Alger - A la une

nos logiciels ont été adoptés par les plus grandes firmes pétrolières mondiales (Entretien) Abdelhamid Guedroudj, PDG de Petroleum Experts Limited (Edinburgh)



Abedelhamid Guedroudj, qui s'est lancé il y a 22 ans dans la recherche et le développement, est aujourd'hui à la tête d'une société internationale d'ingénierie pétrolière dont le software (logiciels, applications informatiques destinés à la gestion et l'exploration de champs pétroliers, etc.) Rencontré à l'occasion du séminaire, qui s'est tenu récemment à Alger, cet expert de renom a bien voulu répondre aux questions que nous lui avons posées.
-Vous êtes à la tête d'une compagnie d'engineering d'envergure mondiale, pouvez-vous nous en préciser l'objet '
La firme internationale Pétroleum Experts Limited dont je suis le créateur et le président-directeur général est une compagnie qui a été fondée il y a bientôt 22 ans dans le but de faire de la recherche et du développement, notamment dans le domaine de l'industrie pétrolière. Les modélisations que nous élaborons requièrent une parfaite connaissance des éléments physiques avant de les traduire en termes mathématiques et les packager en tant que software. Vu que nous travaillons depuis notre création sans vendeurs et sans marketing, c'est sur le transfert de technologie que nous basons notre activité, même si les choses sont dans certains cas plus difficiles à mettre en 'uvre en raison, notamment, des difficultés d'organisation que connaissent de nombreuses compagnies au profit desquelles nous intervenons.
Notre clientèle est constituée de 350 entreprises, parmi lesquelles des compagnies pétrolières d'envergure mondiale. Petroleum Experts Limited dispose aujourd'hui d'un standard mondial dans tout ce qui a trait à la modélisation des systèmes de production, de même que son software est internationalement sollicité pour l'appliquer dans d'autres domaines comme par exemples la planification et les prévisions. Nos logiciels ont été adoptés par les plus grandes firmes pétrolières mondiales. Les ingénieurs et employés des grandes compagnies pétrolières telles qu'Exxon, Chevron, BP, Shell et autres grandes entreprises d'hydrocarbures ont pratiquement tous notre software sur leurs ordinateurs.
-Et qu'en est-il de Sonatrach '
Nous n'en sommes pas encore à ce niveau et c'est en grande partie pour cela que nous avons organisé ce séminaire. Notre souhait est de mettre en exergue le plus large éventail possible de notre software, le but étant de les faire connaître et apprécier par les entreprises pétrolières algériennes et, tout particulièrement, Sonatrach. Ce que nous proposons à cette importante compagnie, c'est de l'aider à mettre en place un noyau d'expertise qui n'a pas besoin d'être très grand mais qui bénéficie d'un haut niveau de formation. Ce noyau sera chargé de répartir les connaissances acquises à travers tous les secteurs-clés de l'entreprise et, notamment, les champs de production et de prospection pétroliers. Car dès qu'un noyau est en relation avec ces champs, il y a une centralisation des informations et, par conséquent une meilleure chance de connaissance des problèmes que partagent bien souvent l'ensemble des chantiers pétroliers. Il y a partage de connaissances qui peut se faire à la faveur de cette centralisation qui permet de rassembler les informations en provenance des champs afin de les modéliser et faciliter ainsi la résolution des problèmes.
-Quels sont les domaines d'application de cette technologie ' La production ' La gestion des champs '
Son champ d'application est très large, car on ne peut pas séparer les activités de production de celles relatives à la gestion. La gestion consiste comme vous le savez à gérer des champs de manière à ce qu'ils produisent de façon rationnelle et optimale. Une vision à long terme est dans tous les cas nécessaire pour améliorer le management global de ces champs et les mettre en état de produire de manière la plus efficace, la plus économique et la plus profitable possible.
-Quels messages êtes-vous venu transmettre aux opérateurs du secteur pétrolier algérien et notamment Sonatrach, à la faveur de cette conférence que vous avez organisée du 25 au 27 novembre à l'hôtel Hilton d'Alger '
Ce que l'on veut faire passer comme messages est que nous maîtrisons de la technologie qui peut répondre à beaucoup de problèmes qui existent en Algérie. Nous sommes convaincus que notre capacité d'investigation qui s'est beaucoup améliorée pourrait être utilement et efficacement mise au service de la compagnie pétrolière algérienne Sonatrach. La meilleure manière d'utiliser cette technologie, c'est de comprendre d'où elle vient, à quoi elle sert et quels sont les phénomènes de base qui nous ont conduits à concevoir ce type de modélisation dont font aujourd'hui utilement usage les plus grandes compagnies pétrolières mondiales. Quelle serait selon vous l'alternative la plus viable aux grands champs pétroliers et gaziers algériens en voie d'épuisement tels que Hassi R'mel et Hassi Messaoud ' Les énergies renouvelables ' Les gaz de schiste ' Les sables bitumeux ' Qu'en pense l'expert en hydrocarbures que vous êtes '
Cette voie ne saurait être différente de celle des autres pays producteurs d'énergies. D'abord je ne crois pas qu'il y est une chute inéluctable de la production en Algérie, car le pays est sous-exploré. L'Algérie a encore de grandes possibilités, même s'il y a, à l'évidence, peu de chances de trouver des champs pétroliers et gaziers de l'envergure de Hassi Messaoud et Hassi R'Mel. Beaucoup de découvertes pourraient être faites car la roche mère est énorme avec de très larges possibilités de découvrir de nouveaux gisements. Il faut qu'un effort soit fait dans ce sens et c'est ce à quoi s'emploie à juste raison l'Algérie. Mais même si on prend en compte cette hypothèse de réduction des réserves d'hydrocarbures, je suis de ceux qui pensent qu'il y a moyen de faire la combinaison de toutes les possibilités de sources d'énergies qui existent.
Le renouvelable par exemple en est une, mais à condition que ce dernier ne soit pas centralisé à l'effet de fournir tout le monde. Il faut en effet savoir que la plupart des ressources renouvelables sont de nature spéculative en ce sens qu'on profite du soleil quand il existe, du vent et autres sources seulement quand elles existent et qu'on est mesure de les exploiter à grande échelle. Mon avis est qu'une politique énergique ne peut être basée sur ces sources spéculatives dont on n'a pas encore le contrôle. Une bonne politique énergétique doit être basée sur des sources que l'on contrôle auxquelles on pourrait ajouter progressivement des énergies accessoires chaque fois qu'on a la possibilité de les capter et de les exploiter rationnellement. Je sépare par conséquent les énergies que l'on contrôle et qui doivent être centralisées, de celles spéculatives sur lesquelles on a peu d'emprise et qui doivent de ce fait être exploitées de façon décentralisée.
-Et quel est votre avis sur l'exploitation des gaz de schiste et sables bitumeux '
Quelle que soit la polémique, aussi légitime soit-elle, qui existe du fait de la nouveauté du phénomène, je pense que cela est inévitable. La technologie a en effet de tous temps posé problèmes au démarrage, mais l'histoire nous enseigne qu'elle finit toujours par être la solution aux problèmes posés. La France est le seul pays au monde qui a pour l'instant rejeté les gaz de schiste et l'on se pose la question de savoir si c'est la bonne décision à prendre ' Car, quand on commence à rejeter la technologie, on risque de revenir au néolithique. Il faut savoir que beaucoup de problèmes d'environnement posés par cette nouvelle source sont déjà réglés. Je pense notamment au contrôle des fracturations en vue d'un meilleur design, au recours à la microsismique qui permet de confiner les fractures à des zones limitées. Pour ce qui est de l'utilisation de l'eau, des progrès notables ont été fait, notamment en matière de récupération des eaux injectées et de réduction des quantités d'eau contaminée par des produits chimiques. On arrive déjà à récupérer 70% de cette eau et je pense qu'on pourrait faire encore mieux dans un proche avenir.
-La hausse des prix du pétrole a favorisé l'investissement dans l'exploration et l'exploitation de nouveaux gisements à travers le monde. De nombreux puits abandonnés ont même été réactivés. Un surcroît de production de pétrole de nature à infléchir les prix ne serait-il pas, selon vous, à craindre à plus ou moins long terme '
A long terme, je ne crois pas, car arithmétiquement rien n'a vraiment changé. On tournera toujours au tour de 84 millions de barils/jour. Les champs réactivés ne viennent en réalité qu'en compensation des productions perdues. Il faut en effet savoir que tous les champs à travers le monde atteignent des plateaux à partir desquels ils redescendent fatalement. On est alors dans l'obligation de remplacer les puits taris et quand on regarde l'état des réserves mondiales, on se rend alors compte qu'on réussit à peine à compenser les quantités qui ont fait l'objet d'extraction. Il peut par contre y avoir en temps de crise des pics de production qui peuvent effectivement provoquer des désordres en matière de prix. L'économie pétrolière nous apprend que depuis 1905, le risque de surproduction ou de pénuries de pétrole est brandi pratiquement tous les dix ans.
-Faut-il, selon vous, diaboliser le pétrole en le présentant, et c'est malheureusement souvent le cas en Algérie, comme une malédiction '
Le pétrole ne gère pas l'industrie ou des pays. Le pétrole est seulement une source de fonds qui permet de développer des pays et beaucoup d'entre eux lui doivent leurs avancées économiques et sociales. Diaboliser le pétrole c'est comme diaboliser le soleil, les nuages, le vent et autres sources d'énergie ' Faut-il diaboliser l'argent qu'il rapporte ' Bien sûr que non. Le problème est, par contre, de savoir à quelles fins seront utilisées les recettes tirées du pétrole, les bonnes règles de gouvernance recommandant, bien évidemment, de ne les utiliser qu'à des fins de développement économique et de progrès social.
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