Alger - Revue de Presse

Pluie entre vert et rouge



Alger se réveille mal. Trottoirs et chaussées mouillés. Explosion de la densité des policiers au mètre carré. Certains quartiers subissent des coupures d?eau. Des enfants ont été réquisitionnés et sortis de leurs établissements scolaires pour d?éventuels « bains de foule populaires » à l?occasion de la tournée du Président Abdelaziz Bouteflika dans la capitale en compagnie d?un staff de ministres, du chef de la 1re Région militaire et du wali d?Alger. Les « bains de foule » auront bien lieu. A Bab Ezzouar, devant la cité AADL baptisée « Cité de la réconciliation nationale ». Des scouts, des lycéens, des collégiens et des écoliers forment le gros des troupes. Tee-shirts à l?effigie du « oui » en rouge ou en vert sur fond blanc. Portraits du « chef de la réconciliation » couvrant des façades d?immeubles ou portés à bout de bras. « Je vais voter oui avec mes béquilles. Je veux le bien du pays », dit un jeune habitant de Bab Ezzouar. « Les victimes du tremblement de terre du 21 mai 2003 sont avec la réconciliation nationale », proclame une pancarte. Des jeunes, d?un côté des barrières de police balisant le passage pédestre du Président, parodient les slogans lancés par de jeunes filles en face. « Vive la réconciliation ! », lancent-ils en mimant un geste obscène de servitude. Les enfants sont là depuis 8 heures, alors que le Président ne passe que vers 11 heures et demi. Il fait chaud. « Pourtant, le Président déteste qu?on ramène des enfants », confie un responsable de la Présidence. L?Algérie devrait être sanctionnée par les instances internationales pour utilisation des enfants à des fins politiques. Des gamins crient : « L?armée, le peuple, avec toi Bouteflika ! » Le Président passe. Salue. Tout sourire. Des ballons multicolores sont lâchés dans un ciel lourd. Il pleut. Projets à inaugurer. Fillettes en kaftan mobilisées pour les fleurs et les bises protocolaires. Troupes de zorna parsemant le parcours de la tournée de Bab Ezzouar à El Djamila (ex-La Madrague). Employés des APC, comme au site AADL de Aïn Naâdja, mobilisés en comité d?accueil bruyant. Des jeunes de Kouba en renfort de chants de clubs de foot « Bouteflika, Bouteflika, allez, allez, allez ! » qui couvrent les explications du responsable du projet. « Echebka ya Mouloudia. El youm ettelâ (le but ô Mouloudia, aujourd?hui la qualification) », entonnent-ils encore alors que Bouteflika monte visiter un appartement témoin. Passage par le sud d?Alger, vers Birtouta et Oued El Kerma, puis direction Bouchaoui où le colonel Smaïl Hellab refuse de divulguer, « pour le moment », à la presse le montant du projet de l?Institut de criminalistique et de criminologie de la Gendarmerie nationale. Visite du nouveau port de plaisance d?El Djamila. Des jeunes drapés de l?emblème national glissent sur les vagues à bord de planches à voile. Des cabarets adjacents, harems bétonnés, des figures des folles nuits jettent des regards sur le « bain de foule ». Retour aux hauteurs d?Alger. La Coupole du complexe Mohamed Boudiaf. Les banderoles des communes algéroises orientales d?El Harrach et de Baraki sont les plus visibles. Même l?USMH souhaite, en jaune et noir, tout le bien au Président et à son projet de charte. Même soutien signé SNVI, la Société nationale des véhicules industriels. Ballons. Sono. Beaucoup de jeunes. Dans les premiers rangs : les chanteurs Rabah Deriassa et son fils Abdou, ainsi que Mohamed Lamari, les actrices Farida Saboundji et Beyouna, la sportive Hassiba Boulmerka, le comédien Saïd Hilmi, Rabha Tounsi de l?organisation des familles de disparus et ex-anti-Bouteflika, Abdelmadjid Sidi Saïd de l?UGTA. Plus en retrait, Louisa Hanoune du Parti des travailleurs. Saïda Benhabyles en avant-poste. Plus loin, des émirs de l?AIS, Benaïcha et Bouabdellah. La salle se vide vite. Dehors, la haie de la garde républicaine toujours prête. Il ne plut plus. L?eau dans certains quartiers est toujours coupée. La circulation algéroise est revenue à la normale en début de soirée.
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