Alger - A la une

Non-assistance à sport en danger !



Clubs civils, ASC, ASP, SSPA ou CSA, la propriété de nos associations à caractère sportif a vécu depuis l'indépendance nombre d'expériences plus ou moins heureuses. En laissant des séquelles indélébiles sur la pratique du sport, le football en premier. A trop vouloir faire du football une «matrice» du développement sportif, l'Algérie risque, à termes, de disparaître de la scène sportive internationale. Leader régional au milieu des années 80 dans nombre de disciplines (athlétisme, boxe, judo, handball.), le sport national fait désormais de la figuration à l'occasion de bien de manifestations sportives du continent, du Maghreb ou du pourtour méditerranéen. En individuel comme dans le collectif, l'Algérie ne pèse pas lourd face à des pays, moins nantis économiquement, mais qui ont su bâtir un modèle dans leur sport. Depuis la réforme sportive de 1977, le MSN a connu des hauts mais aussi des bas, beaucoup de bas et de coups bas. Les sportifs, dirigés par les administratifs sont devenus des fonctionnaires au fil des années. A l'amour des couleurs s'est substitué un argent qui coulait à flots à chaque fois que le pouvoir voulait cacher sa misère, ses errements. Les clubs civils bannis de la carte par une décision politique tendant à insuffler un nouvel essor à la politique sportive passeront sous la tutelle d'entreprises qui carburaient grâce à la manne publique. Celle-là même qui continue de nourrir, quarante ans plus tard, des clubs dits professionnels, donc à vocation commerciale. Mais ce n'est pas tant ce professionnalisme de pacotilles qui intrigue ! Le marasme est tel que le football, glorifié par les gouvernants et les gouvernés, continue de manger le pain des autres disciplines, autrefois performantes et glorifiées, à telle enseigne que nous assistons éberlués devant les échecs à répétition, des humiliations même, de nos handballeurs, boxeurs, judokas, cyclistes, nageurs etc. Pour l'Algérien lambda, seule la victoire de l'EN de football est belle ! Comme pour mieux cacher la misère du pouvoir et du sport national. A l'origine de ce «surpassement» des textes de loi souvent pondus pour être enterrés dans les tiroirs de bureaucrates. La réforme sportive devenue obsolète, parce que ses visionnaires n'ont jamais été consultés pour sa «mise à jour», le législateur a multiplié les amendements aussi maladroits les uns des autres. Le sport de masse a perdu sa vocation et l'élite ne retrouvait plus en lui (sport de masse, ndlr) ce réservoir intarissable d'athlètes de différents niveaux. En 43 années, l'Algérie qui a consenti des milliards de dollars pour développer son sport (infrastructures, stages, intégration socioprofessionnelle des athlètes, formation etc.) a produit des champions en athlétisme, en boxe, en judo, en handball et dans beaucoup d'autres disciplines sans être vraiment « heureuse ». Car, pour les Algériens gagner une Coupe du monde en karaté (Réda Benkaddour), des médailles olympiques en boxe (Hocine Soltani, Zaoui Mohamed, Mustapha Moussa etc.) et des titres mondiaux en athlétisme (Morceli, Boulmerka, Makhloufi) ne suscite pas l'extase d'un sacre, même régional, d'une équipe de football. Une vraie parodie. Une arnaque surtout car ces clubs de football qu'on labellise à tout bout de champ à coups de milliards de dinars n'ont, à vrai dire, enfanté de petits «monstres». Des supporters violents et des dirigeants véreux. Devant un pouvoir généreux et heureux. Ceci pendant que des disciplines, olympiques de surcroît, se meurent. Des clubs disparaissent ou qui ne fonctionnent qu'à la petite semaine, mal-budgétisés et hyper-endettés. L'exemple le plus marquant de cette dernière décennie nous vient de l'USM Alger. Autrement, le club de Soustara avait une belle équipe de football, au jeu académique et plaisant mais qui n'arrivait à s'offrir des titres malgré sept finales de Coupe d'Algérie. En civil comme en ASP, après la réforme, la section football de l'USMA n'a récolté que deux trophées nationaux (1981 et 1988) sous la bannière de la Sonelgaz. Ses basketteurs, judokas, nageurs ont, quant à eux, raflé des tonnes de médailles et de coupes. Seulement avec les miettes laissées par le football. Aujourd'hui, et depuis pas moins de vingt ans, le club de Saïd Allik survit bon gré mal gré. Avec 50 millions de dinars, environ deux mille athlètes sont équipés, entraînés, transportés, assurés et pour les internationaux «boursés» à raison de 15 000 DA/mois. C'est le minimum syndical que le CSA a pu offrir à ces champions tentés par des cieux plus généreux en Algérie à défaut de faire le saut vers l'inconnu...Jusqu'à quand Allik et tous les présidents de ces CSA «producteurs de champions» peuvent-ils résister à la pauvreté, plus à l'ignominie des décideurs pro-football ' Personne n'a de réponse précise mais tous confient leur ras-le-bol. «Moi, je me bats pour une bonne cause, celle de ces jeunes sportifs qui n'ont pas où aller, de quoi vivre, en dehors du sport. Je cours dans tous les sens pour améliorer leur quotidien même si je dois dire que, vu mon âge, le combat risque d'être encore plus long et incertain. L'USMA doit à l'Etat beaucoup de choses, mais il ne faut que ce même Etat abandonne ses «biens» car je considère que l'argent injecté au sport, au profit de l'USMA ou une autre association, appartient au peuple qui doit faire bon usage. Maintenant, je conçois mal pourquoi on fait le lit du football sans se soucier de nous autres. Nous avons la mission de former et d'encadrer de jeunes générations, des champions en toutes disciplines. Je ne comprends pas qu'on puisse abandonner tous les sports, juste pour maintenir en vie le football. J'étais président de l'USMA avec toutes ses sections. Nous avons gagné en football mais également dans d'autres disciplines, avec la même contribution financière.
Aujourd'hui, le CSA a perdu son parrain et ses sponsors que la section football, devenue SSPA, a récupérés alors qu'ils étaient les partenaires d'une USMA unie et indivisible. Je crains fort que nous allons droit vers le mur et que d'ici quelques années, nous n'aurons aucune représentation à l'échelle internationale. Ni en football ni dans d'autres sports», clame Saïd Allik avec un haut-le-c?ur qui dénote son dégoût et son désabusement vis-à-vis de la situation du sport amateur, élément fondateur des champions et de ses disciples.
M. B.
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