
Des élèves refusent aujourd'hui de se lever pour l'hymne national. C'est devenu la hantise de plusieurs chefs d'établissement qui n'arrivent pas à faire respecter les couleurs nationales. La levée des couleurs est obligatoire depuis quelques années. Des parents d'élèves, pour des considérations religieuses, refusent à ce que leurs enfants assistent à ce protocole «par trop salafiste» à leur goût.Les parents d'élèves trouvent mille prétextes pour justifier l'absence de leurs enfants à ce geste hautement symbolique. Les chefs d'établissement sont inquiets quant à ce manque de considération. Ni les convocations ni les blâmes ne font d'effet. Des élèves du secondaire assument également la même tendance, mais pour des visées idéologiques. Dans un établissement de l'est d'Alger, un groupe d'élèves a refusé de saluer le drapeau et de se lever pour l'hymne national.«Ces élèves expriment à leur manière leur désarroi face au mal que vit le pays. Quand nous essayons de les écouter pour leur expliquer l'importance de ce protocole, ils répondent presque tous que les dirigeants ont pris l'argent du pétrole et que, eux, jeunes et pauvres, doivent se contenter de ce morceau de tissu. C'est difficile de leur faire entendre raison. Il y a tout un travail à faire», explique le directeur d'un lycée de l'Algérois ayant eu à gérer ce genre de comportement rebelle. De plus, des élèves raillent ouvertement leurs enseignants en cours d'histoire, qui n'arrivent plus à capter leur attention.Le professeur Chebila estime que le programme algérien est «riche et varié». «En principe les cours d'histoire sont un facteur de consolidation de la cohésion nationale, puisque les informations obtenue par l'élève lors de ses années de scolarité lui procurent les repères nécessaires. Ces repères (amazighité, arabité, islam) cadrent l'appartenance. L'histoire antique et moderne de l'Algérie doit contenir d'interminables sources de fierté», explique M. Chebila.Cependant, les élèves montrent quotidiennement un désintérêt vis-à-vis de la matière. Ils ne font aucun effort pour se concentrer ou laisser les quelques élèves intéressés suivre les cours d'histoire, se plaint une enseignante au lycée Hamadia de Béjaïa : «Mes élèves montrent une aversion avérée aux leçons d'histoire de l'Algérie, estimant que l'histoire est falsifiée.» Les lycéens ne cachent plus leur hostilité. Ils perturbent les cours et ne font preuve de sagesse qu'à l'approche des examens, selon cette enseignante.Que s'est-il passé ' Pourquoi l'élève algérien rejette-il l'histoire ' «La formation des enseignants souffre», selon le professeur Chebila, qui estime que «la méthode d'enseignement doit prendre en considération que l'élève, son avenir et son équilibre de personnalité est entre les mains des enseignants». Un autre enseignant estime que le malaise commence dans le système d'orientation universitaire. L'histoire reste une filière «sous-estimée à commencer par les plus hauts responsables du pays.Quand un Premier ministre s'exprime publiquement sur l'inutilité des sciences humaines, il y a de quoi s'inquiéter pour l'équilibre de la société, puisqu'il annonce désagrégation du ciment de la société, du soutien public et de l'intérêt national». Certes, les pays se construisent avec la technologie et l'économie, «mais ses piliers sont son histoire, son passé et sa ressource humaine», tonne notre enseignant. L'orientation vers la filière histoire se fait selon des critères aberrants.Avec peu de débouchés professionnels et de perspectives, les bacheliers boudent ce département qui reçoit donc, majoritairement, des étudiants orientés malgré eux. Et là, il est difficile à demander à un enseignant de mettre du c?ur à l'ouvrage auquel il participe par contrainte. Pour M. Chebila, la réforme du système éducatif a été concentrée sur l'élève. Beaucoup d'efforts ont été réalisés concernant les manuels, les établissements, la méthode d'enseignement, mais il y a encore beaucoup à faire en matière de formation des enseignants.La nouvelle approche adoptée dans les programmes scolaires a été appliquée sans phase de transition qui devrait permettre à tous les enseignants de maîtriser les outils et la matière avant de la transmettre aux élèves. Les élèves déclarent éprouver de l'ennui car peu captés par le cours ; l'enseignant ne trouve pas les moyens de faire aimer sa matière. Selon un autre professeur d'histoire, exerçant dans un lycée à Eucalyptus à Alger, plusieurs étapes de l'histoire de l'Algérie ont été «zappées» à une époque.Le petit Algérien de l'époque ne se reconnaissait pas dans le discours officiel et maintenant, «on est en train de récolter les résultats comme les pratiques régionalistes, une sous-estimation de soi et l'aversion pour la version officielle de l'histoire». Il déplore également l'absence de chapitres consacrés aux personnalités algériennes à travers les différentes étapes historiques pour «rebooster l'ego algérien. Car franchement, nous avons besoin de jeunes qui reprennent des ?Rome est à vendre' de Jugurtha et non ?cartona fi Roma'», résume l'enseignant, qui plaide pour une revalorisation de cette matière.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Fatima Arab
Source : www.elwatan.com