
Si jusqu'à maintenant, le pouvoir n'a eu à affronter que des oppositions extérieures au sérail, il a dû cette fois faire face à ses propres forces de police. Une situation inédite depuis l'indépendance, qui a fait réagir la classe politique, pour qui les images de policiers encerclant la Présidence est préoccupante et en dit long sur l'état dans lequel se trouve le régime.«Ce que nous avons vécu est symptomatique de l'état dans lequel se trouve ce régime», estime Abderrazak Makri, président du Mouvement de la société pour la paix (MSP). Et d'ajouter : «Ce quatrième mandat de Bouteflika signe la faillite du système. On est arrivés à un point de non-retour.»Même diagnostic chez Mohcene Belabès, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Dans son allocution prononcée lors de l'ouverture de l'université des jeunes du parti, il a estimé que «l'ampleur de la crise et l'impasse institutionnelle algérienne, otage des clans qui se sont imposés par la violence un demi siècle durant.» Il enfonce le clou et accuse directement les responsables en charge de la sécurité : «La désertion par les policiers en faction de nombreux édifices publics, consulats et même barrages routiers au niveau de la capitale confirme l'irresponsabilité et l'inconscience de l'ensemble des dirigeants des institutions notamment celles en charge de la sécurité.»Même si les partis politiques s'accordent à trouver l'action des Unités républicaines de sécurité spectaculaire, ils rappellent que le mouvement de protestation a eu comme point de départ de mauvaises conditions socioprofessionnelles. Ghardaïa, en fin de compte, n'a été que le déclencheur d'une crise qui couvait depuis longtemps au sein des forces de police. «Il y a dans le cri de détresse des policiers qui ont marché sur Alger des problèmes réels et concrets auxquels ils doivent faire face en permanence», déclare Moussa Touati, président du Front national algérien (FNA), ajoutant : «Les policiers sont confrontés au régionalisme, au manque d'équité, à une surcharge de travail phénoménale.»Même son de cloche chez Saïd Bouhadja, chargé de communication du Front de libération nationale (FLN) pour qui la manifestation des forces de l'ordre n'a aucune portée politique, elle n'est que la conséquence des mauvaises conditions de vie et de travail des policiers à Ghardaïa : «C'est une manifestation d'une unité de la police qui réclame de meilleures conditions de vie et de travail. Les revendications des policiers sont légitimes, comme celles de tous les Algériens.»Mais comment ne pas rattacher l'action des forces de l'ordre à l'atmosphère de guerre interne que se livrent les clans du pouvoir ' Pour Abderrezak Makri, il est impossible de ne pas faire un parallèle avec ce qui vient de se passer : «Nous sommes en pleine lutte intestine au sein du pouvoir. Nous assistons à une tentative d'un clan de faire bouger les lignes pour établir un nouveau rapport de force. En fonction du résultat obtenu, d'autres actions sont à craindre.» Même analyse chez le leader du FNA, qui estime que «l'exaspération des forces de l'ordre a été une opportunité utilisée par un clan du pouvoir». Enfin, les partis politiques doutent de la réussite de la médiation entreprise par le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, et s'accordent à prédire d'autres crises.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salim Mesbah
Source : www.elwatan.com