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Placement des réserves de change de l'Algérie : les limites d'une gestion à court terme



Placement des réserves de change de l'Algérie : les limites d'une gestion à court terme
En mal de liquidités, le Fonds monétaire international (FMI) en appelle aux contributions des Etats membres afin d'augmenter ses ressources.
Celui-ci compte sur les apports de pays disposant d'importantes réserves de change, à l'image de la Chine ou encore de l'Arabie Saoudite, pour augmenter la dotation de son mécanisme anticrise. Avec ses 182 milliards de dollars de réserves de change, l'Algérie intéresse le Fonds, lequel n'a pas hésité mettre en avant ses indicateurs macroéconomiques positifs. On y voyait les signes avant-coureurs d'une sollicitation, comme en 2009, de l'institution de Bretton Woods envers l'Algérie afin de prendre part à une levée de fonds. Sollicitation confirmée hier, à partir de Washington, par le ministre des Finances, Karim Djoudi. L'argentier du pays a ainsi déclaré à l'agence de presse APS que «l'Algérie allait étudier et évaluer les conditions dans lesquelles cette demande sera proposée dans les détails».
S'il est clair que tout pays se doit légitimement et souverainement d'examiner sérieusement toute opportunité de placement de ses ressources aux conditions les plus favorables, la position des autorités monétaires souffrent de quelques ambiguïtés. Le fait est que Karim Djoudi, qui a avancé l'alibi de «la gestion prudente des réserves de changes», a évoqué, en plus de la préservation du nominal et de la couverture des risques de change, la liquidité des placements et leur rémunération. Ce qui donne déjà un avant-goût de la réponse négative au FMI. Aussi, voir le ministre des Finances déclarer que l'Algérie rendra sa réponse d'ici la prochaine assemblée annuelle des institutions de Bretton Woods, c'est-à-dire dans 6 mois, laisse présager une réédition du scénario de 2009 où, après moult tergiversations et polémiques autour de sa participation dans l'allocation de DTS, l'Algérie a choisi de dire non.
Le refus de l'Algérie d'augmenter ses contributions au FMI et, par ricochet, son influence dans l'institution de Bretton Woods et loin de recevoir l'assentiment des experts. L'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, Abderrahamne Hadj Nacer, y voit l'absence totale de bon sens politique et surtout de vision ; il estime que si l'Algérie compte actuellement sur sa présence parmi les membres du comité monétaire et financier et du comité de développement pour maintenir une certaine influence au sein du Fonds, elle n'est pas à l'abri d'un retournement de situation. Il explique que les différentes levées de fonds opérées par le FMI modifient l'équilibre de répartition du capital et, par voie de conséquence, des droits de vote.
Aussi, le refus systématique des Algériens de contribuer aux emprunts pourrait réduire considérablement leur droit de cité auprès de leurs partenaires.
M. Hadj Nacer qualifie la administration des réserves de change par le ministère des Finances et la Banque d'Algérie de «gestion de court terme». Il met à l'index le souci des autorités algériennes de disposer avant tout de liquidités permettant de couvrir trois années d'importations. Ceci reflète, selon lui, un manque de confiance envers ses partenaires, ou plutôt une peur viscérale du lendemain. Or, conclut l'ancien gouverneur de la Banque d'Algérie, ceci ne peut en aucun cas protéger notre pays d'un retournement prolongé du marché pétrolier ; bien au contraire, il pourrait être assujetti à des institutions où il n'aura aucune voix au chapitre.


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