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Prêt au FMI, fonds souverains



Prêt au FMI, fonds souverains
La récente demande du FMI proposant à l'Algérie de participer au renforcement de ses capacités de financement a eu pour conséquence, ainsi qu'on pouvait s'y attendre, de relancer le débat sur la gestion des réserves de change du pays qui fait l'objet de pression croissante en faveur de leur diversification
Un peu plus de 205 milliards de dollars fin 2012 et sans doute plus de 220 milliards fin 2013 selon les dernières prévisions du Fonds monétaire international, le niveau élevé atteint par ces réserves, qui sont sur le point de dépasser le montant du PIB, fait émerger de plus en plus la problématique de leur gestion comme un enjeu majeur.
L'enjeu est d'abord symbolique. Il est souligné par la plupart des commentateurs de la presse nationale ainsi que par un certain nombre de responsables politiques. De pays endetté et soumis aux 'injonctions' du FMI au début des années 90, l'Algérie est passée aujourd'hui grâce à une politique de désendettement accéléré et au gonflement de ses réserves au statut enviable de créancier courtisé par les institutions financières internationales.
C'est ce que constate M. Temmar qui relève dans une déclaration à l'APS que la demande du FMI traduit 'un revirement de la situation en faveur de l'Algérie, passée du rôle d'emprunteur dans les années 1990 à celui de préteur dans les années 2000'. C'est ce que concède également Mourad Preure qui évoque sur RFI 'un renversement des rôles et la reconnaissance d'une gestion prudente des réserves de change du pays'. Si ce changement de statut constitue une satisfaction, largement partagée et commentée, pour l'amour-propre national, il n'empêche pas le débat de se développer et la pression de monter à propos de la gestion des réserves de change mise en 'uvre au cours de la décennie écoulée.
Même si ces enjeux et ces débats restent pour l'instant encore peu connus du grand public et faiblement relayés par les médias nationaux.
Faut-il prêter au FMI '
Entre gestion prudente et gestion frileuse, il n'y a qu'un pas qui est désormais franchi par un nombre croissant d'anciens responsables économiques et d'experts financiers algériens, à l'image d'Abderrahmane Hadj Nacer, qui plaide depuis plusieurs années en faveur d'un début de diversification des placements du pays.
Dans une déclaration rapportée par la presse voici quelques jours, l'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie revient à la charge et rappelle que les levées de fonds opérées par le FMI modifient la répartition du capital et par voie de conséquence des droits de vote au sein de cette institution.
Un refus de l' Algérie de contribuer à ces emprunts serait donc de nature à affaiblir sa position vis-à-vis de ses partenaires. A. Hadj Nacer fustige plus largement la gestion des réserves de change par le gouvernement algérien qu'il qualifie de 'gestion de court terme' animée par le seul souci de 'disposer de liquidités permettant de couvrir trois années d'importation'. Une position qu'il juge à courte vue, le pays n'étant pas à l'abri d'un retournement prolongé du marché pétrolier voire à plus long terme d'une réduction importante de ses revenus pétroliers qui le laisserait sans aucune voix au chapitre au sein du FMI.
Un point de vue partagé par de nombreux spécialistes qui anticipent d'ailleurs pour un certain nombre eux une réponse favorable de l'Algérie à la demande du FMI même si la contribution de notre pays devrait selon leur pronostic rester relativement modeste. Pour l'heure, le ministre des finances M. Karim Djoudi a précisé sur ce point que l'Algérie 'a besoin de savoir si le FMI envisage de réaliser cette opération de renforcement de ses capacités financières à partir de demandes de prêts ou de dépôts rémunérés, ainsi que le rendement qu'il compte proposer'. Le ministre a ajouté que 'c'est à partir de ces conditions que nous donnerons la réponse. Pour le moment, nous ne disposons pas encore d'éléments relatifs aux conditions de cette initiative proposée par le FMI'.
M. Djoudi précise également qu'Alger ferait connaître sa réponse avant la prochaine assemblée annuelle du FMI et de la Banque mondiale prévue en octobre prochain à Tokyo.
Revoilà le fonds souverain
Plus importante et moins anecdotique que la participation à l'augmentation des ressources du FMI, c'est aussi l'option évoquée périodiquement d'un investissement des réserves de change du pays dans des actifs privés à travers la création d'un fond souverain qui a refait surface au cours des dernières semaines.
On connaît la réponse formulée l'été dernier par Karim Djoudi pour qui ce type de placement est caractérisé par 'un couple risque /rendement très important, qui reste un choix spéculatif et quand on a la responsabilité de gérer l'argent de la collectivité nationale , on ne spécule pas.' Conclusion du ministre algérien : déposer les réserves de change en valeurs d'Etat reste 'le meilleur choix pour l'Algérie'.
On relève pour l'instant une seule exception à cette règle. À l'heure actuelle, seul le groupe Sonatrach qui depuis des années finance ses acquisitions à l'étranger avec des créances non perçues sur ses clients, bénéficie dans ce domaine d'un statut privilégié. Ainsi que l'a montré l'été dernier sa prise de participation dans le capital de l'Espagnol Gas natural. Ainsi que le montre également et plus récemment sa participation à un appel d'offre international lancé en février dernier pour l'acquisition du groupe gazier grec Depa, détenu à 65% par l'Etat grec et à 35% par la compagnie pétrolière Hellenic Petroleum.
Les prises de position récentes des autorités algériennes n'ont cependant pas suffi pour clore le débat. Pour Mourad Preure : 'À partir du moment ou la crise économique et celle des dettes souveraines perdurent, cela fait apparaître des opportunités d'acquisitions d'actifs industriels qui pourrait créer des synergies avec le développement industriel de l'Algérie'. Un point de vue développé, en marge du dernier séminaire du think tank 'Défendre l'entreprise', organisé par Liberté, par un expert international, Eric Briys, qui estime que 'le fonds souverain offre le cadre idéal à l'Algérie pour déployer une politique industrielle, développer des compétences humaines et diversifier ses participations industrielles à l'étranger. L'Algérie a la chance de pouvoir transformer une rente en un outil de construction de son futur. Elle a les moyens de s'inviter dans les grands groupes industriels internationaux tout en dessinant son appareil productif. Les deux choses doivent se faire de concert tant elles sont complémentaires : acquisition et in fine production de savoir-faire, participation à la gouvernance industrielle, économique et financière, apprentissage organisationnel, etc. Autant de leviers indispensables à toute production et redistribution de richesses future'.
Les investisseurs privés aussi
Au-delà même de l'enjeu de la création d'un fonds souverain public, on peut se demander si les appels à un assouplissement de la loi algérienne en matière d'exportation de capitaux par les opérateurs économiques ne vont pas trouver un supplément de crédibilité dans le contexte de la crise en cours des dettes souveraines et des marchés boursiers. De nombreux opérateurs économiques privés manifestent une impatience croissante à l'égard de la rigidité de la réglementation dans ce domaine. Beaucoup d'entre eux soulignent que leur déploiement à l'international est aujourd'hui bloqué par les restrictions imposées au financement des investissements à l'étranger par les règlements de la Banque d'Algérie. Un banquier commente : 'Notre réglementation sur l'investissement est l'une des plus archaïques du monde. Sa mise à niveau devrait passer d'abord par la suppression de l'autorisation d'investir délivrée par la CNI et ensuite par un examen au cas par cas des projets d'investissement à l'étranger des opérateurs économiques ainsi que le font depuis longtemps beaucoup de pays voisins'.
H. H.


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