
La troisième édition du Colonial Tour a été organisée, mercredi dernier, à Paris, à l'initiative des associations CRAN et Sortir du colonialisme, sous le thème «Paris, capitale des crimes coloniaux». Il s'agit d'un pèlerinage, en car, sur les lieux d'assassinat de militants anticoloniaux. Toutefois, c'était une occasion de revenir sur les crimes politiques en général.Durant toute une journée, des journalistes, des historiens et des avocats ont été conviés à échanger autour de «la question de l'impunité qui caractérise les assassinats politiques commis en France». Les initiateurs de cette démarche ont interpellé la ministre française de la Justice, Christian Taubira, pour demander l'interdiction de fermer les dossiers des crimes politiques.«Nous soutenons que les commanditaires étatiques des assassinats politiques sont aisément identifiables et que l'impunité qui s'attache à ces crimes est non seulement moralement insupportable et inadmissible, mais en outre qu'elle favorise la répétition de tels assassinats», lui ont-ils écrit. Depuis l'instauration de la Ve République en 1958, plus d'une quarantaine de crimes politiques ont été commis impunément en France contre des opposants étrangers.La première étape de la visite a rendu hommage à Mahmoud Al Hamchari, représentant de l'Organisation de la libération de la Palestine (OLP), victime d'un attentat, en décembre 1972. Malgré les indices impliquant les services israéliens, l'enquête a abouti à un non-lieu en 1979. «Mahmoud a été blessé par une bombe télécommandée. Il est mort à l'hôpital un mois plus tard.C'était l'émissaire de Yasser Arafat. Il est arrivé en 1969 pour constituer une représentation officielle de la Palestine ici en France. Ceci était insupportable pour les autorités israéliennes», a rappelé sa veuve Marie-Claude. Ensuite, c'est au tour d'Ali Haroun, venu d'Alger, de rappeler un autre crime commis, en mai 1959, en pleine guerre d'indépendance, contre l'avocat du FLN, Amokrane Ould Aoudia.Premier pas«Il a été abattu à la sortie de son bureau avec un revolver muni d'un silencieux. Il n'y a eu aucune enquête sérieuse. On a attribué ce crime à l'organisation de la Main Rouge. Or, cette organisation n'était qu'un groupe dissimulé des services spéciaux français, chargé d'assassinats politiques», a expliqué l'ancien responsable de la Fédération de France. Avant d'arriver à la dernière étape de la visite, où trois militantes du Parti des travailleurs du Kurdistan ont été assassinées le 10 janvier 2013, l'avocat Antoine Comte, chargé de ce dossier par la partie civile, a annoncé que «cette affaire peut être le premier pas pour que cesse l'impunité des crimes politiques commis en France».Il précise qu'après deux ans d'instruction, «nous savons que l'Etat turc est le commanditaire des assassinats de Sakine Cansiz, Fidan Dogan et Leyla Soleymez. Les preuves sont accablantes contre les services turcs. Erdogan lui-même l'a reconnu». Avocat également de la famille Mécili, Me Comte s'est étonné de ne pas voir le nom d'Ali Mécili sur la liste du parcours initial.Au passage près du boulevard Saint Michel, il a présenté à l'assistance les dessous de l'affaire Mécili. «Ali était la cheville ouvrière de l'opposition algérienne. L'assassin présumé a été arrêté mais vite expulsé, car il était gênant pour les relations franco-algériennes», a-t-il souligné. Avant d'ajouter : «Nous n'accepterons jamais le non-lieu. Nous avons fait appel et nous attendons la réponse de la justice.»Le car «anticolonial» s'est arrêté également sur les lieux de l'assassinat de Mehdi Ben Barka, opposant marocain, assassiné en octobre 1965 ; Henri Curiel, militant internationaliste pour l'Algérie et la Palestine, assassiné en mai 1978 ; Mohammed Boudia, militant du FLN puis du FPLP palestinien, assassiné en juin 1973 ; Dulcie September, représentante en France de l'ANC sud-africain, assassinée en mars 1988 ; et Nadarajah Mathinthiran, responsable des Tigres de libération du Tamoul, assassiné en novembre 2012.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Ghezlaoui
Source : www.elwatan.com