Dans cette tribune, Omar Abed, le président du « Collectif des clients spoliés de la banque El Khalifa », rappelle la lutte des petits déposants qui, avec la faillite de cet établissement bancaire privé, ont perdu leurs économies et n'ont jamais été indemnisés en dépit de nombreuses promesses officielles.
Un escroc agréé par l'Etat a eu la mauvaise idée d'appuyer le mauvais candidat à l'élection présidentielle de 1999. Résultat: fermeture de la banque El Khalifa, en violation totale des procédures légales (pas de bilans, désignation d'un administrateur issu d'une banque concurrente et nomination administrative d'un liquidateur qui aurait dû être nommé par la justice). Autre résultat: des milliers de foyers algériens spoliés de leurs économies et plongés définitivement dans la misère et le désespoir.
Notre lutte n'a jamais cessé. Début 2003, sous la pression des clients, l'administrateur désigné, M. Djellab, a affirmé avec « la plus grande conviction » que la banque El Khalifa ne serait jamais liquidée. Le 26 septembre 2003, un grand rassemblement des clients spoliés a eu lieu devant l'APN et une grève de la faim a été déclenchée suite au matraquage brutal de citoyens qui ne réclamaient que leurs droits.
Début octobre 2003, durant cette grève de la faim, le liquidateur, M. Badsi, après avoir participé à une réunion interministérielle, a annoncé aux grévistes que le Chef du gouvernement, M. Ahmed Ouyahia, avait eu le feu vert pour rembourser tous les particuliers dans le mois qui allait suivre, le cas des « grands clients » de la banque El Khalifa, les organismes publics, devant être traité à part. Un mois plus tard, M. Badsi nous informait qu'il avait été trahi et quelques semaines après, il reprenait possession des bureaux qu'il avait mis à la disposition du collectif des clients spoliés.
Autre piste explorée, celle de Karim Younes, alors président de l'APN, à qui nous avons remis un dossier complet sur l'affaire. Il nous a promis une solution acceptable dans les plus brefs délais ; malheureusement pour nous, il a choisi de soutenir le candidat Benflis et a dû démissionner...
En avril 2004, suite à un rassemblement des clients devant la Télévision nationale, où le président Bouteflika était l'invité de l'émission Baramej - et pendant que les manifestants recevaient des coups de matraques - le premier magistrat déclarait au journaliste d'El Djazaïr News qui l'interrogeait sur l'affaire de la banque El Khalifa : « Ma naklouch âaraq echchaâb, nous allons les rembourser au dernier centime, mais qu'ils nous laissent un peu de temps. » L'horizon visé était 2007-2008.
Un mois plus tard, le ministre des Finances, M. Benachenhou, confirmait à Beur TV les promesses de son chef. Mais six mois après, en visite en France, à sa sortie de l'Elysée, le président Bouteflika, toute honte bue, répondait ainsi à une journaliste qui lui demandait la date envisagée du remboursement des clients : « Que celui qui a quatre sous dans cette banque aille les réclamer par voie de justice ! » Dans les mois qui ont suivi, plusieurs clients l'ont pris au mot et ont essayé d'introduire une action en justice, sans résultat. Pas de réponse du Parquet. Un mur.
L'année 2005 a enregistré trois rassemblements des clients spoliés sur la place publique à Alger, avec à la clef une grève de la faim. Maître Ksentini, président de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l'homme nous a convaincu d'annuler la grève de la faim et s'est chargé de transmettre nos requêtes à la Présidence de la République. Résultat: un énième silence assourdissant des autorités.
Début 2007: enfin un procès ! Blida a confirmé tous les disfonctionnements de l'action publique autour de cette affaire. Les Algériens ont appris que M. Medelci, alors ministre des Finances n'était pas « intelligent » (et ce, de son propre aveu), que M. Sidi Saïd, sûr de son impunité, « assumait » toute sa responsabilité dans les erreurs commises dans la gestion des fonds des caisses sociales déposés à la banque Khalifa, que l'affaire était « une infraction à consommer » selon M. Laksaci, actuel Gouverneur de la Banque d'Algérie.
Avec tout ce déballage, il est sidérant de constater qu'à ce procès, toutes les parties présentes avaient le statut de « partie civile ». Bonne question: qui est le fautif ' Interpellée devant tout le parterre de journalistes et d'avocats, Mme Brahimi qui jugeait l'affaire a déclaré avoir pris cette décision pour créer les conditions d'un remboursement rapide des clients spoliés...Mais cet aspect de son verdict ne figurait naturellement pas dans la copie du jugement remise au Collectif des clients. Un chapelet de trahisons.
Au printemps 2009, M. Sellal, alors directeur de campagne de M. Bouteflika pour les élections présidentielles, répondait à des émigrés en France : « Le problème sera réglé dans les plus brefs délais ; vous aurez votre argent. » Il n'en sera rien. Enième trahison.
Considérant que notre pays a besoin de (plus) de démocratie et que celle-ci ne pourra être acquise que par un profond changement de gouvernance, la participation des clients spoliés à la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) relevait de l'évidence.
Les clients spoliés ne cesseront jamais de réclamer leur bien ; ils seront de toutes les luttes contre la barbarie, la piraterie et la spoliation grimées en valeurs soi-disant « patriotiques » et « modernes ». Nous approuvons l'effacement des dettes de pays africains exsangues mais l'on peut aussi se poser des questions quand notre pays prête notre argent au Fond monétaire international et offre des primes de réinsertion sociale aux terroristes « repentis ».
Faut-il prendre le maquis, au Club des Pins s'entend, pour espérer recouvrer notre bien '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Omar Abed
Source : www.maghrebemergent.info