Expert financier international, associé à
2 BMS Ingenierie El Djazair, Omar Berkouk évoque l'affaire Djezzy, les
intentions de Naguib Sawiris et la démarche du gouvernement algérien.
OTH vient d'annoncer qu'il a demandé
formellement au gouvernement algérien l'ouverture de négociations pour la
cession de Djezzy. Cette annonce a permis au titre d'OTH, en baisse depuis
plusieurs semaines sur la place du Caire, de rebondir vigoureusement.
Pensez-vous que les propriétaires d'OTH ont vraiment l'intention de se séparer
de leur opération en Algérie sans céder l'ensemble de l'activité télécom ?
La question qui se pose aujourd'hui à Naguib Sawiris est tout
simplement la sauvegarde de la valeur du groupe OTH dont la pépite est
OTA/Djezzy. Pour face aux difficultés croissantes en Algérie depuis la
mi-novembre 2009, il a recherché différentes solutions qui l'ont amené à
considérer la vente globale du groupe OTH pour sortir du «corner» où il s'est
mis en Algérie. Il est vrai que le redressement fiscal de près de 600 millions
dollars US qui lui a été notifié, le droit de préemption sur la vente de la
licence de téléphonie mobile, la relative désaffection des clients algériens
qui a affecté les résultats de Djezzy et donc ceux d'OTH sont des menaces
sérieuses sur la valeur du groupe OTH. On peut donc affirmer sans trop se
tromper que l'intention de vendre tout le groupe ne répondant qu'à un seul
souci, sortir de l'imbroglio algérien en évitant une dévalorisation brutale de
son principal actif OTA. L'ouverture de discussions exclusives par les
propriétaires d'OTH avec le gouvernement algérien pour la vente de Djezzy est
tout à fait compatible avec le maintien de l'actionnariat actuel d'OTH tant que
le prix de vente de Djezzy reste «convenable» pour cet actionnariat. Le marché
donne tous les jours à travers la cotation de l'action d'OTH une valeur
implicite à Djezzy. C'est la question essentielle pour les actionnaires actuels
d'OTH. La cession à un prix «juste» de cette filiale revalorisera le titre OTH
qui sousperforme l'indice Hermès de son secteur d'au moins 30%. Après la
cession de Djezzy, le groupe OTH peut rester dans les mêmes mains mais avec un
problème de redéploiement stratégique et du cash, ou bien être cédé avec
beaucoup moins de problèmes à résoudre.
Quelles chances pensez-vous que ces
négociations ont-elles d'aboutir ? Quel sera le mécanisme de fixation de la
valeur de Djezzy ? Y a-t-il un risque pour l'Etat algérien de se retrouver
entraîné devant un arbitrage international en cas d'impasse ?
Les négociations finiront bien par aboutir tant la volonté des
parties à «divorcer» est grande, nonobstant leurs affirmations contraires
réciproques. Et pour rester sur ce thème du divorce, il se passe vite et bien
si les parties sont d'accord sur la valeur du patrimoine et les modalités de
partage. Dans le cas qui nous préoccupe, il faut considérer l'état des rapports
de force pour déterminer le prix de la transaction. Ce rapport de force est, à
l'évidence, en faveur de l'Etat algérien. Il s'est positionné par le droit de
préemption et la menace de non-renouvellement de la licence de téléphonie
mobile comme l'acheteur unique. Il a découragé ceux qui se sont présentés.
Ainsi, il y a bien un prix de marché objectif pour Djezzy. Les méthodes pour le
déterminer sont multiples et connues par tous les analyses de valeurs (Mulipe
d'EBITDA, les comparables, multiple de bénéfices etc…). Mais lorsque vous
n'avez qu'une contrepartie (obligatoire), le vendeur peut se sentir «lésé» par
le prix que l'unique acheteur est prêt à payer. On peut donc affirmer que la
valeur de Djezzy sera déterminée par l'état des rapports de force diplomatique,
médiatique et juridique (arbitrage).
Les spécialistes prêtent aux autorités
algériennes l'intention de racheter Djezzy et d'opérer à sa revente eux-mêmes
pour bénéficier d'une éventuelle plus-value. Comment appréciez-vous cette prise
de risque ? Sur un plan financier, l'Etat algérien devra mobiliser des
ressources pour acquérir Djezzy, selon quel montage cela est-il envisageable ?
N'y a-t-il pas un risque managérial de dépréciation de l'affaire avec
l'instabilité annoncée sur l'identité du propriétaire ?
Cela rejoint la question du juste prix de
Djezzy et les contestations éventuelles devant une instance arbitrale
internationale. S'il est dans les intentions des autorités algériennes de
racheter Djezzy en dessous de sa valeur pour le revendre immédiatement avec une
plus-value, cela serait une grave erreur qui démontrerait, s'il en est, la
«spoliation» des intérêts d'OTH. C'est ce qui s'est passé avec Bernard Tapie et
le Crédit Lyonnais dans l'affaire Adidas ! La question des ressources à
mobiliser n'est pas un problème pour l'Etat algérien. La véritable question est
la structuration du partage de cette société et/ou de l'entité qui va acquérir
Djezzy pour le compte de l'Etat, justement pour éviter les écueils d'une
plus-value immédiate «injustifiée» économiquement. Sur la période de transition
de la cession de Djezzy à l'Etat algérien jusqu'à la stabilisation définitive
de son actionnariat, il sera urgent de déterminer l'opérateur «professionnel»
qui en assurera la bonne conduite des affaires. Cette période sera cruciale
parce que propice à la compétition pour prendre des parts de marché mais
également déstabilisante pour la mobilisation des employés et la fidélité des
clients.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Samy Injar
Source : www.lequotidien-oran.com