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Paris entre messe et kermesse



Ni le Président algérien, ni celui de la Tunisie, pourtant tous les deux invités avec force insistance, n'ont fait le déplacement à Paris pour prendre part aux travaux de la conférence sur la Libye vendredi dernier. La ceinture de feu sahélo-saharienne a pour épicentre le pays de Kadhafi en crise depuis dix ans, c'est-à-dire depuis que la France, appuyée par les forces de l'Otan, avait décidé d'éliminer son allié d'hier. En conséquence, la Libye est plongée dans le chaos, l'équilibre politique interne rompu, ouvrant grandes les portes au désordre. Le résultat est connu, outre l'assassinat physique et politique de la famille Kadhafi, ce pays, très moyennement peuplé et surtout riche en hydrocarbures, est livré aux quatre vents.D'Est en Ouest, les prétendants au partage de ses richesses se bousculent et c'est à qui imposera son influence, voire sa présence directement ou indirectement. Cependant, dans ce pays meurtri, les offres de service ne manquent pas, la haine de Kadhafi prédispose la classe politique libyenne à toutes les sollicitations, toutes les alliances, toutes les surenchères. Y compris avec le premier responsable de leur malheur, la France. Jamais on n'aura vu un pays tiraillé par autant de forces extérieures, le plus grave est que chacun des intervenants n'hésite pas à recourir aux armes, utilisant, pour ce faire, des relais internes.
Les Conférences de Berlin I et II, à l'initiative de la chancelière Angela Merkel, ont certes réussi à réunir, dans la capitale allemande, chefs d'Etat et de gouvernement, mais elles auront juste posé les jalons de sortie de crise d'une Libye hantée par les démons de la partition de son territoire et les allégeances aux acteurs extralibyens. Dans cette affaire, la palme du cynisme revient à la France qui prétend parrainer un processus de paix, déjà inauguré à Genève sous les auspices de l'ONU. Preuve de la persistance de son ingérence exacerbant la situation de crise est l'ordre donné à des centaines de mercenaires de quitter le sol libyen sous le sourire béat de leur homme de main, le maréchal Haftar, présent, bien sûr, à la conférence.
Ramtane Lamamra, le ministre algérien des Affaires étrangères, ne se laisse pas « bluffer » pour autant, il persiste et signe : toutes les forces étrangères doivent évacuer le pays. Au demeurant, entre Alger et Paris, ce n'est pas l'entente parfaite, au contraire, l'Elysée fait tout pour saboter les initiatives de dialogue initiées par l'Algérie et tenter de les récupérer à son profit. Il en est ainsi s'agissant de l'accord de paix d'Alger de 2015. D'autres sujets de friction dans les rapports franco-algériens viennent compliquer davantage toute perspective de relations apaisées. Pour autant, à Paris, notre ministre des AE n'a pas eu le même traitement que ses confrères reçus par le Président français dans un cadre protocolaire qui parle de lui-même. Vis-à-vis de la Tunisie, la France ne se départit pas de son comportement néocolonialiste.
La tension est grande entre Tunis et Paris. Ainsi, le Président Kaïs Saïed se voit » intimer l'ordre » de former au plus vite un gouvernement et tutti quanti. Pays frontaliers avec la Libye, il n'est pas dans l'intérêt de l'Algérie et de la Tunisie de se contenter d'un strapontin dans les réunions concernant un voisin qui plus est, est maghrébin. Se contenter d'une position d'observateur signifie, ni plus ni moins, se mettre hors course ad vitam aeternam.
Dans un mois, le 24 décembre prochain, les Libyens de Tripoli, de Benghazi et du Centre devront élire leur Président. Une fin en soi ' Pour les observateurs avertis, ce sera le début de nouvelles difficultés qui n'augurent pas d'une vie en rose pour le peuple libyen martyrisé.
Brahim Taouchichet
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