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Parent pauvre de l'économie nationale et de la coopération Les PME productives



Parent pauvre de l'économie nationale et de la coopération                                    Les PME productives
Photo : Riad
Par A. Samil

Une visite de chef d'Etat ne suffit pas à elle seule à effacer du tableau toutes les ombres qui obscurcissent la coopération entre deux pays. François Hollande le savait parfaitement avant de venir à Alger où, avait-il prévenu, il ne venait pas en VRP commercial signer à tour de bras des contrats. Pour autant, sa visite d'Etat a correctement rempli ses objectifs politiques. Moins alourdi des pesanteurs du passé, le climat général des relations entre l'Algérie et la France pourrait être, à l'avenir, plus favorable, moins contraignant et, pourquoi pas, plus avenant. En effet, le président français a réussi l'exercice le plus difficile de son voyage algérien : les deux pays n'ont aucune raison de s'en vouloir. Le challenge est toutefois moins évident quand il s'agira d'accompagner durablement cette embellie politique vers une coopération économique plus solide, moins réactive aux crises passagères. Si le partenariat est «gagnant-gagnant», preuves et garanties à l'appui, qu'est-ce qui empêcherait les entreprises françaises de répondre à l'invitation d'investir dans un pays assis sur des centaines de milliards de dollars immédiatement disponibles ' Rien, sauf un climat d'affaires, en Algérie, régulièrement décrié par les institutions financières internationales et par les Algériens eux-mêmes qui partagent tous le rêve de gagner beaucoup d'argent dans leur pays, en faisant du business dans son sens trivial et aller ensuite acheter des hôtels, des brasseries et des appartements dans
l'Hexagone. C'est une grande question que celle de savoir comment faire naître chez les nationaux l'envie d'investir dans leur pays et les faire passer à l'acte. Si en France, une désindustrialisation de plus de dix ans est désignée parmi les premières causes d'une croissance en berne, en Algérie il serait plus approprié de parler de désertification avec une baisse de la croissance industrielle -en particulier celle du secteur public- régulièrement soulignée par les données statistiques. Au fil des ans, ce sont toujours les hydrocarbures et l'agriculture qui portent la croissance. L'indicateur n'est pas mauvais pour la consommation et le niveau de vie mais, en l'état actuel des choses, ce n'est pas un signe encourageant pour le développement économique du pays. Dans les pays émergents, le nombre de PME est dix fois supérieur à ce qu'il est en Algérie, relevait, fort à propos, le quotidien économique français Les Echos dans son édition du 20 décembre. La faiblesse du nombre de PME est bien un des signes qui confirme le retard du développement économique d'un pays. Encore faut-il réinterpréter les chiffres, car si on se base sur ceux du ministère de l'Industrie et de l'ONS (Office national des statistiques) sans les catégoriser, on relève l'existence de sept cent mille PME sur plus de neuf cent mille entités économiques. Plus de cinq cent mille d'entre elles sont des entreprises commerciales (qui vont de l'épicier à la société de distribution) qui ne produisent pas et qui se concentrent à 84 % dans l'activité du commerce de détail. En seconde position, viennent les services, avec 318 000 entités. Le secteur industriel n'arrive qu'en troisième position avec 95 000 entreprises, PME et TPE dans leur écrasante majorité. Combien sont-elles, au final, les vraies PME dont l'activité s'inscrit dans un cycle production industriel réelle ' Cette donnée est à rapprocher d'un autre chiffre qui permet de mieux cerner la consistance de ce genre d'entreprises : seules trois mille d'entre elles emploient plus de vingt travailleurs et moins d'une centaine exporte pour des montants modestes. Il y a donc tout lieu de relativiser, et bien relativiser, les indications officielles et officieuses qui donnent 15 PME pour 1 000 habitants et qui placeraient l'Algérie presque au même rang qu'un géant économique comme l'Allemagne qui doit sa place de première puissance européenne à son riche tissu de PME.
C'est sans doute pour cette raison que, pour longtemps encore, l'essentiel de la coopération économique avec la France se fera à travers les grandes entreprises et les grosses PME. Même pour les entreprises montées en partenariat avec la France (ou d'autres pays) à l'image de la prochaine usine Renault, il ne faudra certainement pas s'attendre à un taux d'intégration élevé, à cause précisément du nombre extrêmement réduit de PME algériennes performantes et capables de se lancer dans une sous-traitance industrielle de qualité.
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