Dans le noir, la
moindre source de lumière, par sa clarté, est bien visible. Lorsqu'elle est
proche, elle paraît plus grande que sa dimension réelle. Elle illumine son
entourage et fait naître de l'espoir.
Pour un voyageur
égaré sans eau dans le désert, c'est le retour de la vie. Pour un jeûneur,
c'est la joie de l'aïd. Dans la lumière, le corps noir visible peut passer
inaperçu et si on s'y attarde à l'observer il consommera toute notre énergie.
Ainsi, dans notre entourage, nous devons chercher tout ce qui est positif,
initiative, mode de gestion, travail bien fait et l'encourager. Notre culture
nous exige d'apprécier et reconnaître la critique constructive et d'adhérer au
sérieux, mais aussi de dire en toute honnêteté à ceux qui se trompent, que leur
appréciation nécessite révision.
Dans une société, comme la notre, ou
l'information circule très peu et est considérée presque secondaire, ou le
citoyen semble se noyer dans de faux problèmes devenus trop stressants, ou les
belles choses sont d'une extrême rareté, ou la classe moyenne, censée être
l'amortisseur des chocs et l'interface utile entre les deux extrêmes, a sombré
au fin fond, il est très difficile pour le citoyen de se fixer dans la vie un
objectif bien clair. Dans ses conditions de vie sans repère bien défini,
l'algérien ressemble aujourd'hui beaucoup plus à un marin perdu au milieu de
l'océan, sans SOS et au gré des vents. Il perd le sens de programmation jusqu'à
ne pas être capable de se dire par exemple, demain c'est un week-end, je me
reposerai, ce sera une grâce matinée. C'est le klaxon du distributeur d'eau
potable qui commencera de bon matin par l'assommer. Puis ce sont les enfants du
voisinage, qui par manque d'espace de jeu, envahiront les rues. Suivra ensuite
le bruit de l'information dans le quartier, un criminel dangereux a été libéré
sans rester longtemps enfermé, et il est déjà en meilleure santé que le jour de
son arrestation. Les droits de l'homme concernant les enfermés pour la liberté
d'expression et autres pour des délits secondaires, lorsqu'ils sont appliqués
aux bandits, ne font que les encourager. Ces parasites, de différentes
catégories, ont trop pollué notre société. La moindre inattention, et c'est
votre bien qui disparaît. C'est effarant.
Quand les gens vivent dans des absurdités
incompréhensibles, ils perdent toute confiance en leurs leaders. Les discours
deviennent moins efficaces. La méfiance et le soupçon s'installent et se
généralisent. Le raisonnement logique devient inutile. En avançant des
chiffres, par exemple, pour prouver qu'il n'y a pas de pénurie d'un produit
quelconque, et qu'en réalité on a des difficultés à le trouver sur le marché,
est une preuve que les choses ne fonctionnent pas comme il se doit. Ce genre de
situation doit être alarmant pour des gestionnaires conscients. Cent queues
sans alerte est un indicateur de grande inertie. Il est peut être temps
d'introduire de nouvelles unités de mesure ou d'évaluation du sous
développement. Le nombre et la longueur des queues de citoyens dans les
différentes administrations, par exemple. A la poste, à l'état civil, au
transport, etc. Quand la porte du pessimisme est grandement ouverte, cela fait
les beaux jours de la cristallomancie. Malheureusement pour les scientifiques,
avec cette escroquerie on arrive parfois à lire des semblants de vérités et
consoler le client avec des explications, sans preuve, des phénomènes
complexes.
Crystal ball
Mais, que peut
bien dire une voyante à un citoyen désespéré qui n'arrive pas à supporter le
poids de ses problèmes quotidiens ? Et comment peut-il lui décrire sa
frustration?
- J'ai un mal de
tête que je sens surtout la nuit, et aucun médicament n'a pu me soulager.
- Mets toi à
l'aise, le temps de consulter cette petite merveille. Après un instant, elle se
prononce : C'est bien ça, je vois un tableau de commande avec plusieurs alarmes
actives, sonores et lumineuses clignotantes. Une alarme haute tension dans la
société, une autre niveau très bas de gestion et bien d'autres. Je vois d'un
autre côté, dans l'obscurité de la nuit, vos cinq sens en réunion autour de
leur maître. Ils rapportent ce qu'ils ont vécu le jour.
La vue en premier
: Surtout ne pas accuser l'ophtalmologue. L'œil se porte bien et l'information
apportée est bien correcte. Je confirme avoir vu un camion citerne chargé de
combustible, sur lequel était écrit en grand, «danger produits inflammables»,
traverser une fumée épaisse, prés d'un dépotoir communal le long de la route où
on avait mis le feu. Le vent emportait des objets légers enflammés. J'ai vu des
mendiantes avec des bébés, assises sur les trottoirs sous le vent, la poussière
et le froid. J'ai aussi vu des jeunes voleurs, des pick pokets, à la station
des bus au moment du rush des voyageurs et à quelques mètres des jeunes agents
de sécurité représentant la loi et les forces de l'ordre. J'ai vu des produits
alimentaires de première nécessité doubler de prix sans alerte, j'ai vu des
écoliers du primaire, mal vêtus et mal nourris, faire de l'auto stop pour
arriver chez eux à la fin de l'école, et bien d'autres choses aussi tristes les
unes que les autres.
L'ouie : Le spécialiste ORL lui aussi n'est
pour rien. L'oreille fonctionne correctement et le signal envoyé est bien
représentatif de la réalité. Il est bien filtré, amplifié et conditionné. Je
confirme avoir entendu un agent de banque dire à un citoyen, cherchant à
changer un billet de banque trop abîmé et refusé par les vendeurs, je ne peux
pas le prendre, essaie de le faire passer ailleurs. Et pour un autre cherchant
à ouvrir un compte, nous sommes saturés. Nous n'ouvrons plus de comptes. Le
toucher : Ce que je rapporte est également facilement vérifiable. Il suffit de
sortir de son décor et vivre au milieu des gens. Les produits de première
nécessité, les légumes et la sardine vous brûlent les doigts en les touchant.
J'ai cru avoir des trous dans mes poches. En cherchant mon argent une semaine
après avoir perçu mon salaire, je ne l'ai pas trouvé.
Le verdict
Sans trop
s'attarder, la voyante a bien compris de quoi il s'agit et prononce son
jugement.
- Mon cher
concitoyen, ce qui vous rend malade est un conflit entre source et traitement
d'information dans votre petite boîte pensante. Ce que vous avez appris à l'école
de la logique ne fonctionne plus dans notre société. Malheureusement, je n'ai
pas pour vous une prescription pour une guérison rapide. Tout ce que je peux
vous dire, c'est patienter. Je sais très bien que de nos jours les
neuropsychiatres sont fort occupés. La dépression fait ravage et les calmants
se vendent comme des cacahouètes. Le citoyen ne comprend rien à ce qui se passe
autour de lui, ni à ce qui se décide à son égard. On cherche par exemple à
déterminer statistiquement son niveau de vie, alors qu'une petite opération du
primaire comparant les coûts et les salaires est suffisante, pour s'en
apercevoir. Lorsque, dans les rubriques du salarié, la somme des indemnités de
l'enfant et de la femme au foyer est inférieure au prix d'un kilogramme de viande,
au moment même ou le discours officiel parle des droits de l'enfant et de la
femme, c'est à se demander si on a bien compris à qui est destiné ce discours.
L'état des citoyens, ce sont les épiciers et les médecins qui doivent fournir
les données pour le déterminer. Ceux qui confondent vivre et respirer ont bien
évidemment des données bien différentes. Heureusement, nous avons encore des
hommes sérieux et responsables qui comprennent très bien ce qui vous perturbe.
S'ils ne sont pas nombreux aujourd'hui, ils le seront demain. Ils connaissent
très bien l'effet avalanche. Un mal, mal guéri, génèrera un autre plus grave.
Les défaillances nombreuses considérées comme
secondaires sont une source réelle de malaise. Malheureusement, on oublie
souvent que l'instabilité des sociétés est bien causée par ces petites
perturbations lorsqu'elles durent et s'amplifient. On oublie également que les
puissants et civilisés des temps modernes ne cherchent que ce genre de
problèmes chez les sous développés pour résoudre leurs propres tensions
internes. Bien entendu, l'Algérie n'est pas n'importe qui comme ont tendance à
croire ceux qui ignorent l'histoire. Combien de pays dans ce monde ont arrosé
leur terre avec le sang très cher de plus d'un million et demi de leurs braves
enfants pour se libérer de cent trente deux ans d'esclavage, du napalm et des
bombes interdites d'une des grandes armées de l'époque ? Ceux qui essaient
aujourd'hui de nous affaiblir et de nous transformer en un simple marché de
consommation se trompent de calcul. Notre nation est bien plus forte que nul ne
peut, avec ses fausses manÅ“uvres, la réduire au second plan. Nous ne sommes pas
faits pour jouer les figurants.
Notre étoile
brillera toujours. Notre position géographique est un atout. Nos richesses naturelles
sont un autre. Avec un joker on joue à l'aise, avec deux on doit gagner.
Evidemment, entre les professionnels tricheurs, il faut savoir gérer ses cartes
avec talent.
Pour conclure, je
dirai que sentir ce malaise est un bon signe. Autrement vous seriez
inconscient.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghris Djillali
Source : www.lequotidien-oran.com