Elle n?est pas très limpide la rhétorique de notre ministre des Ressources en eaux, A. Sellal, fondant son annonce, cette semaine, de la prise de gestion de l?eau d?Alger par la française Suez au début 2005. « L?eau, a-t-il dit, ne sera plus un produit abstrait et qui n?a pas de valeur. Avec le code des eaux, elle aura une valeur sociale et marchande. » « Sociale et marchande. » Voilà un terrible dilemme, planté comme une écharde dans le courant de la libéralisation débridée dans laquelle est orientée l?Algérie. Il est bien sûr raisonnable de souscrire au credo du ministre de renforcer ce qu?il qualifie justement de « police des eaux », dont l?application est malheureusement, elle, réellement abstraite aux yeux de ceux qui veulent prendre, par exemple, la mesure du désastre à grande échelle que représente le pillage du sable de nos oueds, asséchant le patrimoine de ressources en eau et de l?écologie. Ce qui est loin d?être abstrait aussi, et l?expérience des autres pays du sud du globe nous le montre bien, c?est que l?eau, ressource de vie comme l?air respiré, partout où les grosses multinationales (dont Suez) ont pris le « marché » - toujours d?ailleurs avec la bénédiction chèrement payée des entremetteurs très proches du Pouvoir -, devient impitoyablement une simple marchandise. Et toujours aussi les gains faramineux des marchands coulent bien sûr d?un renchérissement sans borne des prix imposés. La régulation par les pouvoirs publics étant réduite partout dans ces pays à une portion congrue, voire tout simplement de façade. Ce qui est loin d?être abstrait aussi, c?est que déjà sans la privatisation les foyers sont abonnés à des contingences d?écoulement. Ce qui n?est pas abstrait enfin, c?est que quand il y a une réelle volonté politique de préservation d?un patrimoine, quel qu?il soit, souvent des actions dignes tendent à le préserver. Sans sacrifier à un cocorico franchouillard, ni à un réflexe national socialiste, une magistrale preuve nous a été administrée cette semaine. Il s?agit du patrimoine image de marque de l?Algérie dans le concert des nations. Pour gommer la wechma qui la barre, depuis une douzaine d?années, en terre de barbarie définitivement infréquentable, les services de gendarmerie ont réussi en un temps record - sur un territoire aussi vaste que « le quart de l?Allemagne réunifiée », a observé l?un de nos éditorialistes -, à arrêter la cavale de cinq « touristes » étrangers pillards de trésors archéologiques du parc national du Tassili.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Belkacem Mostefaoui
Source : www.elwatan.com