L'échec de la Conférence de Copenhague sur le climat en décembre dernier
a donné la mesure de l'ampleur des divergences pour parvenir à régler la
question du changement climatique dans le cadre d'une gouvernance globale.
La question de la réduction des gaz à effet de serre demeure entière tant
que les aspects de partage des
responsabilités, niveaux de réduction et calendrier ne sont pas encore réglés.
Pourtant, l'issue de cette négociation a consacré la question de l'adaptation
au changement climatique au rang de priorité, notamment pour les pays en
développement. Il est nécessaire de souligner que de réduction de gaz à effet
de serre et adaptation aux impacts du changement climatique ne sont pas
incompatibles. Bien au contraire, il s'agit et il est possible d'agir
intelligemment sur les deux registres, en maintenant les conditions du
développement national et local. Sous certaines conditions, bien sûr et sans
altérer le développement, voire même le promouvoir, tout en luttant
efficacement contre les impacts adverses du changement climatique. Pourquoi
l'évènement GNL16 offre-t-il une telle possibilité pour peu que les pouvoirs
publics sachent écouter les experts ?
L'idée A bien y réfléchir, l'idée est simple. Il s'agit de faire un lien
entre un évènement international, un problème environnemental global et le
développement durable d'Oran. La 16è Conférence Mondiale du Gaz (GNL16) qui
débute le 18 avril 2010 à Oran est un évènement de grande ampleur et sa
préparation constitue un véritable défi qui n'a pas échappé à ses
organisateurs. Techniquement, l'évènement est sous-tendu par une logistique
impressionnante où se mêlent des considérations d'organisation, d'hébergement,
de transport ou de sécurité. Oran abrite ce genre de rencontres pour la
première fois de son histoire, ce qui fait du GNL16 à la fois un révélateur des
capacités de la ville mais aussi un catalyseur qui lui permettrait d'effectuer
un saut qualitatif dans le sillage des grandes métropoles méditerranéennes. Ce
défi n'est pas celui de Sonatrach seulement, mais celui d'Oran, de ses acteurs
et par extension du pays.
Oran, entre changement climatique et développement local
Les études disponibles indiquent que le changement climatique concerne de
façon significative l'Algérie et plus globalement la région méditerranéenne,
l'une des régions les plus vulnérables. L'augmentation des phénomènes
climatiques extrêmes, les impacts déjà ressentis sur les écosystèmes ou les
sociétés sont autant de signaux qui révèlent la gravité d'une question qui
risque de s'aggraver à l'avenir. Il est révélateur de constater que de
nombreuses villes ont commencé à s'organiser dans le monde afin de mieux se
prémunir des effets adverses du changement climatique. Oran n'échappe pas à
cette menace. Bien réel, le risque climatique peut entraver les stratégies de
renouveau et de développement équilibré et audacieux de la ville et de sa
région. Les acteurs d'Oran, scientifiques, décideurs politiques, acteurs
économiques ou société civile, ne peuvent échapper à cette responsabilité. Par
ailleurs, depuis quelques années, une forte requête de la société civile
oranaise concerne la nécessité de redonner à la ville et à sa région un couvert
végétal adéquat. Cette question inclut les espaces verts, les bois urbains ou
les forêts périurbaines. Le rôle de la végétation pour l'équilibre écologique
d'une ville n'est plus à démontrer. Dans le cas d'une ville méditerranéenne
comme Oran, l'absence tragique de végétation a souvent conduit à une érosion
systématique, provoquant des coulées de boues à la moindre averse. L'impact des
vagues de chaleur estivales, dont l'augmentation est probablement en raison du
changement climatique, pourrait être atténué par un couvert végétal plus
important. Enfin, la végétation en milieu urbain et périurbain peut contribuer
à promouvoir de meilleures conditions de développement, notamment dans le
domaine touristique.
Le lien
L'idée est de faire de GNL16, un evenement neutre en carbone. Rappelons
qu'en tant que pays en développement, et bien qu'ayant ratifié le Protocole de
Kyoto, l'Algérie n'est pas tenue à une réduction de ses émissions de gaz à
effet de serre. Pour autant, toute action dans ce domaine peut s'avérer
rentable. Faire de GNL16 une action neutre en carbone peut d'abord bénéficier à
l'image de marque du groupe Sonatrach et à celle de l'Algérie. Rendre cet
évènement neutre en carbone revient à compenser l'équivalent carbone émis
durant la conférence. Une fois établi, le bilan carbone évalué en fonction de
plusieurs paramètres (transport aérien des participants, hôtellerie,
restauration, logistique de la conférence, production d'énergie, etc …), permet
d'évaluer le volume de reboisement massif nécessaire pour «neutraliser» par absorption
le carbone émis. Il reste une question, comment financer une telle action
d'envergure ? Traditionnellement, la Conférence GNL dégage un bénéfice qui est
reversé aux institutions scientifiques ou fondations de la ville d'accueil.
C'est la règle et il faut que tout le monde le sache. Une partie de ce bénéfice
pourrait servir au reboisement destiné à rendre GNL16 neutre en carbone.
En conclusion
Au final, l'Algérie en général et Sonatrach en particulier y gagnent
l'image positive d'un pays africain et méditerranéen soucieux de contribuer
concrètement au problème du changement climatique global de façon compatible
avec le développement local. Oran y gagne une revitalisation massive de son
potentiel végétal, dont elle a fortement besoin, ce qui constitue une façon
efficace d'atténuer les impacts du changement climatique (inondations et vagues
de chaleur notamment), et de contribuer à une politique harmonieuse de la
ville. Si l'évènement, au-delà de sa réussite technique, permet la convergence
des intérêts, la mobilisation et la canalisation des énergies et des
intelligences, alors Oran saura de façon authentique et efficace assurer un
véritable décollage historique à partir du GNL 16.
Si une telle proposition retient
l'attention des organisateurs, il serait particulièrement heureux de l'annoncer
officiellement dès la cérémonie d'ouverture. D'une belle façon, cela démontrera
la capacité d'une ville du «sud» d'être à l'avant-garde d'un enjeu d'ampleur
mondiale, tout en agissant sur sa propre trajectoire de développement durable.
Oran s'en souviendra et cet évènement tant attendu laissera des traces dont on
pourra se féliciter.
*Membre du Groupe Intergouvernemental d'Experts sur l'Evolution du Climat
(GIEC)
Membre fondateur de l'Association climaction ecocitoyenne oranaise
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Mohamed Senouci*
Source : www.lequotidien-oran.com