Alger - Revue de Presse

Phénomène des kamikazes



L’urgence d’une intervention en amont Le patron de la police a annoncé mercredi, urbi et orbi, un plan de lutte contre les attentats suicides, promettant même aux Algériens «de dormir sur leurs deux oreilles», selon l’expression reprise par un confrère arabophone. L’annonce de Ali Tounsi, devant les cadres de la police, est d’abord une réponse aux angoisses des Algérois qui sont à nouveau replongés dans le cauchemar des attentats. La bonne foi du numéro un de la police n’est pas à mettre en doute, encore moins sa volonté et sa détermination et celles des forces de sécurité de combattre le terrorisme. Cependant, ce discours a un air de déjà entendu. C’est la même antienne qu’on entend de la bouche des responsables après chaque attentat terroriste. Mais les faits sont là et têtus, comme dirait Lénine. N’est-il pas, aujourd’hui, temps, surtout après ce qui s’est produit mardi à Hydra et Ben Aknoun, escalade sans exemple jusque-là, de changer de fusil d’épaule? La question est d’autant plus pertinente que l’on constate l’inefficacité de l’option sécuritaire stricte qui s’apparente finalement, pour reprendre une image médicale, à apporter un traitement symptomatique et épidermique à un mal qui est profond. Les Américains et les Européens, avec toute leur armada sécuritaire et des services de renseignements des plus performants, n’ont rien pu contre les multiples actes terroristes perpétrés dans ces continents. Des voix, de plus en plus nombreuses, tant chez nous qu’à l’étranger, s’élèvent pour souligner la nécessité d’intervenir en amont. En effet, un kamikaze qui lance son véhicule contre un édifice, c’est en fait l’ultime étape, la finalité d’un processus de conditionnement qui commence bien plus tôt. Et intervenir en amont, c’est mettre en place, dans la société, des mécanismes qui sont de nature à empêcher les jeunes de verser dans la violence. Car, toute proportion gardée bien sûr, un jeune qui se fait exploser, ou celui qui tente au péril de sa vie de rejoindre l’autre côté de la Méditerranée sur une embarcation de fortune, ou encore celui qui se tue à petit feu par la consommation de la drogue, c’est la même problématique de fond, la seule différence étant sa manifestation et la gradation de son niveau de violence. Précisément, il s’agit d’intervenir sur le terrain du social pour faire en sorte que ces kamikazes et harraga ne soient plus des dangers pour eux-mêmes et pour leur société. Et pour cela, c’est un véritable aggiornamento qui doit être opéré au niveau de certaines institutions de l’Etat, en particulier celles qui sont en rapport direct avec la jeunesse. En l’occurrence, le ministère de la Jeunesse et des Sports, de la Culture, de l’Education, du Supérieur et des Affaires religieuses. Ces institutions, engluées depuis des années dans des pratiques ronronnantes et bureaucratiques, sont en totale déphasage avec cette jeunesse dont elles sont censées être à l’écoute. C’est un véritable plan Marchal qu’elles doivent mettre en œuvre pour tenter d’inverser la tendance suicidaire de la jeunesse du pays. Nécessité de multiplication des Maisons de jeunes au niveau des wilayas, réalisation d’infrastructures sportives, intervention sur les programmes scolaires et surveillance des mosquées et, bien sûr, création d’emplois, sont autant de pistes de travail que les responsables du pays doivent explorer. Cela revient en définitive à créer un environnent culturel, sportif, social et intellectuel qui permettra à cette jeunesses, aujourd’hui en proie aux tentations suicidaires, de s’inscrire dans un processus positif de construction du pays.   H. Senouci
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