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Pourquoi nos infrastructures sont-elles si vulnérables '



Pourquoi nos infrastructures sont-elles si vulnérables '
Mieux que tout autre test, les calamités naturelles constituent des mises à l'épreuve grandeur nature de la fiabilité des constructions et de la qualité de l'entretien qui leur est réservé. Les intempéries et les séismes ont de tout temps apporté la preuve de l'extrême vulnérabilité des constructions effectuées dans la précipitation sans études sérieuses préalables et sans contrôle rigoureux par des entreprises non qualifiées et, de surcroît, malhonnêtes.Alors que les tremblements de terre qui avaient ébranlé certaines villes du pays avaient apporté la preuve de l'extrême vulnérabilité de certains bâtiments construits récemment, les intempéries mettent en évidence, chaque fois qu'elles surviennent, l'extrême fragilité de nos infrastructures routières.Mais aussi bien pour l'une que pour l'autre, les causes des défaillances constatées sont pratiquement les mêmes.Des causes que l'on pourrait synthétiser ainsi : il y a d'abord l'obsession des autorités locales ou nationales, à réaliser vite les projets inscrits dans leurs nomenclatures dans le souci de répondre à une demande sociale pressente (cas du logement social et des infrastructures routières) ou celui de présenter aux plus hautes autorités du pays un bilan de réalisations flatteur.Peu importe la qualité des logements et des infrastructures réalisées, l'important étant de les livrer au plus vite ! Au nom de cette prétendue urgence de la demande sociale, les maîtres d'ouvrage (Etat, wilayas, communes) considèrent alors que les études d'ingénierie et d'architectures ne doivent pas être une préoccupation majeure et que dans tous les cas, elles ne devraient accaparer qu'un minimum de temps. Le mal à l'origine d'inévitables dégâts est précisément à ce niveau. Une étude bâclée peut signifier un choix de terrain qui ne convient pas au projet concerné, une analyse de sol qu'on a omis de faire, des relevés topographiques inexistants ou bâclés, profils en long et en travers trop plat favorisant les stagnations d'eau sur les chaussées, des armatures mal calculées, des tuyaux d'évacuation d'eaux de pluie sous dimensionnés, des couches de base et revêtements bitumeux peu épais et mal compactés, etc.Autant de vulnérabilités aux chocs naturels que le projet traînera durant toute son existence. Un entretien rationnel et régulier aurait évidemment pu donner un surcroît de longévité aux infrastructures routières existantes, mais les opérateurs chargés de l'assurer (services des Ponts et chaussées, entreprises locales) n'ont malheureusement pas les compétences et les moyens matériels requis. Ils ne sont de surcroît présents que dans les grandes agglomérations urbaines. La dissolution de près de 1400 entreprises publiques locales opérée dans les années 1990, a réduit ces entreprises de proximité, à seulement quelques dizaines, généralement localisées dans les plus grandes villes du pays.La disparition de ces entreprises publiques de travaux routiers qui avaient accumulé beaucoup d'expérience dans les domaines de la réalisation et de l'entretien a laissé le champ libre à des opérateurs privés, ne disposant souvent ni des moyens de réalisation ni de la compétence professionnelle requis, pour effectuer ce genre de travaux, qui requièrent de grands moyens et une solide expérience. D'où l'incapacité de ces auto-proclamés entrepreneurs de travaux publics à prendre correctement en charge l'entretien et encore moins la réalisation d'infrastructures routières.Complaisance et manque de savoir-faireMais il y a aussi et surtout le relâchement des missions d'expertise et contrôle dont sont pourtant expressément chargées toute une panoplie d'intervenants, à commencer par les directions techniques des ministères, des wilayas et des communes, le Contrôle technique de la construction (CTC), pourtant devenu obligatoire, le Laboratoire national de l'habitat et de la construction (LNHC), les laboratoires d'analyses de sols et les maîtres d'?uvre (bureaux d'études d'architecture et engineering). Le contrôle est censé être exercé à tous les niveaux du processus de construction et les intervenants sont grassement payés pour ce faire. Sur le terrain, les choses ne se passent malheureusement pas ainsi. Toute une faune d'entreprises de réalisation parvient à échapper à des étapes de contrôle au moyen de la corruption ou en faisant valoir des liens de protection que leur accordent de hauts responsables. La porte est alors ouverte à toutes les dérives et toutes les malversations sur lesquelles les services de contrôle fermeront les yeux, par peur ou par intérêt.Ces entrepreneurs indélicats pourront ainsi se permettre d'imposer des matériaux de construction frelatés, des canalisations dont les dimensions et les normes de fabrication sont contraires aux cahiers des charges, des modifications structurelles et autres changements hors normes. Nous avons personnellement assisté à la pose sur un tronçon de route en construction dans une commune d'Alger d'un enrobé à chaud qui avait perdu toute sa chaleur. L'enrobé bitumeux a de surcroît été directement posé et compacté sur un sol argileux. Ce tronçon de route n'a évidemment pas résisté aux dernières pluies qui l'ont totalement fissuré. Sa réparation coûtera évidemment très cher, car il faudra, pour ce faire, détruire tout ce qui avait été mal réalisé pour reconstruire sur de bonnes bases le tronçon de route hors d'usage.Il y a enfin la régression en matière de savoir-faire à laquelle se greffe une certaine complaisance à l'égard de ce qui s'éloigne des règles de l'art et de l'esthétique. Il n'est en effet pas rare que des conducteurs de travaux et des techniciens de chantiers ferment les yeux sur de graves anomalies de construction qui agressent pourtant le regard. La crainte de se faire sanctionner pour faute constatée étant très hypothétique, la tendance au «bâclage» est progressivement devenue l'apanage du plus grand nombre et avec cette complaisance qui leur est désormais acquise, disparaît le goût du travail bien fait et la recherche de l'excellence.La mise à la retraite des techniciens en bâtiment et travaux publics, ayant bénéficié d'une solide formation et d'une grande expérience, a par ailleurs lourdement pénalisé la qualité des maîtrises d'?uvres et d'ouvrages qui permettaient d'assurer le minimum requis, en matière de réalisation dans les règles de l'art. Le système de formation actuel n'étant pas en mesure de suppléer à cette grave hémorragie de compétences, le secteur de la construction continuera malheureusement et, pour longtemps encore, à produire des logements, des routes, des ponts et des réseaux d'évacuation mal conçus et mal réalisés, à la merci de la moindre calamité naturelle.
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