Accompagnée par des milliers de personnes à sa dernière demeure, Nna Aldjia repose désormais pour l'éternité chez elle, à quelques mètres de son fils assassiné.Elle est partie sans que sa quête de vérité sur l'assassinat de Lounès Matoub aboutisse. Mais grâce à la bataille des siens pour son rapatriement, Nna Aldjia peut désormais reposer en paix aux côtés de son fils, son héros, à Taourirt Moussa, comme elle l'a toujours souhaité. Décédée à Paris jeudi dernier, Aldjia Ath Ouali, comme on la surnomme affectueusement au village, a été inhumée, avant-hier, en début de soirée dans le jardin familial des Matoub.
Malgré les appels de la famille à éviter tout regroupement, ou de se rendre nombreux à l'enterrement, Taourirt Moussa a été finalement pris d'assaut par des milliers de personnes venues rendre un dernier hommage à celle qui a donné vie à leur idole.
Au final, malgré un contexte sanitaire très problématique, Nna Aldjia a eu droit à des funérailles dignes des grands... Hommes ! Un enterrement à la hauteur de ses sacrifices et de son combat pour faire éclater la vérité, hélas toujours inconnue, sur la mort d'un des symboles de la lutte pour l'identité et la liberté.
Ce qu'allait être l'enterrement de Nna Aldjia commençait, à vrai dire, à être perceptible depuis déjà les premières heures de la matinée, lorsque d'importants groupes de personnes commençaient à affluer vers le village. Ils sont venus de loin et même de très loin pour y assister : de Béjaïa, de Bouira, d'Alger, d'Oran, d'Annaba, de Batna et même d'Ouargla, comme en témoignent les plaques d'immatriculation des véhicules stationnés sur une file de plusieurs kilomètres, de part et d'autre de la route qui traverse le village.
Il n'était que 14h et il était déjà impossible de traverser le village en véhicule. À cette heure-ci, l'avion qui transportait le cercueil de la défunte n'avait même pas encore atterri à l'aéroport d'Alger. Mais qu'importe ! Devant la demeure des Matoub, la patience était visiblement de mise.
Les mesures de distanciation aussi. Des jeunes en gilet orange distribuaient des masques et du gel hydroalcoolique aux arrivants. Dans la cour de la demeure des Matoub, les membres de la fondation continuaient d'accrocher, tout autour de la tombe déjà prête depuis la matinée, des portraits géants sur lesquels on pouvait apercevoir Nna Aldjia souriante entre Lounès et Malika.
Il est 18h, et le cortège funéraire en provenance de l'aéroport d'Alger arrive, enfin, au village. Un branle-bas de combat est engagé pour se frayer un passage dans la foule compacte qui l'attendait.
Le cercueil a été porté d'abord vers le tombeau de Lounès comme pour permettre à Nna Aldjia de le revisiter une dernière fois, puis dirigé vers la cour où elle élira désormais domicile au milieu de toute une variété de fleurs savamment entretenues. La traversée entre le tombeau et la cour a été laborieuse pour les hommes en camisoles qui portaient le cercueil.
La foule devient plus compacte que jamais et les distanciations physiques respectées durant toute la journée furent vite oubliées laissant place à la bousculade. Mais aussi à des acclamations et des slogans dans une atmosphère empreinte à la fois d'émotion, de tristesse et de fierté.
"A Lwenas mazalagh d Imazighen", "Pouvoir assassin", "Assa azkka, l'enquête thella thella !", scandait la foule comme pour rassurer la défunte que sa quête de vérité, son combat et celui de Lounès ne seront jamais oubliés.
Une fois dans la cour, à 19h précises, le cercueil est mis en terre sous des tonnerres d'applaudissements et de déchirants youyous des femmes. Nna Aldjia repose désormais pour l'éternité chez elle, à quelques mètres de son fils légendaire. Malika prend ensuite le micro pour s'adresser à la foule. "Cela fait des années qu'elle est malade, elle a beaucoup souffert, aujourd'hui, elle va se reposer, elle va rejoindre son cher fils.
Elle va aller à la rencontre de celui pour qui son c?ur et ses entrailles ont brûlé. S'il y a une chose à vous demander c'est de ne jamais oublier Lounès", a-t-elle lancé à la foule qui ne voulait pas se résoudre à quitter les lieux. "Avec le décès de ma mère, c'est un autre pilier que la maison des Matoub vient de perdre. Elle a tenu 22 ans, aujourd'hui, elle mérite son repos", a témoigné Malika.
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir LESLOUS
Source : www.liberte-algerie.com