Normal de Merzak Allouache a été présenté mardi après-midi à la salle Essaâda d'Oran, dans le cadre de la compétition du 5e Fofa. Ce long métrage, qui a bénéficié du soutien de Doha Film Festival, présente l'histoire d'un jeune couple (un réalisateur et une scénariste) sans moyens financiers, qui essaie de réaliser un film sur la censure en Algérie.
Entrepris en 2009, le tournage n'avance pas, alors le réalisateur décide de convoquer tous les participants à son film pour qu'ils le visionnent avec lui et exposent leurs impressions. Merzak Allouache installe son spectateur au début de l'année 2011, précisément au mois de janvier, où des émeutes avaient éclaté dans Alger et d'autres régions du pays. Dans le huis clos de l'appartement du couple, le groupe de jeunes (des artistes) commente les événements et le film auxquels ils ont participé.
Après cette longue mise en abîme, Normal a montré aux spectateurs la production inaboutie du couple. Commence alors une histoire d'amour entre un jeune artiste, dont le projet d'une pièce de théâtre a été refusé par une commission de lecture, et une émigrée qui découvre une ville, Alger, qui fête, dans la joie et la bonne humeur, son africanité retrouvée à l'occasion du 2e Festival culturel panafricain. Merzak Allouache propose un va-et-vient entre le film que le couple a tourné et l'appartement où les jeunes tentent de refaire l'Algérie et exposent leurs points de vue.
Ce qui se dégage de cet échantillon non représentatif, c'est cette envie de se démarquer, de faire quelque chose de leur vie. Normal montre également le rapport des Algériens à leur propre image, la schizophrénie selon laquelle il existe un décalage entre le discours et les actions, le problème de la langue marqué par beaucoup de non-dits et de sous-entendus.
Le long métrage (une sorte de manifeste) de Merzak Allouache installe le spectateur dans un environnement chaotique où des jeunes artistes ' le c'ur plein d'espoir, la tête pleine de rêves ' réfléchissent sans agir, parlent le plus souvent pour ne rien dire.
En tout cas, leurs propos manquent de cohérence. De cette déconstruction se construit non pas une trame mais une réalité.
D'abord, la réalité d'un pays placé dans l'attente, ensuite d'une jeunesse dont la voix est à peine audible, puis d'un discours qui aboutit souvent à une impasse parce que pas accompagné d'une action, et enfin celle d'un créateur qui cherche encore un style, une forme, une esthétique pour dire son pays (les quartiers populaires d'Alger, une magnifique vue sur la mer).
Ce qui est relativement touchant, mais dans l'ensemble, Normal expose une vision étriquée de la réalité algérienne, mixée à une absence de scénario (c'est plutôt un canevas sur lequel les comédiens ont travaillé), mêlé à une performance plutôt moyenne des comédiens (les personnages manquent de profondeur), et mélangé à un discours inabouti, pas toujours efficace.
Sur le plan de l'image, outre le montage raté, le réalisateur filmait ses personnages au plus près des corps et des visages, insistant ainsi sur le drame des personnages et par extension de la réalité. Normal remet en question la normalité, mais son propos inabouti l'a réduit à un simple exercice de style. L'expérimentation assumée et le côté underground affiché ont été annihilés par les répétitions, les lourdeurs et les lenteurs.
S. K.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sara Kharfi
Source : www.liberte-algerie.com