Alger - A la une

Originalité et innovation



Originalité et innovation
Le deuxième jour de compétition au 2e festival d'Alger du cinéma maghrébin, qui se poursuit à la salle El Mouggar et à la cinémathèque d'Alger, a été rehaussé par des projections originales et inventives. Il s'agit des longs métrages « Bastardo », (bâtard) du Tunisien Nejib Belkadhi et « La preuve » de l'Algérien Amor Hakkar. On signalera aussi les courts métrages « Une journée ordinaire » de l'Algérienne Bahia Allouache, « La troisième main » du Marocain Hicham Elladdaqi et « Précipice » de la Tunisienne Nadia Touijer. Mohsen, alias « Bastardo », est un trentenaire désargenté vivant d'expédients et subissant le rejet de son quartier peuplé de pauvres gens. Il voit sa vie changer le jour où l'on installe sur le toit de son humble maison une antenne relais de téléphonie mobile. Cet équipement va lui procurer un revenu et permettre aux habitants du quartier d'accéder enfin à cette technologie. L'ascension de Mohsen est fulgurante, mais c'est sans compter sur Larnouba, chef du quartier, sans scrupule, qui voit d'un mauvais ?il l'ascension de ce déclassé et va s'efforcer de le ramener à son ancienne place.Le réalisateur traite, avec finesse et subtilité, la problématique de la mondialisation, de l'identité et même du rapport traditions-modernité. La jeune génération est plus éloignée de ses origines. Ces mêmes jeunes ne pensent qu'au présent et à l'avenir. Le réalisateur jette ainsi un regard à la fois critique et bienveillant sur les problèmes vécus par nos sociétés actuelles. Il faudrait saluer le professionnalisme de ce réalisateur qui a su brillamment cadrer les visages, mettant particulièrement en valeur l'expression émotionnelle et sentimentale, avec comme interprètes Abdelmoumene Chouit, Toufik El Bahri et Chadli Arfaoui. Né en 1972 à Tunis, après des études en commerce et marketing, le réalisateur, Nejib Belkadhi, entame une carrière d'acteur. En 2002, il réalise son premier court métrage de fiction « Tsawer », sélectionné par plus de 30 festivals. En 2006, son long métrage documentaire « VHS Kahloucha » participe à plus de 50 festivals, dont une première mondiale au festival de Cannes, et une sélection en compétition au festival de Sundance. Il raflera 7 prix dans différents festivals. Chez Amor Hakkar, l'histoire gravite autour d'un jeune chauffeur de taxi, Ali, qui vient d'épouser la femme de sa vie, après qu'elle eut perdu son premier époux. Ali et sa femme, Houria, déjà mère, s'entendent bien mais n'arrivent pas à avoir d'enfant. Alors qu'il se rend dans une autre ville du pays pour tester sa fertilité, il se voit accusé par Fatima, enceinte, d'être le père de son futur bébé, ce qu'il nie. Il lui suffit de montrer les analyses alors qu'il choisit de se taire... Quand Houria le quitte, Ali se trouve confronté de révéler son infertilité ou son infidélité. Ce film a été apprécié par les spectateurs. Nombreux sont ceux qui ont demandé à le revoir. L'originalité d'Amor Hakkar tient dans sa modestie. Une interprétation artistique envoûtante, sa façon de traiter le sujet a non seulement brisé la barrière du déjà vu, mais permis de passer toute l'émotion et le charme que véhicule son art. Né en 1958 à Khenchela, sa famille s'installe à Besançon, alors qu'il a six mois. Amor Hakkar passe sa jeunesse à apprendre les métiers du cinéma. Il adapte le roman « La cité des fausses notes », prix du livre Marcel Aymé 2001. En 2002, de passage en Algérie pour l'enterrement de son père, il découvre les Aurès et tourne « Timgad, la vie au c?ur des Aurès » pour France 5. Cette découverte lui inspire, en 2004, « La maison jaune », tourné en en 2006 dans les Aurès en langue berbère, qui a obtenu plus de 30 prix. Le court métrage « Une journée ordinaire » de Bahia Allouache raconte, durant 22 minutes, l'histoire de Salima qui invite trois amies dans l'appartement familial. Tout semble ordinaire jusqu'au moment où trois jeunes hommes s'affairent autour d'une antenne parabolique. Nous sommes à Alger, le 10 mai 2012, jour des élections législatives décisives. Entre cet événement d'importance nationale et le jeu des relations qui vont se nouer dans cet immeuble, ce film met en lumière, de manière originale, les rapports souvent invisibles ou indirects entre l'actualité, la société et les relations individuelles. Cette journée ordinaire se révèle finalement étonnante en rebondissement et instructive. Le téléspectateur s'identifie facilement aux personnages et reconnaît des situations réelles. La jeune réalisatrice éveille l'esprit critique tout en traitant une idée banale. Née en Algérie, Bahia Allouache est une journaliste qui, entre Paris et Alger, écrit essentiellement sur le cinéma et la musique pour la radio et des sites d'information. Tourné à Alger, en 2012, ce film est son premier court métrage. Dans le second court métrage, « La troisième main », Hicham Elladdaqi relate la vie de Zineb qui appartient à une modeste famille marocaine de l'intérieur du pays. Son père, Si Hassan, est ouvrier tandis que sa mère, Lahniya, travaille dans la tapisserie traditionnelle. La jeune fille vient d'obtenir son bac et, comme toutes les lycéennes de sa région, elle espère poursuivre des études supérieures en ville. Cependant, ses parents sont si nécessiteux qu'ils ne peuvent même pas honorer leur facture d'électricité. Le rêve d'études brillantes et d'une vie différente, qui paraissait si simple et si légitime à la jeune Zineb, va buter contre la triste réalité qui s'avère quasi impossible à concrétiser.Des luttes, des angoisses, des rêves et des ambitions sont décrits avec talent grâce au génie créateur de ce jeune réalisateur marocain. Une salve d'applaudissements a ponctué la projection de cette production qui interpelle la conscience sociale. Après avoir décroché un baccalauréat scientifique et des études en littérature française, le réalisateur Hicham Elladdaqi entre en 2006 à l'école du cinéma de Marrakech, spécialité montage. En 2010, son film de fin d'études « Certains pieds ne peuvent pas danser », en 2010, participe à plusieurs festivals. Le dernier court métrage « Précipice » de Nadia Touijer narre, dans un style fluide et complexe à la fois, les péripéties de deux hommes, étranger l'un à l'autre, qui reçoivent, de la part des autorités locales, un seul et unique mouton pour l'Aïd el adha. Ce bien commun, qu'ils n'ont pas choisi de partager, va entraîner une série de situations amusantes d'une certaine manière, mais surtout révélatrices des notions de générosité et de partage dans la société actuelle. C'est aussi une sorte de conte moderne sur le sacrifice sacré et sur les sacrifices que nécessitent les relations sociales et humaines. Un film sensible, plein de messages, de vie. Cette histoire nous transporte dans la chaleur d'une vie sociale.. Des scènes cadrées et bien jouées. Les acteurs ont des talents avérés. Née en 1976 à Tunis, Nadia Touijer a étudié le montage à l'INSAS (Bruxelles) et réalisé plusieurs films.


Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)