
Rares sont les victimes qui osent franchir le pas de la dénonciation et « assumer » la confrontation avec l'homme. La procédure n'est pas du tout facile. Il s'agit en premier lieu de dépôt de plainte auprès des services de sécurité (police ou gendarmerie) qui sera suivi par l'audition de l'auteur ou les auteurs arrêtés, rarement, en flagrant délit. La victime doit aussi établir un certificat médical par un médecin légiste en cas de coups et blessures volontaires (CBV). Cette procédure sera suivie par la présentation de toutes les parties devant le procureur de la République. Dans plusieurs cas, la victime ne se présente pas et préfère « se faire oublier », pour cause, l'auteur présumé sera relâché surtout que la majorité d'entre eux rejettent les accusations en l'absence de témoins ou de preuves. Interrogée à ce propos, Karima, qui porte le hidjab, agent de saisie dans un journal arabophone, n'a pas caché son amertume face à ces comportements. « A chaque fois que je sors le vendredi pour aller travailler, je fais l'objet d'injures et d'obscénités. Récemment, en sortant du boulot vers 14h30, j'ai été assaillie par un jeune au niveau dau niveau de la rue Asselah Hocine en plein centre d'Alger. Il voulait à tout prix avoir mon numéro de téléphone. Il m'a même forcée à lui parler. J'ai pris peur, alors, pour l'éviter, j'ai tenté de changer de chemin en voulant traverser la route, alors j'ai eu droit à une pluie d'injures en me traitant à haute voix de prostituée parce que je sors un vendredi. Il m'a même craché en plein visage en me disant « Faiha ». Cela c'est déroulé en présence de quelques personnes qui suivaient la scène sans intervenir. J'ai pris un taxi presque en courant et depuis je ne sors plus seule et je porte le noir comme un corbeau pour éviter tout problème », témoigne-t-elle.
Frappée... humiliée puis... incriminée
Chafika, elle, travaille comme vendeuse dans une boutique d'habillement. Toujours terrorisée, elle nous confie son histoire. C'était un vendredi vers 12h30 au niveau de la rue Hassiba-Ben-Bouali. « Un jeune ne cessait de me suivre. J'ai beau changer de trottoir, je l'avais toujours derrière le dos quand tout à coup il m'a empoignée par le bras. J'étais paralysée par la peur et je n'ai dû mon salut qu'à la vue d'une patrouille de police lorsque j'ai crié de toutes mes forces demandant du secours. A ma surprise, le jeune ne s'est pas enfui. Il dira aux policiers qui avancèrent vers nous que j'étais sa fiancée et qu'il y avait juste un malentendu entre nous », raconte-t-elle. Un des policiers lui demanda de le suivre au commissariat, mais elle refusa. « Mes parents n'accepteront jamais que je dépose plainte. Alors je leur ai demandé d'arrêter un taxi. Depuis ce jour, je ne circule plus dans cette rue, je ne me sens plus en sécurité », nous confie-t-elle. Ilham raconte avec amertume l'incident qui n'a pas quitté sa mémoire. Cette jeune fille a reçu un coup de poing en pleine figure parce qu'elle a « osé » répondre à un jeune qui la harcelait au niveau de la rue Zighout-Youcef en plein centre d'Alger. « J'admirais la mer en cette journée pluvieuse quand un jeune que je ne connaissais pas m'a abordée avec des grossièretés. Alors je lui ai dit qu'il devait avoir honte. Avant même de terminer ma phrase, j'ai reçu un violent coup de poing en plein visage. Il m'a rouée de coups de pied. Je suis tombée par terre et je saignais. Ce qui m'a choquée est que des citoyens ont assisté à la scène, sans intervenir. Bien au contraire, un homme n'hésita pas à me dire : « Tu es une femme, respecte-toi, tu ne devais pas lui répondre ! ». Ilham a déposé plainte mais l'auteur n'a jamais été arrêté.
Vous les femmes...Vous les fautives !
Au niveau de l'arrêt des taxis collectifs de la place du 1er-Mai, une dame, qui travaille comme femme de ménage dans une entreprise privée, raconte son calvaire. « Des hommes ne respectent pas leur tour en notre présence. Ils prennent place dans le taxi et quand on réclame, ils se retournent vers nous pour nous dire que notre place est dans la cuisine ! ». Un chauffeur de taxi ne nie pas cette réalité et affirme que la faute incombe aux femmes qui sortent les jours fériés « masculins » et d'autres s'habillent d'une manière provocante. Le phénomène prend de l'ampleur. Les femmes, même celles qui n'ont jamais été agressées, se sentent beaucoup plus souvent en insécurité.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Neïla B
Source : www.horizons-dz.com