L'agence de presse Reuters a annoncé samedi que les quatre otages algériens encore aux mains du groupe islamiste armé MUJAO après la libération de trois de leurs compatriotes enlevés en même temps qu'eux, ont été libérés à leur tour. Information qui selon cette source aurait été confirmée par une source sécuritaire algérienne, mais aussi et c'est ce qui est étrange par un porte-parole d'un autre groupe islamiste armé Ansar Dine. Cette fois encore les autorités algériennes sont restées emmurées dans le mutisme. Comme si la libération des otages les a placées dans une situation inconfortable et sur laquelle elles ne savent comment communiquer.
Il est vrai que cette libération soulève la question du comment elle a été obtenue. Laquelle est effectivement posée en laissant transparaître que ceux qui la formulent soupçonnent les autorités algériennes d'avoir transigé sur le principe défendu par elles du refus de se plier aux revendications des ravisseurs. Ce qui reste à démontrer et nous paraît improbable. Les autorités algériennes ont, c'est l'évidence, mené des tractations avec le groupe des ravisseurs par l'intermédiaire d'acteurs tiers sur la scène du Nord-Mali. Mais certainement pas sur la base des revendications formulées par ce groupe après l'enlèvement des sept diplomates du consulat d'Algérie à Gao. Il nous semble que les responsables algériens en charge du dossier ont fait valoir au MUJAO qu'il n'a pas intérêt à une confrontation avec l'Algérie pour laquelle l'ennemi principal est Aqmi et qu'en libérant les otages algériens, il fera la démonstration qu'il ne poursuit pas le même but que celle-ci tant à l'égard de l'Algérie que du Mali. Ce que faisant il pourrait être considéré comme faisant partie des interlocuteurs concernés par la solution politique à la crise du Mali prônée par l'Algérie.
Les autorités algériennes se refusent certes à communiquer sur la libération des otages, mais sans nul doute elles ont été soulagées par cette heureuse issue. Sans l'afficher également elles doivent estimer qu'elle confirme la justesse de la position algérienne sur le conflit au Mali consistant à faire le distinguo entre la rébellion qui au Nord-Mali est le fait de mouvements exprimant les revendications des populations autochtones et la prise de contrôle de ce territoire à laquelle le groupe terroriste Ami aspire. Il semble bien que ce distinguo que l'Algérie prêche tant auprès des autorités maliennes que de celles des Etats du champ (Sahel) et des puissances étrangères impliquées, a contribué à disloquer la coalition qu'ont esquissée entre eux les groupes islamistes acteurs de la crise malienne et permis l'isolement d'Aqmi. Ce qui est la priorité et l'urgence pour l'Algérie dans ce conflit qui se déroule à sa frontière.
A Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères, arrivé à Alger au moment de l'annonce de la libération des quatre otages encore aux mains du MUJAO, ses interlocuteurs ne manqueront de lui présenter la démarche algérienne comme autrement plus efficiente que l'option de l'intervention armée pour laquelle la France a mobilisé sa diplomatie. L'opinion algérienne déroutée par l'opacité qui entoure la crise malienne et les enjeux qui y sont en cause pour ses protagonistes ne retient qu'une chose, c'est le retour sains et saufs au pays de nos compatriotes pris en otage. Une satisfaction qui s'étend à la façon dont les autorités ont géré ce dossier.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kharroubi Habib
Source : www.lequotidien-oran.com