Alger - A la une

Passé et présent entre noir et blanc



«La photo est dans le négatif, elle est là. C'est un moment d'histoire, dit le plasticien photographe.Un livre. Une histoire. Des photos. Une mémoire. La notre. Pour que nulle n'oublie. Si le coeur ne vous en dit pas de sortir durant ce mois de Ramadhan. Il vous reste la lecture salvatrice qui vous fait passer de bons moments tout en intelligence et élévation avec vous-mêmes. Un de ces livres qui ne nous aura pas échappé ces derniers mois est le beau livre «1990-1995» Algérie, chronique photographique de Ammar Bouras. Des photos certes, mais beaucoup d'écrits accompagnant ces images en noir et blanc, qui racontent cette cruciale et sensible page de notre histoire contemporaine, entre politique, société, culture et même le sport.
La société en vrac
Tout est scruté à la loupe, répertorié chronologiquement. Un livre sorti cette année aux Editions Barzakh et préfacé par l'universitaire Malika Rahal qui nous présente d'abord dans son texte intitulé «Un passé qui s'invente» qui est Amar Bouras: «Un photojournaliste qui, entre 1988 et 1993, travaille pour plusieurs journaux» et de faire remarquer plus loin: «Les négatifs, Ammar Bouras vous en parle comme de la chose la plus précieuse qui soit.(...) Ces archives que Ammar Bouras numérise patiemment ne sont pas constituées pour le bon plaisir des historiens, fussent -ils désespérés. Elles sont la matière première de son travail d'artiste plasticien. Des ses oeuvres, il utilise souvent la photographie comme matière, support de peinture, objet de collage. L'une d'elles que j'ai eu l'occasion de voir récemment, Tag'out, se regarde d'abord de loin: On reconnaît le président Boudiaf..» En effet au fur et à mesure qu'on avance dans l'histoire, dans ce livre, l'artiste se devine, se dilue entre ses passions créatrices et l'urgence de capter l'instant «T» de son pays. Un pays qui va mal, qui plonge la tête baissée dans les années d'obscurantisme. Mais des fragments de vie de Ammar Bouras sont également distillés et l'on devine l'homme passionné par la photo de toutes parts.
Des rencontres en images
De 1989 à 1995, Ammar Bouras travaille donc comme reporter photographe au journal Alger républicain en même temps qu'il étudie aux beaux-arts. Des photos de cette école lors de ces années sont également visibles dans ce livre. Ammar Bouras photographie avec son appareil argentique en noir et blanc à Alger, le quotidien, tout ce qui passe sous ses yeux. Boulimique il ne peut s'arrêter. Manifestations, marches, meetings, grèves, conférences de rédaction, enterrements, mais aussi les rencontres sportives, des défilés de mode, des cours de danse, des fêtes à l'école des beaux-arts...Ce livre-témoin, donne un aperçu de ce qu' a été notre jeunesse aussi de cette époque et le virage qu'a connu le pays, avec ces images de prières dans la rue, sans tomber non plus dans la caricature de l'outrance. De par son métier de reporter photographe, Ammar Bouras a su prendre aussi de beaux clichés de nos artistes, tel feue la comédienne Sonia, l'humoriste et comédien Fellag, le dessinateur Ali Dilem, l'écrivain Rachid Boujedra, mais la vie semble dominer car ces photos de ces gens sont en action. Des femmes sont toutes non voilées, dénotant d'une époque presque révolue...Le paradoxe de l'Algérie est là. La décennie noire, de l'espoir, mais de la liberté confisquée aussi. Mais la vie aussi de tous les jours dans sa simplicité..
Résister par la photo
Côté politique on voit Le FFS dans, notamment sa mobilisation citoyenne, que ce soit contre l'arrêt du processus électoral du 26 décembre 1992, ou encore sur le boulevard du Front mer à la grande marche.. Aussi, si cette image de rassemblement de femmes au cinéma l'Afrique ou encore le président Mohamed Boudiaf à Annaba lors de son discours avant d'être assassiné... Des photos qui restent, qui marquent, d'autres qui font sourire ou invitent à la méditation, à se remémorer des pans de notre jeunesse. Et de nous faire replonger dans un passé pas si lointain car revisité entre autres, pas plus tard que la semaine dernière par le décès de Abassi Madani, premier chef de file du parti Le Front islamique du salit (le FIS dissous). «La photo est dans le négatif, elle est là. C'est un moment d'histoire, dit Ammar Bouras. Déclencher pour saisir une image-même floue- c'est dire qu'on ne sera pas perpétuellement paralysé par la violence. C'est un geste de résistance. Et le jour où l'on peut regarder bien en face la photographie, c'est aujourd'hui» peut -on lire dans la dernière page de ce livre et signé Malika Rahal. Dans un long entretien accordé au journaliste d'El Watan, mais aussi auteur (la couverture de son dernier livre, 1994 est une photo signée Ammar Bouras, Ndlr) Adlene Meddi, entretien qui clôt le dernier chapitre du livre, Ammar Bouras explique en évoquant ses photos: «C'est une période, une séquence de notre histoire, qu'on a presque oubliée, trop vite.» et d'avouer un peu dépité en faisant allusion à notre présent: «Quand je regarde ces photos, je me dis qu'on n'a pas tiré de leçons. Les choses étaient presque visibles, presque flagrantes et personne ne s'en rendait compte, on était en plein dedans, on découvrait la démocratie, le multipartisme, l'altérité, etc. maintenant, quand je vois ce qui se passe dans le monde et chez nous, là où nous sommes sur le plan politique, je me dis qu'on aurait pu se rendre compte plus tôt que le danger arrivait. Mais je suppose qu'on était trop «dedans». Quand je regarde mes photos (...) je les vois comme le témoignage d'une période où il y avait un mélange une confusion...(...) chacun luttait à sa manière, la tolérance, la vie étaient là. Ce que je n'arrive presque plus à trouver maintenant, comme si l'opportunisme avait pris le pas sur l'engagement. Je ne suis pas nostalgique pour autant, j'ai toujours préféré le «ici et maintenant».
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