Alger - A la une

Pour que nul n'oublie l'engagement de la femme



Louisette Ighilahriz égrène ses souvenirs de résistante qu'elle a confiés à la plume d'Anne Nivat et consignés dans son livre mémoriel "Algérienne", publié aux éditions Casbah, qu'elle a scindé en trois parties, "avant, pendant et après"."J'écris pour décrire l'atrocité d'une guerre faite par une armée régulière contre un peuple sans défense. Je fais le v?u que mon témoignage en appellera d'autres d'ici et de l'autre côté de la Méditerranée." C'est en ces propos que la combattante et autrice Louisette Ighilahriz a présenté, lors d'une vente-dédicace qu'elle a animée dernièrement à la librairie du Tiers-Monde d'Alger, son ouvrage Algérienne.
Elle y égrène ses souvenirs de résistante qu'elle a confiés à la plume d'Anne Nivat et consignés dans son livre mémoriel Algérienne (éd. Casbah, 2006), qu'elle a scindé en trois parties, "avant, pendant et après". Mais, parlons de l'Avant, où la petite fille de l'armurier et fifille à son papa Saïd narre son enfance d'élève studieuse à Oujda (Maroc) auprès de sa fratrie Ferhat, Farouk, Fatima (Tima), Yamina, Malika la bombiste, Ourdia, Houria et Khedoudj.
"En plus, il faut que ce soit une Arabe qui soit la première !" ricanait la maîtresse d'école française à la face de l'enfant qui était à peine plus haute que trois pommes. Heurtée dans son innocence d'enfant, Louisette a su le premier signe de l'apartheid, à savoir la chéchia rouge de son père et le képi qui différencient le gendarme musulman du gendarme français.
Et au retour d'Oujda, Louisette a habité à la Haute-Casbah, où elle a vécu la guéguerre avec la maîtresse d'école de la rue Marengo, l'actuelle Mohamed-Bencheneb, qui lui disait : "De toute façon, vous ne ferez jamais d'études ; c'est comme ça, c'est la règle !" Mais pourtant, c'est fort de son BEPS et de son CAP que "la blonde incendiaire" est allée au maquis du douar de Chebli (Blida) dans la wilaya IV avec pour credo : "la fin de l'humiliation" qu'a prédite son père Saïd à la veille du 1er-Novembre-1954. Mais avant ça, la fille aux cheveux nattés a vite franchi le pas vers la clandestinité.
D'abord avec la boîte à chaussures pour le meurtre du gardien de prison et le reste du temps à la boulangerie de Papa Saïd à El-Biar, devenue ce refuge pour les fidaïn d'Alger. Et de là, la narratrice est arrivée à l'étape du "Pendant" avec son lot d'horreurs à la villa des Roses, à Bouzaréah, où son père était emprisonné. S'en était ainsi jusqu'au traquenard opéré par la police à la "Petite Mascotte" qui s'est soldé par l'arrestation de sa s?ur Malika et de tout le groupe de résistants.
À Chebli, Louisette s'est instruite pour lutter contre l'effet Penthotal (le sérum de vérité) et ce, grâce aux conseils que lui prodiguait le médecin "snob" du groupe. Et c'est grâce aux conseils de ce docteur qu'elle a tenu tête à l'immonde trio Graziani-Marcel Bigeard-Jacques Massu lors de son interrogatoire. Miracle ! C'est à l'officier Francis Richaud qu'elle doit la vie ! "Vous savez, vous me rappelez ma fille ; elle a le même âge que vous.
Cela fait six mois que je ne l'ai pas vue", lui a dit le docteur Richaud. Et c'est animée d'une envie de vérité et de justice qu'elle est allée quêter au cimetière de Messuguet à Cassis, près de Marseille (France), ce petit coin du Midi où elle a laissé un peu du sien sur l'épitaphe de l'officier Francis Richaud, son sauveur.
Ce médecin général qui l'a sauvée des griffes de son tortionnaire l'infâme capitaine Graziani et que "l'Algérienne" a honoré à la gloire posthume d'un écriteau en laiton où elle a exprimé en cette fin de l'an 2000, soit quarante ans plus tard, sa reconnaissance à son libérateur : "Où que tu sois, tu seras toujours parmi nous. Louisette." "1957, au plus fort de la bataille d'Alger, son sourire et ses paroles non injurieuses représentaient une exception, un exploit auxquels elle avait toujours souhaité rendre hommage."
Et, depuis, Louisette Ighilahriz est allée d'une geôle à une autre et jusqu'à l'indépendance et son lot d'écarts. Du reste, le témoignage de Louisette Ighilahriz se veut un rappel. En foi de quoi cela démontre, si besoin est, l'engagement de "l'Algérienne" avant qu'elle ne soit cette "Mineure à vie".

Louhal Nourreddine
w Algérienne de Louisette Ighilahriz,
éditions Casbah, 274 pages.
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