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Nous demander de combattre d'autres musulmans, ce n'est pas dans notre éthique Mohamed Ag Ahgrib. Porte-parole d'Ançar Eddine



Nous demander de combattre d'autres musulmans, ce n'est pas dans notre éthique                                    Mohamed Ag Ahgrib. Porte-parole d'Ançar Eddine
- Vous vous êtes engagés, hier à Ouagadougou, à rejeter «toute forme de terrorisme et d'extrémisme et à lutter contre la criminalité frontalière organisée». Pouvez-vous nous donner une définition de ce que vous appelez le terrorisme, que vous condamnez '

Le terrorisme, c'est le recours à la violence dans un but politique, et nous disons que le terrorisme n'est pas dans nos pratiques, notamment les prises d'otage.
- Vous visez donc directement AQMI et le Mujao '

Nous n'avons pas à les citer ni à les juger. AQMI est composée de musulmans, comme nous. Nous demander de combattre d'autres musulmans, ce n'est pas dans notre éthique. Par ailleurs, voilà plus de dix ans qu'ils occupent le nord du pays. Si l'Etat malien, quand il était fort, ne les a pas combattus, ce n'est pas à nous de le faire maintenant.
- Quels ont été, à un moment donné, vos objectifs communs ' Pourquoi vos routes se séparent-elles aujourd'hui '

Comme nous l'avons dit, ce sont des musulmans comme nous. Ançar Eddine est une organisation islamique, c'est vrai, mais qui a des revendications qui datent de plusieurs décennies.
- Justement, votre nouvelle déclaration a-t-elle aussi pour objectif de faire changer d'avis les Français et les Américains qui regardent votre mouvement comme une «organisation terroriste» '

Cette nouvelle déclaration, nous l'avons faite à la demande de nos partenaires, les médiateurs algériens et burkinabés. Elle n'est destinée ni aux Français ni aux Américains, mais si elle peut les faire changer d'opinion, tant mieux. Car nous voulons convaincre l'opinion internationale que nous sommes fréquentables.
- Paris a estimé que vos déclarations devaient «maintenant avoir une traduction concrète sur le terrain». Comment recevez-vous cette déclaration '

Nous pensons effectivement qu'il faut aller maintenant vers des actes. Que le dialogue se fait au moins à deux. Nous espérons des propositions concrètes d'ici deux semaines.
- Vous êtes partisans de la charia. Comment entrevoyez-vous l'avenir du Mali et pensez-vous que les Maliens vont vous suivre '

Il ne faut pas diaboliser la charia, la réduire à des châtiments corporels. Nous pensons que c'est la seule voie pour vivre et pratiquer pleinement son islam.
- Vous comprenez tout de même que ces châtiments corporels infligés à la population de Tombouctou puissent choquer '

Oui, la charia ne devrait pas être appliquée sans avoir obtenu auparavant le consentement de la population. D'ailleurs, l'islam dit que qu'il ne faut pas forcer les gens à adopter un comportement sans qu'ils soient convaincus. Il faut expliquer les choses, faire preuve de pédagogie, aller par étapes et avoir l'adhésion de la population.
- Vous vous êtes également dits prêts à discuter avec vos «frères de Bamako». Quels seront les préalables à toute négociation '

Aucun. Il faut d'abord créer un climat propice à la discussion. Acceptons simplement de nous rencontrer, les médiateurs et les facilitateurs feront le reste.
- Le MNLA exige pour sa part que vous vous démarquiez des terroristes et que vous renonciez à appliquer la charia par la force'

Nous pourrions aussi exiger que le MNLA se déconnecte d'une certaine opinion. Je ne sais pas si elle est occidentale ou pas, mais ils ont fait de la laïcité un objectif primordial. Alors que pour nous, l'objectif premier doit être la recherche d'une solution à travers un dialogue. L'heure n'est pas aux préalables mais à la négociation.
- Un de vos responsables à Tombouctou, Senda Ould Bouamama, a tenu cette semaine des propos contraires à votre déclaration officielle. Il est par ailleurs connu pour être proche d'AQMI'

Notre délégation a été dûment mandatée par la direction d'Ançar Eddine et tout ce qui a été dit et fait à Alger comme à Ouagadougou engage Ançar Eddine où qu'il se trouve. Nous croyons qu'aujourd'hui, tout le monde doit converger vers le même objectif : trouver une solution dans l'intérêt des populations.
- Maintenant que vous appelez à des négociations, pensez-vous qu'il existe un moyen de rendre caduque toute intervention militaire ' Sinon, quelle serait votre position '

Nous ne cherchons pas à arrêter une intervention étrangère. Nous avons une responsabilité dans les négociations et si nous pouvons apporter notre contribution, nous le ferons. Mais pas seuls. Ce plan n'est qu'une coalition internationale contre les populations arabe et touareg du nord du Mali. On ne peut pas s'en prendre à AQMI ou au Mujao sans toucher aux populations : comment feront-ils pour distinguer un terroriste d'un simple citoyen ' Il serait extrêmement grave d'exterminer ainsi un peuple. Par ailleurs, le Sahara est extrêmement vaste. Trop vaste pour 4000 hommes. S'il faut se battre, comme nous l'avons dit, nous le ferons jusqu'au dernier sacrifice.
- Compte tenu de vos relations avec l'Algérie, êtes-vous dans le rôle de facilitateur pour obtenir la libération des diplomates algériens retenus par le Mujao '

Nous souhaiterions aider l'Algérie, mais malheureusement nous n'avons pas de contacts particuliers susceptibles de nous permettre de négocier avec le Mujao.
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