On est bien loin de l'autogestion, de la
loi et des décrets de mars 1963 qui l'ont accompagnée au lendemain de l'indépendance.
Avec le recul – puisque ces terres existent toujours même si une bonne partie a
été dilapidée et bétonnée – on se dit que ces lois ne furent pas l'effet d'une
mode socialiste mais le bon « truc » trouvé pour éviter que la terre ne tombe
entre des mains prédatrices. L'Etat ne pouvait démanteler les fermes coloniales
pour les distribuer aux paysans, substituer aux colons des propriétaires
algériens était intenable. L'autogestion était en somme une mise en
conservation en attendant de décider... La révolution agraire, contrairement à
l'autogestion, a été plus idéologique, avec plus d'emprunts chez les frères
socialistes de l'Est. Les jeunes n'en savent presque plus rien, ils n'ont pas
retenu les chants de la révolution agraire. C'est pourtant bien à cette époque
qu'a été invente le « one two three »…
Les lois passent, la terre et ses enjeux restent. On focalise
aujourd'hui sur la concession limitée à 40 ans – ce qui est un temps très
raisonnable pour qui veut travailler et réussir – alors que la « loi Benaïssa »
fait beaucoup plus : elle fait entrer le capitalisme dans le secteur agricole.
Des années qu'on tourne autour du pot et voilà c'est fait. La terre
appartiendra toujours à l'Etat, mais le titulaire de la concession peut la
vendre et la gager. Le capitalisme est arrivé, c'était sans doute inéluctable.
La terre a besoin de ceux qui la travaillent mais elle a aussi besoin
d'investissements. Ceux qui ont de l'argent vont-ils acheter des concessions
pour constituer des grandes propriétés ? C'est dans l'air et la loi ne
l'interdit plus. Du point de vue de l'économie, certains affirment que c'est la
bonne option et qu'il faut sortir du morcellement. Reste la politique ou la
nostalgie des années naïves où certains ont cru que l'on allait sauter l'étape
du capitalisme… La terre à ceux qui la travaillent ? Les détenteurs de capitaux
ont déjà la réponse – dans l'air du temps –, ils feront travailler leur argent
dans la terre qui en a bien besoin. Les lois ne sont qu'un rapport de force.
C'est à peu près ce que disait un vieux barbu, un certain Karl Marx… que
beaucoup ont découvert, à la faveur de la dernière crise financière, qu'il a
été enterré un peu trop vite. Alea jacta est. Les dés sont jetés…
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Salim Rabia
Source : www.lequotidien-oran.com