Quand une démocratie comme les USA exécute ses condamnés, alors qu'un
pays comme le Venezuela, traité de dictature, a aboli la peine de mort depuis
le 19e siècle, en 1863, ou l'Algérie qui a prononcé un moratoire contre son
application en 1993, la colère britannique contre l'exécution de l'un de ses
citoyens par la Chine peut-elle être perçue comme sincère ?
Le 29 décembre dernier, la
justice chinoise a procédé à l'exécution pour trafic de drogue du ressortissant
britannique Akmal Asaikh. Le Premier ministre anglais Gordon Brown a vivement
condamné l'exécution de la sentence, alors que le secrétaire d'Etat aux
Affaires étrangères, Ivan Lewis, a eu recours à un vocabulaire dur, à la limite
d'une déclaration de rupture des relations diplomatiques : «La Chine ne peut
espérer recevoir le respect auquel elle aspire de la part de la communauté
internationale tant qu'elle ne se conformera pas aux standards minimum des
droits de l'homme», a-t-il déclaré, après avoir reçu l'ambassadrice de Chine à
Londres. La réaction de Londres, si elle est justifiée parce que le supplicié
est citoyen britannique, n'empêche pas quelques interrogations sur l'engagement
de ladite «communauté internationale» contre la peine de mort.
A commencer par l'Occident, et de
manière générale de l'ensemble des démocraties, dans ce combat qui demeure
comme la plus ancienne barbarie commise au nom de la justice des hommes. Le
propos n'est pas de disserter sur les arguments des «pour» et des «contre» la
peine de mort ; mais de dénoncer le double langage et l'hypocrisie des
démocraties occidentales sur le sujet. Comment par exemple, la plus grande
(puissante) démocratie que sont les USA peuvent-ils juger la Chine, eux qui ont
exécuté 37 suppliciés en 2009 ? Parce qu'il faut bien reconnaître que les
dictatures et régimes politiques moyenâgeux n'ont cure des appels à la
clémence, la générosité au nom des droits humains, quand la première démocratie
du monde (les USA) exécute ses condamnés, dont la majorité appartiennent aux
minorités ethniques.
Et lorsque les dirigeants politiques
des démocraties, en particulier celles occidentales, se taisent au nom
d'intérêts d'Etat (finances et commerce) sur les milliers d'exécutions chaque
année de par le monde, la levée de boucliers dans les médias contre l'exécution
du Britannique en Chine ne sera, aux yeux des dictatures, qu'un fait divers
supplémentaire pour lequel s'excitent les défenseurs des droits humains.
L'année 2008 a compté, à travers le monde, l'exécution de 2.390 hommes et
femmes dont des mineurs d'âge. La Chine, au vu du nombre de sa population,
détient le record avec 1.718 exécutions, suivie de l'Iran avec plus de 350
suppliciés. Quelques semaines avant que l'Angleterre ne sonne l'alerte contre
la décision de la Chine d'exécuter Akmal Shaikh, le régime iranien pendait Behnaid
Shojai, un mineur d'âge au moment des faits qui lui sont reprochés. Reza
Padaghi et Hassem Haghi ont été pendus juste avant lui. Le 30 juillet 2009,
l'Iran a exécuté 24 condamnés le même jour ! En mars, c'était Mlle Delmara
Darabi, une fille de 17 ans, qui a été exécutée ! La peine de mort est
prononcée dans ce pays, outre contre les crimes de sang, également pour
apostasie, blasphème, prostitution, homosexualité... Au jour d'aujourd'hui,
seuls 106 pays sur les quelque 230 que compte le monde ont soit banni la peine
de mort, soit prononcé un moratoire sur son application.
C'est dire le chemin qui reste à
parcourir pour en finir avec ce qu'il y a de plus sombre en l'homme :
l'instinct de vengeance par le crime du sang. Au jour d'aujourd'hui, un pays
démocratique et puissant comme les USA tue ses condamnés, alors qu'un pays à la
recherche de plus de liberté comme l'Algérie a signé un moratoire qui suspend
la peine de mort depuis 1993. Les derniers exécutés en Algérie ont été les
terroristes qui ont commis l'attentat de l'aéroport d'Alger en août 1993. Un
pays comme l'Argentine a aboli la peine capitale en 1984. Et que dire d'un pays
tel le Venezuela, traité par l'Occident comme une dictature, qui a aboli la
peine de mort en 1.863 ? J'écris bien 1.863 (19e siècle) ! En revanche, qui
dénonce les exécutions régulières pour de simples convictions religieuses ou
affirmations de libertés individuelles dans la riche Arabie Saoudite ? Près de
200 exécutions par décapitation publique en 2008 ! C'est pour dire que le cri
de colère légitime des autorités anglaises, relayé par les médias occidentaux
bien pensants, ne peut être perçu comme un engagement sincère, sans calculs
pour la préservation de la vie humaine, que le jour où la même campagne
médiatique sera déclenchée à chaque fois qu'un être humain est exécuté quelque
part dans le monde, y compris aux USA, par la justice et au nom de la justice.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Notre Bureau De Bruxelles: M'hammedi Bouzina Med
Source : www.lequotidien-oran.com