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Nous voulons nous réapproprier nos repères



Nous voulons nous réapproprier nos repères
La Casbah d'Alger a célébré sa Journée nationale le 23 février dernier. Etat des lieux des places et des sites inconnus de la nouvelle génération.- Votre association a célébré la Journée de La Casbah par une visite des lieux de mémoire et d'histoire en péril. Quel état des lieux en faites-vous aujourd'hui 'La célébration de la Journée de La Casbah d'Alger par notre association était consacrée cette année à la visite de lieux d'histoire et de mémoire. Nous avons eu un long circuit à partir du mausolée de Sidi Abderrahmane. Il s'agit, à mon avis, d'une nouvelle approche pragmatique pour célébrer la journée de cette citée antique et un ressourcement collectif sur les lieux de mémoire. Djamel Soufi et Mohamed Damerdji notamment, y étaient comme figures emblématiques de La Casbah. Ourida Yermèche, spécialiste en toponymie, a mis l'accent sur la nécessité de renommer les lieux et les sites car ce sont des vecteurs identitaires incontournables véhiculant le patrimoine.C'est un rendez-vous d'une valeur mémorielle du fait qu'il est grand temps que l'on se réapproprie ce patrimoine indispensable au chroniqueur et à l'historien, pour pérenniser ce legs que nous nous devons d'enseigner à notre jeunesse. D'où l'urgence de l'heure pour que ce don de l'histoire de l'Alger d'antan soit aimé, respecté et conservé par nos jeunes. Ce n'est qu'à cette condition que ce legs sera préservé de l'oubli, des affres du temps et de l'incivilité de l'homme. Ce qui se passe aujourd'hui est désolant, nous avons perdu notre culture et notre patrimoine générationnel.- Vous avez aussi, lors de cette Journée, fait l'inventaire de lieux que vous considérez être méconnus.Je commence d'abord par le vieil immeuble du n°2 de l'ex-place Rabin Bloc, actuellement Amar Ali de la célèbre médersa Errachad. C'est un lieu qui a abrité la réunion constitutive du Comité révolutionnaire d'unité d'action (CRUA) le 23 mars 1954. Le deuxième lieu est une officine pharmaceutique qui a servi, pendant la Révolution, de lieu de collecte de médicaments et de produits de première urgence acheminés vers les Wilayas 3 et 4 ; située au n°16 de la rue Marengo, elle est gérée par l'un des doyens des biologistes algériens, Abdelkrim Benallègue, époux de la très populaire Aldjia Nourredine, l'une des premières femmes médecins autochtones.Cette officine a servi, pendant la Révolution, de lieu de collecte de médicaments pour approvisionner les maquis. Mohamed Damerdji, ancien détenu et employé dans cette pharmacie, aujourd'hui âgé de 80 ans, explique qu'il a assuré, avec ses compagnons de lutte, cette tâche jusqu'à son arrestation suivie de plusieurs emprisonnements successifs dès l'année 1957 dans les sinistres camps d'internement.Troisième lieu : le local qui servait d'imprimerie clandestine, situé au n°18 de la rue Mokrane Yacef (ex-Anfreville). C'est là où ont été imprimés, en 1944, dix numéros de la publication L'Action algérienne, sous la responsabilité de Asselah Hocine. Au final, je cite la «placette du 2e», où en mars 1962 a été esquissée une fresque, pas achevée immédiatement à cause des actes de l'OAS. L'artiste peintre a repris son pinceau après les accords d'indépendance, et a réalisé une fresque historique.C'était un musée ouvert, ent juin et juillet 1962 ; un monde fou affluait de partout pour la voir. Cette ?uvre symbolisait l'unité maghrébine. C'était la première inspiration du peuple algérien. Et la première soirée de l'indépendance a été organisée en ce lieu où Hadj Mohamed El Anka a chanté, le 3 juillet, El Hamdoulilah. Après plus d'un demi-siècle, cette profonde aspiration populaire des Algériens, Tunisiens et Marocains est toujours d'actualité, d'une acuité avérée et d'avenir.Nous citerons aussi la boulangerie de Hadj Mohamed Yacef, le père de Yacef Saâdi, située au n°2 de la rue Marengo. Elle était un relais qui accueillait des moudjahidine et des responsables de la Révolution. Il y a lieu de rappeler aussi une autre boulangerie située au n°31 de la même rue, qui, dès les années 1940, était une annexe clandestine du PPA/MTLD pour la collecte des fonds gérée par Sid Ali Abdelhamid, membre du bureau politique du parti.Il y a également le domicile de Lahoul Houcine, secrétaire général du PPA/MTLD, situé au n°11 de la rue Marengo. Et aussi celui de Hadj Mohamed El Anka, au n°25 de la même rue ; il y avait habité de 1944 à 1959. Non loin de là, se trouve le domicile du grand musicien Kaddour Bachtobdji, qui est aussi la maison natale de Roger Hanin.- Vous demandez le classement de ces lieux?Ce sont des lieux fantomatiques, anonymes. Il n'y a ni plaque ni indication. Nous assistons à la perte de notre mémoire. Nous voulons nous réapproprier nos repères. Nous devons instituer la culture de ces lieux. Ils sont dans l'anonymat, il faut les réhabiliter de manière à ce qu'ils soient identifiés. L'objectif est de les léguer aux générations futur.Nous devons ?uvrer à une véritable culture citoyenne pour la connaissance de ces lieux et la considération pour une symbolique d'attachement de la société à ce patrimoine. Nous devons ?uvrer à l'initiation pédagogique de cette culture. Nous recommandons l'apposition de plaques toponymiques sur ces lieux de mémoire que je considère comme majeurs, ainsi que leur classement. Nous demandons aussi la réalisation d'un documentaire filmé sur les lieux avec un commentaire de Sid Ali Abdelhamid.Et enfin la reproduction de la fresque de la placette, sous la supervision de l'auteur par les étudiants de l'Ecole des beaux-arts et l'exposition de cette fresque dans un musée. Nous sollicitons la contribution du Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc) pour impulser un processus pédagogique et scientifique, pour le développement de travaux universitaires sur les lieux de mémoire et d'histoire à travers le pays. Je compte remettre ces recommandations aux autorités concernées.


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