
AJijel, le chaâbi est en train de supplanter le raï dans les mariages», affirme Hocine Khalfallah, qui arbore un étincelant pull marin rappelant l'air du large qu'on respire dans sa belle ville côtière.Le jeune interprète, en compétition pour cette dixième édition du festival, ajoute qu'il existe environ 25 cheikhs en activité à Jijel. Précisons que le terme de «cheikh» n'est pas systématiquement lié à l'âge (bien que signifiant également «personne âgée»), mais bien plus à la maîtrise et au savoir dans le domaine du chaâbi.On peut donc être jeune et aspirer au titre, tant convoité, de cheikh. Et ils sont nombreux les jeunes passionnés de chaâbi réunis à Alger pour une compétition qui s'est déroulée dans une ambiance bon enfant au sein de l'espace Agora de Riadh El Feth. Des jeunes chanteurs arrivant des quatre coins du pays, chacun avec son accent et son bagage musical propres. «Le chaâbi n'est pas resté à Alger.Certes, il y est né et portera toujours ce cachet algérois, mais on trouve des interprètes à l'est, à Mécheria, Annaba, Skikda, Tizi Ouzou, Sétif et à l'ouest à Relizane, Mostaganem, Tlemcen, Tiaret, Mascara?», ajoute notre aspirant cheikh de Jijel.C'est à l'ouest, et plus précisément à Chlef, qu'on trouve le plus jeune chanteur du festival : Hadi Abdelslem, tiré à quatre épingles dans son costume cravate, a 18 ans et une haute exigence pour tout ce qui touche à son art : «Le chaâbi est une musique subtile et respectable. Je n'aime pas jouer dans les mariages, je préfère avoir les meilleures conditions pour interpréter cette musique».Quand on l'interroge sur ses objectifs, le jeune homme tempère sa fougue et mesure le long chemin qui lui reste à arpenter pour égaler les plus grands. Il nous confie, l'?il qui brille, que son plus grand souhait est d'avoir sa «touche personnelle» qui le différencie des autres chanteurs... Bonne nouvelle pour le chaâbi. Les jeunes interprètes se libèrent petit à petit de l'influence écrasante des maîtres du genre (El Anka, El Ankis, Guerrouabi, Amar Ezzahi?).Ainsi, la jeune génération s'éloigne progressivement de l'imitation tout en gardant toute la révérence que méritent ces maîtres indépassables et, en tout cas, inimitables. Signe des temps, le jeune Hadi sélectionne les chansons de son programme en faisant ses recherches sur internet parmi les enregistrements des maîtres. Décidément, les nouvelles technologies concurrencent la transmission orale.De fait, les horizons musicaux des nouveaux chaâbistes s'élargissent.Cela n'est pas toujours du goût des puristes, mais le public ne manque pas de plébisciter, par exemple, des interprètes tels que Kamel Aziz dont la virtuosité à la mandole n'est pas sans rapport avec sa formation première en guitare classique.D'autres chanteurs mènent carrément une carrière sur deux fronts. C'est le cas de Youcef Benyaghzer d'Alger, jeune interprète remarqué (lauréat du prix El Hachemi Guerrouabi 2014 et pemier prix du Festival chaâbi en 2006), mais aussi leader du groupe Andaloussia dans le genre fusion latino-maghrébine.On note enfin que le chaâbi se féminise. En effet, le plus jeune candidat du festival est une candidate. Dhaouia Baghdad, 16 ans, vient de la ville de Tenès avec la ferme intention d'arracher sa place dans le monde du chaâbi. «On m'a accepté le plus normalement du monde, assure-t-elle avec un sourire espiègle.En principe ce devrait être une fierté de voir une femme chanter du chaâbi. Le chaâbi est fait pour tous. Qu'on soit homme ou femme, jeune ou vieux? Quand on a un talent, on ne doit pas hésiter à le montrer !» Soutenue par sa famille et encouragée par Mohamed Allal, son professeur de musique arabo-andalouse, la jeune Dhaouia a dignement représenté la gent féminine avec un programme teinté de hawzi et une présence scénique relevée par une élégante tenue traditionnelle. Dhaouia a donc brillé? Tant et si bien qu'elle a décroché le troisième prix de la compétition.Le deuxième prix est revenu à Meziane Hichem d'Alger. Enfin, le grand gagnant du concours n'était nul autre que notre jeune gentleman chaâbiste de Chlef, Hadi Abdelslem? Ces interprètes en devenir ne sont certes pas repartis avec le titre de cheikh, qui se forge tout au long d'une carrière, mais avec des chèques d'encouragement et la ferme résolution de faire partie de la nouvelle scène du chaâbi.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid Bouchakour
Source : www.elwatan.com