
Taleb Abderrahmane, artificier de l'Armée de libération nationale (ALN) affecté à la Zone autonome d'Alger (ZAA), est guillotiné à la prison de Barberousse (Serkadji) à l'âge de 28 ans après avoir été arrêté en juin 1957, lors de la Bataille d'Alger.Le défilé patriotique du 1er mai 1945, organisé par le PPA, prit sa source au c?ur de la Casbah. Le jeune Abderrahmane suivit la foule qui avait pris le chemin de la Grande Poste où la GGT devait tenir un meeting à l'occasion de la Fête du Travail. Ce défilé fut stoppé par les tirs des soldats français au niveau de la rue Mogador (Harrichet) Dans la Casbah combattante La nouvelle de l'assassinat de Mohamed El- Haffaf, qui avait déployé le drapeau algérien en pleine rue d'Isly (auj. Larbi Ben M'Hidi), circula dans les rangs des manifestants comme une traînée de poudre. Pour tous les patriotes, ceci fut ressenti comme une épreuve de feu. Dans ces années 1940-1950, le c?ur de la Casbah patriotique battait au rythme des luttes contre l'oppression coloniale. Les habitants de la Vieille Ville, toujours en contact avec la campagne kabyle et très sensibles à ce qui s'y passait, réagirent vivement contre la répression qui sévissait dans le douar Sid Ali Bounab de la commune de Camp du Maréchal (Tadmaït). Sous le prétexte de rechercher, dans le douar, un maquisard, « des gourbis ont été démolis, d'autres saccagés, les provisions détruites, les sacs de blé et d'orge éventrés, les bidons d'huile et de pétrole crevés, leur contenu répandu sur le sol et mélangé aux denrées pour les rendre inutilisables...Les habitants rassemblés sur la place, battus et insultés, leurs femmes bousculées et humiliées », rapporte Alger républicain. Un Comité d'aide aux victimes de Sid Ali Bounab prit naissance. Des familles, comme celle de Taleb Abderrahmane, apportèrent leur soutien matériel malgré leurs maigres moyens d'existence. Les dockers, rompus à la lutte collective, furent à l'avant-garde dans cette campagne de solidarité. En octobre 1951, une photo, publiée en manchette par le quotidien anticolonialiste Alger républicain, montre Taleb Abderrahmane avec une délégation des jeunes de la Casbah se rendant au consulat britannique à Alger pour protester contre l'envahissement de l'Egypte par les forces britanniques revanchardes. Les jeunes unis dans un même combat Taleb Abderrahmane vivait pleinement avec passion les évènements. Il s'impliqua dans le combat des jeunes de son âge. Il fit connaître autour de lui la déclaration commune diffusée, en 1952, par l'AEMAN, les SMA, l'UJDA, la Jeunesse du MTLD, la Jeunesse de la CGT, les BSMA, la Jeunesse unitaire musulmane, à l'occasion de la célébration de la Journée internationale de la jeunesse contre le colonialisme, organisée dans le monde par la FMJD, chaque année le 21 février : «Chaque jour amène son cortège de répression, de crimes colonialistes : sang, larmes et misères pour notre peuple et notre jeunesse. On tue chez nous, au Maroc, en Tunisie, en Egypte. On massacre au Viet-Nam et en Corée, écrivent en substance ces organisations de la jeunesse algérienne. Des femmes, des enfants, des hommes tombent en martyrs, en héros, devant « l'ordre impérialiste », pour la cause sacrée de tous les peuples, l'indépendance nationale et la paix mondiale...Le cri jaillit de partout, dans toutes les langues : Indépendance ! Indépendance !...En ce 21 février, certains de la justesse de notre cause, nous nous présentons unis fraternellement pour l'indépendance nationale, la paix et le progrès, contre l'impérialisme...». Cette manifestation accéléra la constitution du Front national de la jeunesse algérienne qui vit le jour le 2 mars 1952. Sa naissance fut saluée par l'organe des SMA, « La Voix des Jeunes », où Taleb Abderrahmane avait des amis comme Ali Hadj Ali : « Voilà un beau programme. Il nécessite beaucoup de courage et des sacrifices de tous les instants. Mais l'ardeur, la foi et la sincérité qui caractérisent la jeunesse sont les meilleurs garants du succès », écrivait Omar Lagha, vice-président des SMA. Dans son édition hebdomadaire datée du jeudi 6 mars, Liberté, organe du PCA, publiait en page Une, sous le titre, étalé sur huit colonnes, Salut au Front national de la jeunesse algérienne, un article de Nour Eddine Rebah, dirigeant de l'UJDA, dont Taleb Abderrahmane partageait les idées politiques. Cet écrit, qui fait date, présentait cette union des forces juvéniles comme une victoire sur la voie de l'Indépendance et de la Paix, un moyen essentiel qui « ébranlera jusqu'à sa base l'édifice hideux de l'impérialisme. » Le Front de la Jeunesse, dont le but avoué était de briser le cloisonnement entre les différentes associations qui se réclamaient de la nation algérienne, fut l'?uvre d'hommes lucides comme Salah Louanchi, cadre dirigeant du MTLD et des SMA, qui écrivait dans La Voix des Jeunes dont il était le directeur : « Les Algériens en général, les jeunes en particulier, sont assez mûrs pour réaliser, sans abandonner quoi que ce soit de leur personnalité ? ils l'ont d'ailleurs souvent prouvé ? des alliances avec quiconque chaque fois que ces alliances sont souhaitables et possibles », s'adressant à certains esprits sectaires malfaisants. Le 28 avril, dans la Basse ? Casbah, les enfants manifestaient avec leurs aînés pour l'acquittement des militants de l'OS, arrêtés en 1950, dont le procès se déroulait au Palais de justice, rue Colonna d'Ornano. La police raciste, qui, pour leur barrer la route, avait investi, dès les premières heures de la matinée, les rues Porte-Neuve, Duvivier, Randon, de la Lyre et d'Oran, épaulée par les gardes-mobiles armés de mousquetons, venus à la rescousse, tira sur eux. Deux d'entre ces enfants, âgés de douze ans, furent blessés. (Suite et fin)
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : www babzman com
Source : www.lnr-dz.com