutement et d’envoi de jihadistes en Irak. Lors de l’audience, en mars, prévenus et avocats avaient dénoncé des "théories fumeuses", des "fantasmes", de la pure "science-fiction" et tenté de convaincre le tribunal que «la filière du 19e arrondissement de Paris» n’était en rien un réseau terroriste. "Le terrorisme, c’est vouloir troubler gravement l’ordre public", avait ainsi rappelé l’avocat Vincent Ollivier, mais en Irak, en 2004, "quel ordre public auraient-ils pu troubler?" Le principal organisateur de la filière, Farid Benyettou, condamné à 6 ans de prison ferme dont une période de sûreté de 4 ans, avait réclamé "le droit d’avoir des convictions", fussent-elles "extrémistes". Le parquet avait requis 8 ans. Dans son jugement mercredi, le Tribunal de Grande Instance a estimé que ce Français de 27 ans était bien "l’idéologue et l’un des organisateurs d’un groupe qui avait pour objet d’envoyer des jeunes du 19e arrondissement de Paris combattre en Irak, éventuellement en y perpétrant des attentats-suicides, après avoir rejoint à Falloujah les troupes (...) inféodées à Al-Qaïda". Il avait reconnu à l’audience avoir eu une influence religieuse sur plusieurs jeunes de son quartier, notamment en légitimant les attentats-suicides commis dans le cadre du jihad, mais avait affirmé que ces jeunes étaient déjà convaincus qu’ils devaient partir faire le jihad. L’enquête avait montré qu’il avait eu des relations avec trois jeunes Français morts en Irak dont l’un dans un attentat-suicide. Le tribunal s’est montré plus sévère envers Boubakeur El-Hakim, 24 ans, condamné à sept ans de prison ferme, assortis d’une période de sûreté des deux tiers. Egalement considéré comme l’un des organisateurs de la filière, il a combattu en Irak et s’était illustré en appelant, dans plusieurs reportages réalisés en Irak par des médias français, ses frères du 19e à le rejoindre. Le tribunal a estimé qu’il avait eu "un rôle de combattant" et "d’incitateur pour les jeunes parisiens d’origines étrangères du 19e arrondissement", de "facilitateur" pour leur passage en Irak et de "superviseur". Mohammed El-Ayouni, qui a perdu un œil et un bras sur le front irakien, ainsi que Thamer Bouchnak et Cherif Kouachi, deux élèves des cours de Benyettou, interpellés juste avant leur départ pour la Syrie, ont été condamnés, eux, à trois ans dont 18 mois avec sursis. Ils ne devraient pas retourner en prison, compte tenu du temps passé en détention provisoire. Pour Bouchnak et Kouachi, les magistrats ont considéré qu’ils avaient "en toute connaissance de cause adhéré à la nébuleuse islamiste radicale en ayant la ferme intention de combattre dans ses rangs (...), en bénéficiant d’une filière d’infiltration". Jugé coupable d’avoir fourni des faux papiers aux jihadistes, Nacer Eddine Mettai, un Algérien de 37 ans, a été condamné, lui, à quatre ans de prison, conformément aux réquisitions. Enfin, le Marocain Saïd Abdellah qui, de l’aveu même du procureur, n’avait "rien à voir avec les jeunes du 19e", mais qui s’était connecté à de nombreux réseaux de combat au Moyen-Orient, dont la filière du 19e, a été condamné à sept ans, assortis d’une période de sûreté des deux tiers. Seulement six ans avaient été requis. Ces deux derniers se sont vu interdire définitivement le territoire français. R.N. / Agences
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