
Si les Iraniens (et dans une moindre mesure les Turcs) n'ont pas mâché leurs mots concernant le sort de leurs ressortissants, les Algériens, au lieu de protester, continuent à dire "amen, ainsi soit-il" !La position diplomatique de l'Algérie, qui n'a pas exigé d'enquête quant à la bousculade lors du rituel de la lapidation symbolique de Satan à Mina en Arabie saoudite, semble avoir mis en mauvaise posture le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, sommé hier de s'expliquer au Forum de Liberté dont il était l'invité. Si les Iraniens (et dans une moindre mesure les Turcs) n'ont pas mâché leurs mots concernant le sort de leurs ressortissants, les Algériens, au lieu de protester (même timidement), continuent à dire "amen, ainsi soit-il" !Il faut dire que les Saoudiens ont vite trouvé la parade en exploitant, les premiers, "la volonté divine", Allah ghaleb, comme disent nos compatriotes. Pour se défausser de ses responsabilités, le roi Salmane semble avoir trouvé en Dieu le meilleur de ses avocats. Ainsi, de nombreux croyants, à l'image de notre ministre du culte, considèrent les victimes comme des chouhada aujourd'hui choyés dans les jardins du paradis. "C'est la croyance des Algériens qui ont foi dans les préceptes de l'islam. Grâce au Tout-Puissant, ces victimes ressusciteront dans l'au-delà", affirme Mohamed Aïssa. Partant de ce postulat, on ne devrait pas, à l'en croire, regretter les défunts, mais seulement les envier. "Que c'est beau de mourir aux Lieux saints !", devrait-on même s'exclamer. Et même de mort violente. Le ministre se verra alors interrogé : les autorités saoudiennes doivent-elles encore se justifier ' "Absolument, si l'Algérie n'a pas haussé le ton, c'est parce que nous attendons les conclusions de l'enquête diligentée par le roi. Si nous croyons dur comme fer que ces victimes sont des martyrs, cela ne nous interdit pas de demander des comptes. Nous voulons savoir ce qui s'est réellement passé. Cela dit, on ne veut pas cautionner une démarche politicienne. Nous ne cherchons pas à politiser la tragédie de Mina. Nous cherchons à rassembler le monde musulman car l'Algérie est un pays réconciliateur."De toute manière, à chaque circonstance tragique, les gouvernements arabo-musulmans usent et abusent de la croyance religieuse et autres piétés populaires. À la longue, cette "fatalité" est devenue une ressource politique inépuisable. Trop facile : il suffit seulement de pointer son doigt vers le ciel en suggérant que c'est Dieu qui l'a voulu, et le tour est joué ! D'un autre côté, acculées par un bilan officiel revu à la hausse (soit plus du double) à travers la collation des chiffres des différents gouvernements ou des commissions nationales du pèlerinage, les autorités saoudiennes, accusées de faire peu cas de la vie humaine, veulent faire croire notamment au monde occidental (réputé pour être plus cartésien) que le sens à donner à cette bousculade ? une malédiction ? est de l'imputer à l'indiscipline, à l'inconscience, voire à l'état de santé des pèlerins. Lors d'un Conseil des ministres tenu lundi à Riyad, le roi Salmane a fustigé les déclarations destinées à exploiter politiquement cet accident et à diviser le monde musulman. Assurément, le monarque veut montrer que le royaume wahhabite est entré de plain-pied dans la modernité, mais ce n'est qu'une vaine tentative de conjurer l'image cruelle du régime moyenâgeux qu'il incarne.Ultime illusion, l'argent du pétrole a beau lui faire construire des malls et des hôtels luxueux à en perdre la tête, cet argent ne pourra, en aucun cas, inculquer le sens des valeurs à ses émirs aux m'urs détestables. Pour Salmane, "le magnifique", il ne faut surtout pas y voir la main maléfique de l'homme. Sur ce point, l'invité de Liberté diverge et estime qu'il y a eu inéluctablement "une faute humaine", comme c'était le cas du reste avec la chute de la grue à La Mecque qui avait occasionné la mort de trois pèlerins algériens. Le ministre considère, néanmoins, le système mis en place par les Saoudiens comme "très fiable et sécurisé". Considéré lui-même comme un adversaire acharné du salafisme, un courant wahhabite s'il en est, le ministre ne soufflera mot sur l'implication ? réelle ou supposée ? de l'Arabie saoudite dans la déstabilisation de plusieurs pays de la région, dont le nôtre. Il se contentera seulement de donner un bilan (forcément) provisoire, faute de collaboration saoudienne. Outre 28 décès confirmés, 31 pèlerins algériens sont toujours portés disparus.Affaire à suivre !M.-C. L.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Lachichi Mohamed Chérif
Source : www.liberte-algerie.com