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Plaidoyer pour une «refonte» de la pratique musicale Conférence du musicologue Nourredine Saoudi à Constantine



Plaidoyer pour une «refonte» de la pratique musicale                                    Conférence du musicologue Nourredine Saoudi à Constantine
Photo : M. Hacène
De notre correspondant à Constantine Nasser Hannachi
«Point de posture du message musical authentique andalou sans le respect de son dogme», c'est une assertion sans appel qu'a posée le chercheur, docteur en musicologie et multi-instrumentiste Noureddine Saoudi, qui était venu débattre, mercredi dernier au Théâtre régional de Constantine, du thème «Bilan et perspective de la musique andalouse algérienne». L'assistance ne comptait pas plus d'une trentaine de personnes alors qu'on est en plein Festival national du malouf dans le cadre duquel a été programmée cette rencontre. «C'est un extrait de mon vécu et de mon expérience en la matière portant essentiellement sur l'école d'Alger», a-t-il soutenu d'emblée.
La préservation de ce patrimoine devra, selon lui, obéir à plusieurs réformes, sans quoi «on versera dans sa déformation et le non respect de sa structure de base et donc mère». Ainsi, recommandera-t-il une implication directe et sans détour de l'Etat. «Il est un potentiel qui doit être mis en valeur. Quand on voit les Chinois jouer Qom tara avec maestria il y a de quoi s'interroger sur cette performance». Les associations ont montré leurs limites, il faut passer à un stade supérieur, affirme le musicologue. «Désormais, on ne peut pas demander l'impossible aux diverses associations, chacune a ses problèmes. C'est pourquoi il faudra interpeller d'autres espaces formateurs qui sont les conservatoires, les instituts de musique et les Maisons de la culture. L'inclusion de quelques chapitres dans les programmes scolaires demeure une nécessité», ajoute M. Saoudi. Appelant à une «refonte» de la pratique musicale, le chercheur préconise la révision des programmes des conservatoires. Et les espaces formateurs devraient s'y plier. «Une remise à niveau s'impose pour répondre aux exigences de l'heure», soutient-il. Pour donner au répertoire un sang nouveau, tout en restant soumis aux règles structurelles, M. Saoudi propose l'implication des chercheurs. «Cette musique a besoin d'interface. C'est le chercheur qui tient ce rôle. Il est utile de verser dans les inventions de proximités qui donneraient naissance à des 'uvres entières au sens confirmé, d'où un enrichissement musical», dira-t-il. Tout en mettant en relief la progression de la musique andalouse en Algérie, le conférencier soulignera le rôle de la société civile qui «fût d'un apport considérable dans l'évolution de ce patrimoine dans le pays». Elle a concouru, voire ouvert la voie, d'une façon remarquable, à la naissance d'associations. «Cette action a comme moteur le dynamisme de la société civile qui a fait en sorte que cette musique soit généralisée à travers le territoire et fédérer des gens de terroirs différents. Beaucoup de caractéristiques ont été aplanies», notera M. Saoudi avant de remonter dans le temps pour évoquer les premières sociétés musicales musulmanes : «El Djazaïria, ensuite El Moussoliya creusaient leur présence au moment où le colonisateur célébrait son centenaire en Algérie.» Dès lors, un dynamisme surviendra au terme du mouvement de revendication postcolonial. La présence d'un conservatoire à Alger allait donner une pépinière à la musique andalouse à Alger. «On est parti de 15 associations musicales en 1962. Aujourd'hui, l'Algérie en compte plus de 100, dont certaines on été créées dans des régions qui ne sont pas adeptes de ce genre musical», indiquera le chercheur. Depuis sa naissance à Alger, en 1981, El Fakhardjia, qui avait regroupé toutes les compétences de son époque, «a réorienté et donné un sens solide à cette mélodie», dira en substance l'hôte du Festival et disciple au sein de cette association. Sur un autre registre, le musicologue indiquera que «l'hégémonie de la musique égyptienne éclipsait la musique andalouse puisque celle-ci était considérée comme une musique ''subversive'', ce qui lui a valu une petite déclinaison. Heureusement que le bon sens d'El Fakhardjia a redressé la situation et encouragé par la même plusieurs groupes à investir le champ pour pérenniser cette musique».
Le plaidoyer pour la relance du patrimoine andalou en Algérie est lancé depuis le TRC, il reste à espérer que les sphères concernées se pencheront dessus en vue de préserver cet acquis culturel et civilisationnel.
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