Alger - A la une

«Nous voulons un marché dédié aux start-up»



L'Expression: La Bourse d'Alger s'intéresse aux start-up... Comment est-ce que vous concevez cette approche, afin de les intéresser et de les accompagner surtout'Benmouhoub Yazid: La start-up a une structuration un peu différente et comme ce sont des entreprises qui commencent, qui sont dans le digital, dans le développement d'idées innovantes, ce sont des entreprises qui n'ont pas de structures physiques, de garantie hypothécaire qui pourraient leur permettre de se financer. Elles ont un besoin de financement important parce qu'elles ont un niveau de croissance élevé. Les pouvoirs publics ont mis en place le Fonds algérien des start-up qui, comme tous les fonds, va prendre des parts dans le capital de ces entreprises. L'idée étant que la Bourse puisse être un réceptacle pour ces entreprises qui auraient pignon sur rue. Qui auraient un business plan ou un business modèle accepté par le marché et qui commence donc à se développer. L'idée étant aussi de créer au niveau de la Bourse, un marché dédié à ce segment d'entreprise. Puisque ce fonds va automatiquement disparaître, dans quelques années, on souhaiterait que ces entreprises, à la sortie du fonds, fassent leur exit à la Bourse. Nous pouvons les financer, sans avoir à fournir des garanties ou des sûretés réelles. La Bourse peut constituer un tremplin de financement pour ces types d'entreprise. Et nous souhaitons faire émerger des Bigcorn, et que ce soit ces entreprises qui pourraient éventuellement s'internationaliser et permettre à l'Algérie, en fait d'engranger des parts de marché à l'international.
Il était question d'ouvrir le capital des Pme.
Les sociétés qui ont le plus de marges de croissance, ce sont les PME. Actuellement ce sont les start-up... C'est un marché que nous avons structuré depuis 2012, avec des conditions d'accès assouplies et plus accessibles, qui garantissent aux chefs d'entreprise de ne pas perdre le contrôle. Il ne leur est demandé d'ouvrir que 10% du capital d'entreprise.
C'est un marché au niveau de la Bourse d'Alger que nos voisins n'ont pas.
Combien d'entreprises PME sont-elles enregistrées à la Bourse'
Pour le moment, nous n'avons qu'une seule entreprise cotée dans la Bourse. Il s'agit de AOM Invest, une société spécialisée dans l'étude, le développement et l'exploitation touristique, et plus particulièrement dans le thermalisme. Entrée en Bourse en décembre 2018, elle compte lancer un emprunt obligataire, conforme à la chariaâ, qu'on appelle des titres participatifs, pour lever, dans un premier temps 2.5 milliards de dinars. L'opération sera lancée, incessamment.
L'emprunt obligataire qui a connu un certain engouement, par le passé, aussi bien de la part des entreprises qu'auprès du large public, n'a plus droit de cité'
A bien analyser la situation, ce sont, en fait, les facteurs qui n'ont pas permis l'émergence d'un marché boursier en Algérie, qui sont en cause. Il est clair que lorsque l'Algérie a eu accès à une manne financière importante, entre 2000 et 2014, il y avait entre autres, une sur-liquidité bancaire, parallèlement au lancement des projets quinquennaux. Ce qui a amené les pouvoirs publics de l'époque, à mettre en place des dispositifs d'incitation à l'investissement, à travers la bonification des taux d'intérêts. Ce qui a créé un effet d'éviction du marché financier alternatif. Les entreprises se sont dit, que ce n'est plus la peine d'aller à la Bourse pour la levée des fonds, car au lieu de payer 8%, elles vont à la banque pour ne payer que 3%. Le reste est pris en charge par le Trésor. C'est ce qui a mis fin à cet élan des emprunts obligataires. Néanmoins, la baisse de liquidités bancaires, peut constituer une opportunité pour les entreprises pour venir en Bourse. Que ça soit pour les titres, pour les ouvertures de capital, ou celui de l'émission des obligations.
Pourquoi les grandes entreprises publiques n'intègrent-elles pas la Bourse, histoire de booster ce marché alternatif'
Pour les entreprises publiques, le principal actionnaire est l'Etat. Or, l'Etat a les moyens de sa politique. Il peut les restructurer, les financer, les assainir. Moi je focalise plutôt sur le secteur privé. Le secteur privé a émergé, grâce à la commande publique. Aujourd'hui, la commande publique connaît un ralentissement, la progression de création de richesses du secteur privé, a elle aussi ralenti. Pour booster sa croissance, il est impératif pour le secteur privé de revoir radicalement ses sources de financements, qui sont basées, essentiellement, sur le modèle bancaire et l'autofinancement. Donc l'idée est de ramener à la Bourse les entreprises connues, parce que c'est une question de confiance. Elles pourraient être attirantes pour les détenteurs de biens, ceux qui thésaurisent, notamment. Puisque le niveau de rendement à la Bourse, aujourd'hui, est nettement plus important...Aujourd'hui, la liquidité bancaire baisse, la croissance doit être maintenue...Comment résoudre cette contrainte de financement' La Bourse n'est pas la seule concernée par cette problématique. Elle pourrait être l'une des solutions existantes pour faire baisser la pression sur les banques. Et permettre aussi à ces entreprises, une meilleure structuration en SPA, notamment. Ce qui implique une meilleure gouvernance, puisqu'on aura une assemblée générale, un conseil d'administration, etc. Et de l'autre côté aussi, ce modèle de financement doit être accompagné par une innovation financière, par l'introduction de nouveaux produits financiers, qui seraient attractifs, comme la finance islamique... Il y a également les actions préférentielles, épargne-action, etc. Ce type de produits peut être intéressant...
La convertibilité du dinar, aujourd'hui, n'est-elle pas un frein dans cette optique'
La convertibilité du dinar aurait pu se faire dans de meilleures conditions, comme en 2014 où on avait plus de réserves de change, mais comme on n'est pas un grand pays exportateur, les choses sont ce qu'elles sont. Aujourd'hui, les conditions ne sont pas réunies. On ne peut pas parler de convertibilité, alors qu'une grande partie de la monnaie (dinars) circule dans l'informel. Il faut d'abord récupérer cet argent. Et la digitalisation peut accélérer les choses dans ce domaine.
La Bourse d'Alger est également concernée par cette digitalisation...
Effectivement, nous avons acquis un nouveau système de cotation électronique, aux mêmes standards que les Bourses internationales. À terme, il va permettre aux Algériens d'acheter en Bourse, via le téléphone... Il va simplifier l'accès au marché, notamment les cours, les indices et une meilleure transparence des transactions. Les nouvelles technologies ont complètement transformé les rapports.
Est-ce qu'il y a d'autres solutions à envisager pour sauvegarder l'économie nationale et booster la croissance'
L'autre élément important sur lequel on doit s'appuyer, c'est la digitalisation de l'économie nationale. Cela doit toucher l'ensemble des transactions financières, commerciales, e-banking, e-commerce,
e-paiement, etc... Alors, ces outils sont le seul outil à même d'asphyxier le marché informel et de capter l'argent qui y circule. «Le malheur des uns fait le bonheur des
autres», la Bourse d'Alger pourrait saisir l'opportunité des effets négatifs de la pandémie sur nombre d'entreprises privées, notamment pour booster ce marché alternatif.
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