
Les moments de crise ou de transition sont souvent des moments où s'exerce avec insistance la manipulation des masses ; la peur devient le moteur de pression qui pousse les populations à se recroqueviller et se retrancher dans un confort qui, en réalité, est inexistant. L'exhibition salafiste donnée à voir vendredi dernier et qui, contrairement à d'autres manifestations, a été tolérée par l'Etat policier, a clairement mis en scène cette fameuse théorie de la gestion par la peur.Cette dernière a consisté en la convocation, dans une sorte de flash-back, du souvenir douloureux des fameuses marches du FIS. Slogans, accoutrements et chants de l'époque ont été remis au goût du jour afin de ranimer la peur d'un retour aux années de terreur. Les rues d'Alger ont, comme par enchantement, été ouvertes aux marches de la même manière qu'elles l'ont été, il y a quelques mois, pour les policiers des brigades antiémeute ayant même accédé à l'imprenable siège de la présidence de la République.Ces deux marches tolérées reflètent une image bien réelle de ce qu'est la réalité de la vie de la cité : le contrôle policier et la gestion intégriste de la société. Aucune autre manifestation ne peut trouver place dans les rues de la capitale, la preuve a d'ailleurs été donnée le lendemain même de la marche de vendredi par la répression du rassemblement en soutien aux protestations contre le gaz de schiste. Le coup de force combiné au contrôle par la peur devient le credo d'un pouvoir qui est dans l'incapacité de faire face sereinement à la crise ou qui est en difficulté de trouver les bonnes réponses aux bonnes questions qui l'acculent de toutes parts.Existe-t-il un deal entre ce pouvoir aux abois et les salafistes pour maintenir une chape de plomb sur la société la poussant à s'accommoder d'une certaine sécurité en sacrifiant sa liberté ' Cette question est légitimée par cette grande tolérance vis-à-vis des salafistes radicaux qui, en sus de pouvoir faire des marches, contrôlent des mosquées, occupent des tribunes quasi quotidiennes sur des chaînes satellitaires algériennes proches des cercles du pouvoir, émettent des fatwas contraires aux rites admis localement et profèrent des menaces de mort sans être inquiétés par la justice.Un chef de parti islamiste, Abderrazak Makri, a clairement dit, hier, dans un entretien accordé au journal électronique TSA, que les salafistes ont été autorisés à faire la marche contrairement aux autres car «la récupération de ce genre de manifestations par les salafistes intéresse les forces de l'ombre en Algérie. Certains salafistes sont liés à ces services occultes». Makri doit bien savoir ce qu'il dit puisque l'islamisme politique est une famille traversée d'autant de courants s'abreuvant de la même rivière pour s'écouler dans différents ruisseaux.Si le pouvoir ? ou une partie ? est «impliqué» dans cette orchestration du salafisme rampant, que peut donc un ministère des Affaires religieuses et des Wakfs ' Il est bien loin l'islam de Cordoue dont se réclame Mohamed Aïssa. L'islam des lumières prôné par le ministère des Affaires religieuses ne trouve pas de traduction dans certaines zones du pays, livrées à des discours haineux et contraires au rite connu depuis des siècles dans le pays.Une image étrangère à cet islam des lumières est renvoyée par les discours de certains imams dans des mosquées de la République et dans des médias outrageusement ouverts à la promotion de lectures et visions erronées et archaïques. C'est à se demander qui est réellement en charge du culte en Algérie? Une des devises de la pensée salafiste est de prohiber le soulèvement contre le gouvernant. Une consigne qui ne doit pas déplaire à tout dirigeant, ce qui explique la compatibilité d'humeur.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadjia Bouaricha
Source : www.elwatan.com