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«Obligées, pour trouver de quoi manger»



«Obligées, pour trouver de quoi manger»
Raisons - Elles sont là. Des veuves, des vieilles, des célibataires et des divorcées qui vendent n'importe quoi pour trouver de quoi manger.
Khadoudja, 45 ans, jeune divorcée, occupe un «étal» de vieilles radios depuis plusieurs mois. Elle parle de toutes ces vendeuses qui se bousculent pour un petit emplacement, de la dégradation des conditions de vie, du chômage qui fait des ravages... Elle refuse de s'adonner à des actes que réprouve la morale pour acheter le lait de son bébé.
«Cela fait 10 mois que j'ai divorcé. La pension alimentaire que me verse mon ex-mari, ne suffit pas pour faire face aux aléas de la vie. Trouver un emploi par les temps qui courent, ce n'est pas facile. J'ai trouvé du travail que je refuse. Mon honneur et mon éducation, m'interdisent d'échanger ces deux principes contre un poste de travail», dit-elle.
L'activité qu'elle exerce, est vraiment contraignante. «Il faut d'abord trouver l'objet à vendre. Ensuite, il y a ce regard de certains hommes qui nous lancent parfois des quolibets qui, personnellement m'offensent», ajoute-t-elle. A ses côtés, Saâdia, 54 ans, expose de vieilles chaussures, quelques vieux vêtements et un vieux réchaud électrique. «C'est une emplette que j'ai ramassée auprès du voisinage.
Le réchaud est le don d'une personne pieuse. Je ne peux pas l'utiliser au risque de recevoir une facture salée des services de la Sonelgaz», dit-elle. Elle est là depuis plus d'une année à proposer des objets ramassés à travers plusieurs décharges publiques de son quartier. Elle ne trouve aucune gêne à faire ce boulot. Au contraire, elle en est fière. «J'ai acheté un téléphone portable pour rester en contact avec mon mari handicapé, percuté par une voiture», dit-elle fièrement.
Et d'ajouter : «Mon mari était un spécialiste des marchés aux puces. J'ai hérité ça de lui», ajoute notre interlocutrice avec un sourire en coin. A l'autre bout de ce marché aux puces, Djaouida, 49 ans, une veuve portant l'habit traditionnel de l'est du pays, connu sous le nom de «mlaya», le visage couvert d'une voilette, expose une poussette, une vieille cocotte-minute et divers autres objets, dont des durites pour automobiles. Cette fois-ci, le contact est difficile. Djaouida est une femme muette. Elle explique sa misère et son choix de vendeuse dans un marché aux puces avec des gestes. Nous avons compris uniquement que son défunt mari a été assassiné par les terroristes à l'est du pays.
Elle a fui son patelin pour venir vivre dans la capitale. Sans ressources, elle a trouvé ce créneau pour nourrir ses quatre enfants tous handicapés. C'est une «commerçante» matinale, nous disent certains habitués de ce marché. Elle se procure parfois des objets très prisés par une clientèle composée exclusivement de femmes. «C'est une battante», dit d'elle son entourage.
Ce phénomène semble prendre de l'ampleur à Alger, puisqu'au niveau d'El-Harrach nous avons dénombré trois endroits réservés aux femmes qui s'adonnent à ce genre d'activité. A Boumaâti, est également implanté un espace réservé aux femmes. Halima, 50 ans, ne rate aucune occasion pour refiler à sa clientèle des objets ramassés au niveau des décharges. «Mieux vaut vendre el-khorda, que de crever de faim», dit-elle en marchandant avec un client le coût d'une paire de baskets usagée. Ces femmes sont aussi implantées au centre d'El-Harrach, précisément au niveau du lieu dit «El-Gantra».
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