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'PORTRAIT' Hassan Bendif



'PORTRAIT'                                    Hassan Bendif
Quand Sa Majesté a fait son apparition ce 12 novembre 2011 dans la Librairie Générale d'El Biar de mon ami Mohand Smaïl, le temps s'est soudainement arrêté. Quoi, une Altesse dans une librairie ' La reine Elisabeth peut-être ' Vous n'y pensez pas. Alors une descendante de Ranavalo III, la dernière reine malgache morte en exil à Alger en 1917. Adjugé ' Non, vous n'y êtes pas non plus. Drapeau blanc ' Très bien. Révélation : on parle tout simplement de Hassan Bendif, le dernier PDG de la défunte Enal ! Il fut surnommé à son époque par ses amis, et j'en fais partie, le dernier empereur. Et c'est vrai qu'il a tout d'une Majesté : tête haute, le verbe précieux, la tournure de phrase recherchée et un maintien aristocratique. Snob ' Non. Plutôt réservée. Et dans un pays aussi exubérant que le nôtre, toute retenue est regardée comme une excentricité. Et il est excentrique dans le sens où il aime tout ce qui n'est pas aimé par les faiseurs d'argent. D'abord le livre. Il l'aime tellement qu'il lit nuit et jour, partout : à pied, en voiture et même à cheval si ça se trouve. Que de la bonne littérature. Au premier chef Boulgakov : Le maître et Marguerite, un chef-d''uvre, selon lui. Et puis Dostoïevski et Marques qu'il lit dans le texte. Sa Majesté parle plusieurs langues à la perfection. Il n'en tire aucune gloire : 'J'ai juste une intuition linguistique.' Voilà, c'est dit. À l'Enal donc, il a ouvert les portes aux jeunes cadres, aux jeunes auteurs et même aux compétences du privé dès lors qu'il a coédité avec un éditeur privé un certain nombre de livres. Il fallait le faire. Et il l'a fait dépoussiérant du coup la vieille Enal qui était entre les mains des caciques que le moindre mouvement empêchait de dormir. Selon ses proches, il a introduit aussi en matière de gestion des éléments de rationalité. Comment un intellectuel, un amoureux fou de la musique classique russe peut-il à ce point collé au réel ' Est-il à ce point double ' Du tout. C'est oublié qu'il a dirigé fin des années 1970 une usine à Sidi Bel-Abbès. La gestion, il connaît. Véritable esprit encyclopédique Hassan peut parler de tout. De chimie, de physique, de Sénèque et Epicure en faisant un crochet par Marx avant de chuter sur Ibn Arabi et Al Djouneidi. Mais attention ! les sujets profonds n'excluent pas chez lui les plus légers. Il discute de football, de showbiz et de tout ce qui pourrait ravir une minette. Il est partout Hassan, sans forcer et sans étaler. C'est un homme de savoir qui sait que la meilleure richesse est celle qu'on partage. Un jour, il m'avait confié : 'Tu sais pourquoi les beggaras cherchent la compagnie des lettrés '' J'ai levé un sourcil interrogateur. Je ne voyais pas le lien entre les deux catégories tant leurs chemins sont parallèles et ne se rejoignent jamais. Réponse : 'Parce que les lettrés ont ce que les beggaras ne posséderont jamais même avec tout leur argent : la culture.' Comme pour confirmer ce qu'il disait, un superbe beggar, superbe dans le sens du gros ventre, de grosses joues et de la grosse cylindrée, nous tomba dessus. Il voulait nous inviter à dÎner. Hassan le moucha : 'Désolé, nous allons à un spectacle de musique de chambre !' Et le beggar étonné : 'Ah ! vous faites de la musique en chambre chez-vous ' Vis et tu verras (eich tchouff) je pourrais venir '' Hassan, sourit et lui répondit doucement : 'Désolé, c'est complet cher ami.' Il n'ajouta pas un mot Hassan. Pas besoin. Il a l'élégance de la brièveté. Ce n'est pas lui qui tirera sur une ambulance fut-elle luxueuse. Le beggar était à terre. Pourquoi le piétiner ' Pour Hassan, le bonheur se résume à réaliser celui des autres. Les deux mots-clés dans son répertoire personnel : sont l'authenticité et l'utilité. Il fait ainsi, et sans le vouloir peut-être, son autoportrait : l'authenticité algérienne ' el assala ' dans ce qu'elle a de meilleur conjuguée à l'utilité au service des autres. Révérence S.M.
H. G.
hagrine@gmail.com
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