«Le mot est comme
le nid et l'oiseau en est le sens » Djalal Eddine Erroumi
On se rend compte
de plus en plus que la parole donnée n'a de valeur que durant le moment où elle
est prononcée. Par la suite et malgré les enseignements de la morale et de la
raison, les hommes dans leurs relations amicales, de voisinage, familiales ou
de simples intérêts oublient pour des considérations différentes de respecter
leurs engagements, ce qui induit des ruptures de relation, des conflits, une
dégradation des rapports de confiance. Tant qu'il s'agit de rapports entre
individus on peut plus ou moins amoindrir la gravité des conséquences. Le
problème c'est lorsque des représentants d'institutions s'avancent sur des promesses
qu'ils ne tiennent que partiellement ou pas du tout. Nul n'est besoin
d'insister sur le rôle de l'institution et des symboliques qu'elle représente
pour l'équilibre d'une communauté, d'un village, d'une ville, d'une nation.
L'école, l'hôpital, la mairie, le palais de justice ne sont pas de simples
édifices dénudés de charges symboliques, devant leurs constructions à la seule
structuration des repères urbanistiques. Ce sont des espaces qui répondent à un
besoin social pour réduire les dysfonctionnements qu'une communauté génère dans
sa dynamique historique, son évolution. A l'intérieur de ces espaces évoluent
des personnes dotées de compétences nécessaires pour répondre à des besoins
précis. On ne va pas dans un hôpital pour retirer un extrait de naissance, tout
comme le palais de justice n'est pas l'endroit idéal pour se faire arracher une
dent.
Chaque institution a donc un sens qui ne vaut
que par la valeur de ses occupants. Les rôles de chacun sont balisés par des
règles écrites, largement expliquée, et mise en application par une multitude
de procédures, répartie selon une hiérarchie. Ce bref rappel qui est loin
d'être exhaustif est souvent nécessaire devant le comportement des agents de
l'Etat, qui semblent, ou ne pas comprendre leurs missions, ou alors ils ont
réussi à pervertir les institutions de façon à produire une nouvelle catégorie
d'organisation, dont il faut bien se demander si elle ne va pas un jour nous
faire revenir à la préhistoire, dans un monde qui va tellement vite que nous en
avons le vertige. Prenons un exemple vécu. L'Etat adopte une politique de
généralisation d'Internet ambitieuse, génératrice d'intelligence, rentable
ayant pour objectif de rattraper le siècle. Le Premier Ministre suit de près la
mise en _uvre de ce programme pour des raisons à priori politiques et encourage
l'acquisition d'équipements pour les ménages par le défunt crédit de
consommation. Rappelons que le ménage est une catégorie statistique pour l'Etat
et pour sa comptabilité, ses programmes de développement, loin de toute forme
de préjugés. « Internet pour tous » a fait applaudir les grands et les petits
beaucoup plus que lors d'un concert de musique. Les occupants du pays se
sentant enfin citoyens, se sont mis en chaîne pour surfer sur la connaissance
ou l'information, sur les loisirs qu'offre cette mise en réseau mondialiste,
qui a permis aux plus jeunes de répondre aux travaux exigés par leurs
enseignants, au moins jeunes et autres plus âgés, de découvrir les productions
du monde, le monde. La demande augmente, la concurrence s'installe, l'argent
circule, les habitudes s'installent. Puis subitement, le crédit s'arrête par la
grâce d'une loi, les fournisseurs s'essoufflent pour certains, se réorganisent
pour les autres. D'autres priorités apparaissent, les choses ralentissent et le
programme du Premier Ministre est perturbé. Les engagements ne sont pas
respectés et les chiffres se taisent. Les chiffres sont une arme à plusieurs
tranchants. Ils peuvent annoncer une victoire, comme ils peuvent dévoiler les
écarts entre la parole donnée et la réalité. La réalité n'aime pas les chiffres
mais nous impose le silence lorsqu'on n'est pas sûr d'avoir mis tous les
facteurs de réussite dans les phrases prononcées. Lorsqu'on n'est pas sûr
d'avoir construit des institutions, un Etat. Lorsqu'on n'est pas sûr que
l'aventure se termine bien. Lorsque le destin d'une nation ne devient qu'une
succession d'aventures. D'échecs de la parole donnée. En haut on se demande
comment transformer l'échec en victoire, en bas on attend le prochain échec
pour alimenter quelques phrases impuissantes par des langues qui ont du mal à
tourner sept fois dans la bouche. Stériles. Lorsque le Ministre des « allos »
s'engage sur un programme de communication, signe des conventions nationales et
internationales pour généraliser les moyens de facilitation du progrès,
s'interroge-t-il au moins sur le temps mis pour rétablir une ligne téléphonique
en dérangement qui doit transporter Internet vers un PC domestique ?
S'interroge-il sur la faisabilité d'un programme qui doit informatiser l'école
la plus recluse d'Algérie ? Ou alors l'essentiel n'est que dans l'achat de
milliers d'appareils qui resteront mal cachés par des housses poussiéreuses.
S'interroge-t-il avant tout programme si ses bureaux de poste sont suffisamment
pourvus en timbres et qu'il sort réellement de leurs distributeurs automatiques
des billets de banque au lieu et place d'un clignotement lumineux ? L'essentiel
n'était pas dans l'acquisition de distributeurs mais plutôt dans le sourire
d'un « C.C.piste » qui en retire de quoi faire ses courses. L'essentiel n'est
plus dans les engagements puisque plus personne ne les prend au sérieux mais
dans leurs aboutissements. Et c'est ce qui induit des ruptures de relation, des
conflits, une dégradation des rapports de confiance. C'est ce qui induit
l'émeute locale, la destruction de l'édifice public, la « fuite des cerveaux »
et des autres, chacun selon ses moyens.
Les exemples sont si nombreux que l'honneur
comme le déshonneur, demeure dans le respect de la parole donnée. Celle qui
fait un Etat. Prenons un autre exemple...et encore un autre...
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ahmed Saifi Benziane
Source : www.lequotidien-oran.com