Retour de
micro-partis, activité débordante de partis non encore agréés : à l'approche
des élections, la vite politique fait semblant de frémir.
Le Mouvement
National de l'Espérance est de retour. Le célèbre parti du Dr Hadef a publié
son programme pour les prochaines élections législatives. Un programme simple,
qui tient en une demi-page de journal à peine. Pour lui, inutile de faire long,
de mener une campagne harassante, ni d'assommer le militant électeur par des
formules complexes. Quelques idées simples, faciles à retenir, laissant
miroiter un siège au parlement, vont suffire pour attirer les candidats et
mobiliser les électeurs.
Et la recette
fonctionne ! Car le Dr Hadef n'est pas seul à procéder ainsi. M. Bouacha a, lui
aussi, fait un retour remarqué, toujours par voie de presse. D'autres sont à
l'affût, attendant le moment favorable pour faire leur entrée, dans ce qui
apparait comme une négation absolue du politique. Flairant le filon, chassant
le candidat qui, lui aussi, chasse l'occasion de participer au festin, ces
personnalités et ces formations participent à une Å“uvre de destruction
méthodique de la pratique politique.
Le ministère de
l'intérieur n'est pas en reste. Il sait que la période pré-électorale est
favorable à toutes les tentations. Alors, il accélère le mouvement. Il lâche du
lest. Les partis sont agréés par paquet. Après plus d'une décennie de
restriction totale, les autorisations d'organiser des congrès sont délivrées
avec une rare générosité. Cela permet d'élargir la participation au scrutin, de
faire taire d'éventuelles voix discordantes, et de séduire les très attendus
observateurs étrangers.
Cela crée aussi
un brouhaha dans lequel les critiques contre la dépréciation des élections ne
peuvent plus se faire entendre. On parle de démarches administratives, de
documents à présenter, de listes à préparer, pour éviter de parler d'idées, de
programmes, de projets.
Dans quelques
jours, dans quelques semaines, on entamera une nouvelle étape. Il s'agira de
négocier la place qu'on occupera dans la liste électorale, quand tout le monde
voudra être tête de liste, pour se donner une chance d'être élu. On se battra,
on cherchera les parrainages du sommet, on sollicitera l'arbitrage des hommes
d'influence, au sein du parti ou des administrations. A défaut, on parlera
argent, avec des formules honteuses.
Les mal-classés
claqueront alors la porte. Ils quitteront le parti, en dénonçant les méthodes
anti-démocratiques dans le choix des candidats et en déplorant que tel nom ait
été « imposé du sommet, contre l'avis de la base militante ». Ils auront alors
deux solutions, soit aller chercher le parrainage d'un nouveau parti, contre
promesse de partager le butin, soit présenter une candidature indépendante, en
maudissant les partis et le dictat qu'ils veulent imposer aux Algériens.
Puis arrive le
moment clé d'une élection, la campagne électorale. C'est une étape où il faut
organiser des meetings, tenir des discours, parler au peuple. En Algérie, c'est
l'épreuve la plus dure, le moment le plus pénible. Chacun a droit à un carré
pour accrocher ses affiches, des horaires précis pour passer à la radio et à la
télévision, et un partage équitable des salles de spectacle est organisé, à
l'issue d'un tirage au sort où les règles sont scrupuleusement respectées. Mais
quoi dire dans ces meetings ?
Même les partis
qui, à l'origine, avaient un fond idéologique ou politique, ne s'y retrouvent
plus. Comment tenir un discours politique quand l'enjeu est ailleurs ? Comment
parler de projet politique pendant un meeting quand les candidats et ceux qui
jouent le rôle de militants savent que les luttes les plus âpres concernent en
réalité l'établissement des listes de candidats pour qu'ils aient une chance
d'être élus ? Comment diffuser ce sentiment de brasser du vent et de parler
dans le vide quand les règles électorales sont ainsi bafouées, et quand on sait
que le parlement a si peu de poids dans la vie politique ?
Etre de gauche ou
de droite n'a plus de sens depuis longtemps dans le pays. Etre islamiste n'a
plus la même vigueur, depuis que l'Algérie a découvert les appétits peu
religieux de Hamas. La démocratie a déserté les concepts politiques depuis que
le RND l'a prise en charge. Quant au nationalisme, il a été achevé par le FLN.
Ce qui explique ce désarroi, avec l'existence, dans le pays, de deux sociétés
qui cohabitent sans se parler : l'une, intéressée par le pouvoir, ses
privilèges et ses attraits ; la seconde, qui s'éloigne de plus en plus de la
chose publique et de la vie politique.
Le parti du Dr
Hadef a peu de chances de mobiliser cette Algérie là.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.lequotidien-oran.com