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Par les souvenirs et les anecdotes extravagantes



Par les souvenirs et les anecdotes extravagantes
Chaque année, le mois de Ramadhan incommode les uns, procure du plaisir aux autres et c'est ainsi depuis nos plus lointains ancêtres. Mais les croyants ont toujours été les gagnants quelles qu'aient été les difficultés, grâce à Dieu.
Ce qui fait le charme de chaque mois de jeûne, c'est la diversité des comportements face à l'abstinence de tout ce qui peut assurer une jouissance répondant à un équilibre physique ou mental. Les plus fervents pratiquants n'ont jamais cessé et du mieux qu'ils peuvent d'apporter un soutien moral aux désespérés en apportant des preuves qu'on supporterait mieux le Ramadhan en en saisissant la portée religieuse, ainsi que ce qu'on peut en attendre à court et à long terme. Ce qui s'est dit partout et dans tous les temps A quelques jours de l'arrivée du Ramadhan, les plus convaincus sont heureux d'avoir à apporter à Dieu des preuves supplémentaires de leur soumission au Tout-Puissant. Etre muslim, c'est accepter tout ce qui vient de Dieu, dans la joie et la bonne humeur, c'est pratiquer avec ferveur sa religion dans le respect scrupuleux de ses cinq piliers : la prière, la chahada, le jeûne, l'aumône, le pèlerinage. «Il n'y a de Dieu que Dieu, c'est lui qui me nourrit, me donne de l'eau, me guérit lorsque je suis malade, me fait mourir et me ressuscite», dit une sourate. On ne peut qu'être ainsi convaincus lorsqu'on a fait l'effort de comprendre ce que nous apporte comme bienfaits le Ramadhan. On a d'ailleurs souvent entendu dire que le jeûne est un excellent remède pour celui qui le pratique avec conviction, que la prière est aussi un remède irremplaçable, comme l'aumône, et tout ce qui est en rapport avec les piliers de l'Islam. «Que c'est long et épuisant un mois de Ramadhan vécu dans un climat chaud à l'extrême et des journées les plus longues de l'année», ne cessent de répéter les moins courageux qui souffrent beaucoup du jeûne sous le prétexte qu'ils sont gros consommateurs de tabac, de café, de nourriture. Ceux-là deviennent irritables à la moindre contrariété. On les a vus se disputer pour des broutilles. Un chauffeur de taxi d'Alger nous a affirmé avoir été témoin d'une scène tragique au cours de laquelle dans une boulangerie des hauteurs de la capitale, un homme a tué à coups de couteau un client qui lui était totalement étranger mais qui avait eu la maladresse de lui faire une remarque banale pouvant susciter le rire sous d'autres cieux. «Tu achètes trop de pain, tu as déjà faim '», avait dit la victime à son tueur qui a dû agir sous l'effet d'un manque aggravé de chique. Effectivement, ceux qui souffrent gravement d'une frustration réagissent violemment. Des souvenirs de chiqueurs invétérés nous sont revenus pendant ces journées caniculaires de début de Ramadhan. Pour qu'elle fasse le maximum d'effet, ils préparaient cette drogue eux-mêmes à partir de feuilles de ce tabac écrasées en poudre fine à laquelle ils ajoutaient une cendre spéciale, celle de bois mort de figuier. Une petite pincée de cette mixture calmait pour un quart d'heure au maximum le consommateur. Ces anciens expérimentés en la matière prenaient leur provision de tabac dans des cornes de b'uf bien taillées et munies d'un bouchon. Pourtant, le Ramadhan arrive chaque année bien à propos pour donner aux capricieux égarés, dévoyés, drogués de toutes catégories confondues et incorrigibles, une chance pour apporter une occasion en or de se débarrasser de ce qui est la cause de leurs maux. Les plus compréhensifs finissent par comprendre qu'on respire mieux et qu'on voit mieux autour de soi sans tabac. Comment vivaient les anciens leur mois de jeûne ' Il n'y avait pas d'électricité, donc tout le monde était privé de radio, de télévision. Le mot internet naquit bien après à la faveur d'un concours de circonstances favorables avec le portable devenu multifonctionnel, seulement les années quatre-vingt-dix, grâce au perfectionnement de l'ordinateur dont l'ancêtre a fait son apparition en 1945. Pour traverser du mieux qu'ils pouvaient ce mois difficile mais indiscutablement bénéfique, les hommes et les femmes savaient s'organiser pour se soutenir, s'entraider. Quel que fût le mois, on arrivait à faire profiter tous les autres. Du côté hommes, il y avait des soirées musicales moyennant des instruments rudimentaires: flûtes en roseau, tambour. On procurait du plaisir à la majorité qui en avait besoin. Des joutes oratoires ou des parties de dominos étaient organisées dans les cafés maures. Les femmes quant à elles étaient solidaires, chacune faisait l'effort de se rendre utile aux autres, pour rendre moins intense la frustration. Sitôt qu'elles finissent la vaisselle et la préparation du s'hour, elles se retrouvaient dans leur espace discret d'échange fructueux pour discuter utilement, raconter des histoires drôles, se soulager en faisant part de leurs revers quand elles en avaient. Des histoires bien documentées parlent de moyens de communication chez nos ancêtres qui n'avaient même pas accès au téléphone pour envoyer au loin des nouvelles fraîches, comme par exemple pour annoncer à ceux qui se trouvent loin de leur région, qu'ils ont vu le croissant de la nouvelle lune, à un moment où le ciel du crépuscule était dégagé à l'horizon. Le moyen mis en 'uvre était ingénieux et consistait la nuit à annoncer la nouvelle par des feux ou des torches qu'on allumait de colline en colline et jusqu'aux frontières à tour de rôle. L'heure du f'tour était calculée avec précision, après le coucher du soleil. Quant au s'hour, les volontaires de chaque ville l'annonçaient à coups de tam tam devant chaque domicile. Les plus vieux s e souviennent des coups de canon tirés dans les casernes pour annoncer à des dizaines de kilomètres à la ronde l'heure de la rupture du jeûne. Bienheureux ceux qui pratiquaient régulièrement la religion dans le strict respect de ses cinq piliers. Ceux qui avaient travaillé durement pendant leurs années d'activité professionnelle, comme les ouvriers des hauts fourneaux en France ou en Belgique, faisaient à leur retour au pays des mois compensatoires de Ramadhan qu'ils n'avaient pas pratiqué pendant leurs décennies d'exil difficile.
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